‹ Le petit Jehan de SaintréChapitre 64 sur 135 · CHAPITRE LII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LII

Comment le roy ordonna que les pris fussent donnés.

Le roy qui garny estoit des huit joyaulx suffisans, qui estoient le prix, quatre des uns£s, quatre des aultres, pour les

ANTHOINE DE LA SALE

donner à ceiluy à qui il appartiendroit, ordonna audict Montjoie, roy d'armes des Francois, qui sur le hourt estoit, qu'il portast les paroles toutes telles qui s'ensuivent, Lors par ung herault fut à haulte voix crié : Silence de par le roy, affin que chascun le puist ouyr. Lors dit Montjoye : Messeigneurs de Loysselench, et vous, Jehan de Saintreé, le roy nostre souverain seigneur, qui cy est, m'a commandé et ordonné de vous dire que de ces voz dernieres armes, tous deux, avez bien et vaillamment faict; mais puis que vous, monseigneur de Loysselench, ne vous sentez aisé pour les accomplir, selon le contenu de voz lecfres d'armes, luy, comme vostre juge, seul et competant, vous ordonne que vous acquitez de voz quatre pris ; lesquels, de son commandement, congié et licence, je vous rens. Et quant le Seigneur de Loysselench vit Montjoye qui eut finées ses parolles, demanda qu'il avoit dit, lesquelles à luy declairées furent; et bien ouye la sentence du roy, de laquelle il ne pensoit pas moins, à genoulx dist tres humblement qu'il remercioït

le roy, et bien se doulloit [avait de la peine] de sa male

aventure, qui, tant à pié comme à cheval, n'avoit laissé ses armes parfaire, pour le plaisir des dames plus longuement durer ; mais puisque ainsy fortune le vouloit, il estoit prest de soy acquiter, ainsi qu'il ordonneroït et que raison le voulloit. Et ces parolles dictes, Montjoye descendit, qui, poar soy acquitter, luy bailla ses quatre joyaulx,; et quant il les eut prins, à Saintré s'avanca pour les bailler. Lors son cueur fut tellement estrainct, qu'il ne peut ung seul mot parler. Les aultres quatre barons poullains congneurent bien son grant dueil; et à ce, chascun, qui mieulx le sceut dire, Ss'efforcerent de l’excuser, Alors Saintré, que monseisneur d'Anjou conduysoit, s'avanca en soy inclinant, pour les quatre joyaulx prendre, puis en soubzriant luy dist : Monseigneur mon frere, de l'honneur qu'il vous a pleu me faire, je vous remercie, tant comme je puis et scay. Alors trompettes et clairons commencerent à sonner, et par telle facon que à paine les povoit on faire cesser. Et ces choses faictes, le roy ordonna en leurs pavillons eulx retraire, et puis à cheval monter pour aller en leur logeis desarmer. Et quant Saintré fut sur son cheval monté, mon dit seigneur d'Anjou luy dist: Nous voulons, Saintré, que vous soyez honnorable et gracieulx; lors le mena au seigneur de Loysselench, qui jà sur son destrier estoit monté. Lors les assembla tous deux, puis Iuy

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et monseigneur de Berry se misrent devant, et ainsi jusques à son logis, le conduyrent. Des honneurs, des prieres l'ung de l'aultre, je me veux passer, et des choses que depuis firent jusques à l'heure du soupper ;et diray des £$rans joyes et devises que la royne, ma dame et les aultres dames et damoysellés firent, et aussi du roy et toute la cour, et aussi par toute la ville, tout ce jour et celle nuyt, qu’il n'estoit celluy ne celle qui taire se peust de louer Saintré.

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