‹ Le petit Jehan de SaintréChapitre 8 sur 135 · CHAPITRE IIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIII

Comment le petit Saintré respondit à la dame, comme contrainct, et celluy qui point n’avoit encor gousté les estincelles d'amours, que Matheline de Coursy estoit sa dame, qui n'avoit encore que dix ans

LA DAME, — Or dit ma dame : J'ay oui de vous toutes voz oppinions qui, au regard de la foi mentie et du pardon, sont de l'oppinion de Ysabel, et quant à moi, pour l'amour de vous toutes, pour ceste fois je luy pardonne ; mais d’une chose vous advise, qu'il a failly en tant qu'il devoit avoir dame choisie, et ne la point faict. Ha! ma dame, dirent elles en riant, et que si. Et que non, dit ma dame. Et, dirent elles, cuydez vous, ma dame, qu'il ait mis quatre jours, fors que [si ce n’est} pour bien choisir celle qu’il voudra servir ? Et que non, dit ma dame. Et que si, dirent elles, nous nous faisons fortes pour luy. Lors elles luy dirent : N'est il pas vray, mon

ANTHOINE DE LA SALE

filz ? Le povre tout esbahy, et ainsi jehenné [tourmenté] d'elles HR force luy fut de dire oui. Lors ma dame luy dit : Or, estes vous homme de bien ? mais que ainsi soit ; or, nous dictes qui elle est, et vous serez bien mon amy. A ces paroles luy fut force d'en nommer une ; dont ses yeulx commencerent à plourer, et sa vive face à couleur changer, comme celuy qui oncques ne l'avoit empris. Alors ma dame à ses femmes dit :

Et ne vous le disois-je pas bien, qu'il n'a ce dit fors pour eschapper ? Helas ! dirent elles, Saintré, dites le à ma dame seurement ; et vous ma dame, tirez le à part, si vous le dira ; | cuidez vous que ung vray amant doibve ainsi publier le nom de sa dame, qu'il ayme tant ? Alors ma dame luy dit: Or vous … tirez donc ca, et puis lui dist : Saintré, mon ami, icy n'aque : vous et moy qui nous peust ouyr; or, le me dictes seurement, Et quant le petit Saintré veit qu'autrement n’en peut eschapper, luy dit : Helas ! ma dame, qu'il me soit pardonné, et puis que tant en voulez savoir. En pensant de laquelle il diroit, ainsi que nature desire et actraict [attire] les cueursà son semblable, se appensa de nommer une jeune fille de la court et de l’aage de dix ans. Lors, dit-il, ma dame, cest. Matheline de Coursy. Et quant ma dame ouyt nommer Matheline de Coursy, pensa bien que amours d'enfance et | ignorance y ouvroit [travaillait]. Neantmoïns plus que par avant fist un grant effroy en son logis, et luy dist : Or, voy je bien que vrayement vous estes un tres failly escuyer de avoir choisi Matheline à servir. Je ne dy pas que Matheline | ne soit une tres belle fille et de bon lieu et meilleur, sire, qu’ ai vous n'appartient ; mais quel bien, quel prouffit, quel honneur, quel subcide, quel advantaige, quel confort, quel ayde

et quel conseil pour vous mettre sus, vous en peult advenir | pour estre vaillant homme ? Quels sont les biens que vous povez avoir de Matheline, qui n’est encore que ung enfant ? | Sire, devez vous choisir dame qui soit de haut et noble sang, saige, et qui ayt de quoy vous ayder, et mectre sus à vos. | besongnes, et celle tant servir et loyauliment aymer, pour se quelque peine que en ayez à souffrir, qu'elle congnoisse bien, la parfaicte amour que sans deshonneur luy portez, Et ne creez que s'ainsi est que, au long aller, qui qu’elle soit, se elle n'est sur toutes la plus cruelle, ce que oncques je ne ouys, qu'eile n’ayt congnoissance, pitié, mercy et misericorde de vous, ou qu'elle ne vous en saiche tres bon gré; et par ainsi deviendrez homme de bien. Aultrement je ne donne de vous,

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ne de voz faitz une pomme, Ainsi que sur ce dit le Maistre, en sa balade qui dit ainsi :

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