CHAPITRE VII
Comment la dame s’efforcoit de scavoir l'intencion du PE Saintré, touchant le fait d'amours.
LA DAME ENCORES. — Ores, mon amy, je vous ay remonstré et dit beaucoup de choses; si prie à Dieu que tout, ou la plus grant partie, vous doint [accorde] bien avoir ouy et retenu; qu'en dites vous? Vostre cueur s'en sent il assez, par temps advenir, puissant de ce faire? Or me dictes vostre intencion ? |
L'ACTEUR. — Et quant ma dame eut ainsi ses paroles finées [terminées], Saïintré, comme enffant et tout esprins detant de belles doctrines, ne respondit riens. Lors celle luy dit : Et, beau sire, qu'en dictes vous? Auriez vous cueur de faire ainsi? Alors le povre conjuré, en levant ses yeulx sur elle, en basse voyx luy dit: Ouy bien, ma dame, voulentiers. Feriez, mon amy ? Ma dame, ouy de bon cueur, mais qui cst la dame telle que vous dictes qui vouldroit mon service,
et amer un£g tel que je suis ? Et pourquoy non ? dict ma dame,
n'estes vous pas gentil homme? N’estes vous pas beau jeune fiz? N'avez vous yeulx pour regarder, oreilles pour ouyr, bouche et langue pour parler ? Bras et mains pour servir ? Jambes et piez pour aller ? Cueur et corps pour accomplir, et loyaument vous employer à ce qu’elle vous vouldroit commander ? Ma dame, si ay. Et doncques, dit elle, pourquoy ne vous advanturez vous ? Cuydez vous que pour quelque bien qui soit en vous, il soit dame qui ayme tant soit peu son honneur que de la servir elle vous doye prier ? Combien que aucunes sont tant contrainctes par amours, que par force leur est de monstrer doulcement le bon vouloir qu’elles ont, et par ce donnent facon de proceder ; et doncques pourquoy ne vous adventurez vous? Car tant plus sera la dame de
[RL bien, jacoit c ce qu'elle honnestement se deslivre de vous, si !
vous en prisera elle mieulx.
SAINTRÉ. — Ma dame, j'aymeroys aussi chier mourir, que
de moy offrir et estre reffusé, et puis estre mocqué et farcé, ainsy comme d'autres ont esté, que j'ay ouy dire. Et pour ce, ma dame, il me vault mieulx estre tel que je suis. Et quant ma dame l’oytainsi parler, et par raison qu'il n'entend pas où elle veult venir, lors ne se peut tenir de son cueur descouvrir et luy dit :