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ANTHOINE DE LA SALE
de pension, et qu'il preigne bien $arde à voz robbes, chausses et habillemens ; et se bien et honnestement vous gouvernez, vous aurez collier et chaisne, ceintures de Bahaigné [Bohême], robbe de damas et aultres biens assez; mais que soyez loyal, secret et homme de bien. Ma dame, dist il si seray je, sa Dieu plaist. Or, mon amy, entendez à moy : De quelconques menasses, parolles rigoureuses que devant mes femmes, ne ailleurs, je vous dye, vous ne soyez mal content. Non seray je, ma dame, puisqu'il vous plaist, ne vous esmayez fétonnez] de riens. Lors ma dame, devant ses damoyselles, est comme de luy tres mal contente ; devant ses femmes le tança, puis en sa garde robe ouvrit l’escrinet, en une boursette de soye | mect Lx escuz, lors revient, et l'appella : Çà, maistre, çà,estes |: if vous encores à deviser, et ne vous fierez vous point en moy ? et se à moy ne le voulez dire, dictes le à dame Jehanne, ou à dame Katherine, ou à Ysabel, ou à qui mieulx vous plaira Et que vous dirois je, ma dame, quant je n’en ay point? Et | vous portez devises et lectres entrelacées, sire morveux que | | vous estes, et faictes de l'amoureux? Ma dame, sur ma foy, à je vous ay dit celle que j'ayme mieulx en ce monde, et qui. me fait porter ces devises. Ha ! maistre, maistre, vous nous nn cuydez abuser que ce soit vostre mere; je croy bien que vous aymez vostre mere, et que c'est celle qui vous entretient, mais ce n’est pas celle pour qui vous portez ceste devise ; or ca, venez à moy, je me suis appensée d’une aultre que je n'ay pas nommée. Lors l'appella à part, et luy dist : Tenez ceste boursette, sardez bien que ne la perdiez, il y a. soixante escuz dedans ; or verray bien comment vous vous. gsouvernerez; et si vueil que vous ne veniez plus aux gaileries à l'heure que je y doy passer, ne que trop souvent. devant moi vous ne arrestiez ; mais quant Vous me verrez, que d’une espingle je purgeray [curerai] mes dens, ce sera à signe que je vouldray parler à vous, et lors frotterez vostre droit oeil, et par ce congnoistray que vous m'entendez, eta celle foys y viendrez. Or, avez vous bien entendu ce que je vous ay dit? Oy, ma dame, tres bien, Or, pensez doncques de bien faire, si vous aymeray ; et quant je verray que bien | vous gouvernerez, alors je vous tiendray pour mon amy, et | vous feray tres bien joly. Ma dame, dist il, si feray je, sea Dieu plaist. Or, vous en allez, je vueil dormir, et de chose que je vous tance, die et rabroue devant les gens, comme je vous ay dit, ne vous esbahyssez de riens.