‹ Le petit Jehan de SaintréChapitre 108 sur 135 · RE ANA AN GE · texte numérisé non relu

RE ANA AN GE

ANTHOINE DE LA SALE

serviz. Que vous diroye je? Les prieres de faire bonnes

chieres, et de boire les ungs aux aultres y furent bien faictes ;.

et tellement que grant temps avoit que ma dame n'avoit faict si bonne chiere. Dont en beuvant, ma dame à damp Abbez, et damp Abbez à ma dame, les yeulx, archiers de cueur, peu à peu commencerent lung des cueurs à l’aultre traire ; et tellement que les piés, couverts de la tres large touaille jusques à terre, commencerent de peu à peu l’ung à l’aultre toucher, et puis l’ung sur l’aultre marcher, Alors ce tres enflammé dart d'amours fiert le cueur de lung, et puis de l’aultre, tellement qu'ilz en perdirent le menger ; mais damp Abbez, qui de ceste queste nouvelle estoit sur tous le plus joyeulx, boyt à l’une, puis à l’aultre. Que voulez vous que je vous dye ?

Oncques abbez ne fut si joyeulx ; une fois se lieve, et fait

porter son escabelle devant les dames, et là aucun peu s'assiet, et puis va devant les damoyselles, et les prie de

mangier et faire bonne chiere joyeuse ; puis va aux femmes de la chambre, et boyt à elles, et revient à ma dame, et de

joye, viz à viz d'elle, se siet, Alors recommencérent leurs .

archiers d’amours plus fort à traire, et de leurs piés l’ung sur | l’aultre marcher plus qu'encores n’avoient faict. Des aultres.

bonnes chieres, de vins, de viandes, de lemproies, de saulmonz, de mains aultres poissons de mer et d’'eaue doulce, pour abreger, dont ïilz furent serviz, je laisse tant qu'à present à en parler plus avant, pour venir au surplus de l'istoire qui est gracieuse,

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