LE CANADA SOUS LA DOMINATION ANGLAISE
On a trop souvent flétri les débordements scandaleux du roi qui régnait alors sur la France, pour qu'il soit nécossaire de renchérir encore sur les actes d’une politique qui a amené tant de funestes et irrémédiables résultats. Ce n’est pas le peuple français que l’on doit tenir responsable du honteux abandon de la plus fidèle de ses colonies, c’est à des ministres captés par des courtisanes vendues à l'Angleterre qu’il faut en demander compte.
Quoi qu'il en soit, malgré les stipulations expresses contenues dans la treizième clause du traité de Paris, par laquelle la France cédait à la Grande- Bretagne tous ses droits sur ses colonies de l’Amé-
rique du Nord, stipulations qui garantissaient
l'exercice de leur religion et de leurs lois aux 65,000 colons d’origine française disséminés sur le vaste territoire abandonné, les représentants de
l'Ang sessio fiter d conqu Qu quille riguet établi, le cor celui € nistrèt furent vIguct Ce 4 que pe civil a Carletc rait au glon, ] tous le rétablis créait a sept m
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l'Angleterre traitèrent souvent leur nouvelle possession en pays conquis et ne tardèrent pas à profiter de tous les avantages que donne le droit de conquête.
Quoique le pays fût complètement pacifié ettranquille, le Canada fut immédiatement soumis aux rigueurs du régime militaire, sans gouvernement établi, sans lois révculières, de 1760 11763, sous le commandement du général Amherst et sous celui des généraux Murray et Carleton, qui l’administrèrent de 1763 à 1774. Les lois françaises furent abolies et on y substitua celles alors en vigueur dans le royaume britannique. |3
Ce gouvernement, par trop arbitraire, fut quelque peu modifié et devint, en 1774, gouvernement civil absolu, sous l'administration du gouverneur Carleton, en vertu de “l’Acte de Québec ” quiassurait aux catholiques le libre exercice de leur religion, les dispensait du serment du test, * auquel tous les habitants de la colonie étaient soumis, et rétablissait l'usage des lois civiles françaises. Il créait aussi un conseil législatif composé de dixsept membres au moins et de vingt-trois au plus.
+’ Le serment du Test. établi par une loi du parlement anglais en 1673, obligeait tous les officiers de l'armée et les fonctionnaires à déchrer qu'ils ne croyaient pas à la transubstantiation. En 1678, on y ajouta une nouvelle déciaration réprouvaut le culte de la Vierge et des Saints.
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Sous le nouveau régime, les Canadiens réclumèrent inutilement l'exercice de la plupart des privilèges qui leur avaient été reconnus : ainsi, sur les vingt-trois conseillers législatifs qui furent nommés, un tiers seulement appartenait à la nationalité canadienne-francaise,
Par contre, tous les moyens furent tentés. par les représentants de la Grande-Bretagne pour substituer Ja religion, les lois et les coutumes anglaises aux traditions léguées par la France aux habitants du pays.
Mais les chefs du parti francais, au Canada, résistèrent toujours énergiquement, soit aux prétentions tyranniques de leurs nouveaux maîtres, soit aux fallacieuses promesses qui leur étaient faites par les émissaires du gouvernement. métropolitain, comme prix de l'abandon de la cause patriotique qu’ils avaient entrepris de soutenir.
Au plus fort de cette lutte morale de la vitalité nationale française contre l'esprit absorbant de la race anglo-saxonne, les anciennes possessions bri-
tanniques de l'Amérique du Nord se préparaient,
à secouer un joug qui commençait à leur paraître trop lourd.
Le gouvernement anglais ayant paru oublier que la Nouvelle-Angleterre était peuplée d'hommes qui avaient été chercher, dans les forêts du Nou-
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veau-Monde, des libertés qui leur semblaient insuffisantes dans la mère-patrie, avait, en voulant restreindre subitement certaines immunités commerciales dont elle avait joui jusqu'alors, porté une grave atteinte à la prospérité naissante de la colonie.
Le 4 juillet 1776, la Nouvelle-Angleterre levait ouvertement l’étendard de la révolte, et Washington, à la tête d’une armée improviste, au premier rang de laquelle vinrent bientôt se ranger Lafayette et Rochambeau, proclamait l'indépendance de ses compatriotes; il jetait dès lors les bases de la grande nation qui, en moins de cent ans, est devenue, à certains points de vue, l’égale des premières puissances européennes ct la rivale commerciale de son ancienne métropole.
Le moment était tout-à-fait propice ; cependant, en dépit de toutes les vexations qu’ils avaient eu À subir, malgré les appels réitérés que leur firent ieurs voisins révoltés pour les amener à prendre part au mouvement d’émancipation dont les chance + de succès s’affermissaient tous les jours
avantage, les Canadiens-Francais restérent fidèles À la Cou. onne britannique et à la foi du traité par lequel ils étaient devenus ses tributaires. On les vit non seulement refuser la liberté qui leur était, offerte, mais aider même les armées anglaises à
60 RÉSUMÉ HAaFOTOUT
topouseor de our torritoire log troupus vebullua qui l'avaient envahi Québoe, assé petdat près do et] jhoia ur lea avion dou AU LTRTLLE amoérionins Montoomenr ul \unold lo potiasdét titi nanaut Vipomoux qui fut tenté dans la nuit du 90 au 31 décembre 1778, pendant quel lo premier des doux chofs fut tuéot l'autre priôvoment blesad,
Voyons comment los représentants de PAtigle terne, au Canada, À votté époque, técompetsdrent tant de loyauté ot d'abndmtion
La torre m'avait pas encore bu tout le aatit des braves tombés victimes de Tour sotinission à ln Constitution anglaise, que déjà Le Conacit Légis latif, au doux tiors composé d'éléments anglo. saxons, passait, en 1777, des Toia qui obligoaiont tous les habitants au servios prilitaire, pendant un temps indélint ot tnposaent au peuple lea corvécs les plus lounes, telles que, par exemple, l'oblign ton de cultit V log torros de COUNX piti utaiont À l'armée,
Lo vûn ral 1 ds nor ‘à \nla | PART x K CE Val Lalinai A, QUI FOIRE 4 LU OU VOT-
eur Carleton et admimistra le Canada do 1778 À 1786, se it remarquer par une sévérité CACOBSIVE qui le rendit odieux à tous les Canadiens-lran- CAS.
Quand le gouvernement britannique eut reconnu, par le traité du 3 septembre 1783, l’indépen-
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Angleterre, qui, ayant pris fuit 66 cnuso pour le pou vornemnent métropoliliin pendant In guerre d'énancipalion, avaient préféré venir vivre au Canada à l'abri des institutions britanniques,
Un inslant assoupie, l'animosité sourde qui réunait depuis longtemps déja et subsistait à l'état latent entre los représentants des deux races, 86 éveilla tout-h-coup, on ne tarda pas à constater dans ln colonie les malheureux effets de ces rivalitéa nalionales,
Malgré son infime minorité, 16 parti anglais, se sentant fortement apuuyé par le gouverneur, ne recula plus devant aucune prétention.
Mais ce projet d'annihilation de Ja race fran-
caise, qui fut l’idée persistante de lord Dorchester
et de plusieurs de ses successeurs, vint toujours échouer contre l'attitude ferme et patriotique de
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ceux qui, à différentes époques, s’en sont constitués les défenseurs et les gardiens.
Voyant qu'il n’y avait rien à espérer du système de rigueur mis en pratique par lord Dorchester, et comprenant qu’il serait dangereux désormais, en raison du voisinage des Etats-Unis, de pousser les Canadiens-Francais aux dernières limites de l'exaspération, le gouvernement anglais espéra en arriver plus aisément à ses fins, en employant d’autres moyens.
Sous prétexte de mettre un terme à l'esprit d'antagonisme qui existait entre les habitants des deux origines, le Parlement métropolitain, pendant la session de 1791, divisa la colonie en deux provinces : le Haut et le Bas-Canada ; il accorda aux Anglais une prépondérance réelle dans là première, et ne laissa qu’une suprématie factice aux Canadiens-Français dans la seconde. La nouvelle constitution accordait au Bas-Canada un Conseil législatif composé de quinze membres nommés à vie par la Couronne, et une assemblée législative de cinquante députés élus par le peuple.
La Chambre haute, recrutée naturellement parmi les créatures du gouvernement, était investie du privilège de rejeter toute loi de la législature élective qui n’entrerait pas dans ses vues.
Le Canada, qui n'avait guère que soixante-cinq
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mille âmes, lors de la cession à l'Angleterre, n’en comptait alors pas moins de cent trente-cinq mille, dont quinze mille à peine étaient d'origine anglaise. Sur cette population déjà considérable, le Haut-Canada, habité exclusivement par des représentants de la race anglo-saxonne, n'avait que dix mille habitants toutau plus.
Malgré l'énorme disproportion numérique qui existait entre les deux nationalités, le bureau colonial n’en nomma pas moins, pour le Bas-Canada, neuf conseillers législatifs anglais, contre six seulement d’origine francaise.
D'un autre côté, le parti anglais réussit à occuper seize sièges dans la nouvelle assemblée IKgislative, à la suite d'élections générales qui eurent lieu dans le cours du mois de juin 1792. Attribuant ce succès inespéré à la faiblesse ou à la crainte, les membres de la minorité poussèrent la
prétention jusqu'à vouloir asseoir un = leurs dans le fauteuil présidentiel de la nouvelle Chambre. Mais la majorité des députés élus par
le suffrage populaire était décidée à ne s’en laisser imposer par aucune considération et à se prévaloir de tous les avantages que lui assurait le droit constitutionnel.
En dépit de toutes les influences qui furent mises en jeu pour faire échouer son élection
64 RÉSUMÉ ITISTORIQUE
M. Panet, un des hommes les plus distingués du parti canadien-francais de cette époque, eut l’honneur d’être appelé, le 17 décembre 1792, à la présidence de l’assemblée législative du premier parlement du Bas-Canada.
Battue sur ce noint, la majorité anglaise, forte de l’appui qu’elle attendait du bureau colonial, demanda que lusage de la langue francaise fût aboli dans l'enceinte législative; cette fois encore la majorité ne permit point que l’on portât atteinte à une de ses prérogatives les plus importantes, dont l'intégrité se trouvait garantie par le traité de 1763.
Le général Prescott succéda à lord Dorchester en 1796. Esprit inquiet et craintif, il réprimait les moindres fautes par les peines les plus sévères. Son rappel, quieut lieu en 1799, fut accueilli avec satisfaction de toute la partie française de la population.
Malgré les échecs que leur attiraient sans cesse l'arbitraire et l'injustice de leurs prétentions, les députés anglais ne se rebutaient pas et en émettaient tous les jours de nouvelles. Ainsi, en 1800, sous l'administration du gouverneur Milnes, successeur du général Prescott, le gouvernement ctablissait une loi d'éducation qui avait pour eftet de mettre l'instruction publique sous le contrôle ex-
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Lu clusif des protestants. Les Canadiens-Francçais n- repoussèrent unanimement le nouveau système É- scolaire et laissèrent les écoles désertes. ve La même année, les propriétés des Jésuites, dont l’existence légale n'était pas garantie par les rte traités, furent confisquées au profit de la Couronne. Ka Un journal anglais de Québec déclarait, vers fût cette époque, que le Bas-Canada avait déjà trop core tardé à devenir anglais, et que le temps était venu ste où tous les moyens devaient être employés pour jtés, obtenir l’anglification complète de cette province. éxité Les Canadiens, afin de pouvoir se défendre
contre les attaques incessantes de cette feuille, décidèrent de fonder un organe qui représentât et soutint les intérêts de la nationalité française. Le Canadien, fondé par les plus vigoureux et les plus patriotiques champions des intérêts nationaux de la race canadienne-francaise, parut pour la premicre fois en novembre 1806, à Québec, où il se publie encore actuellement.
Le journal, rédigé par ceux-là mêmes qui combattaient énergiquement à l’Assemblée Législative pour le maintien des institutions, de la langue et des lois canadienrres-francaises, devint entre leurs mains un instrument redoutable, toujours prêt pour la défense des libertés menacées de la nationalité française au Canada.
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rères.
À la suite d’unc session des plus orageuses, le gouverneur Craig, qui avait pris en 1807 l’administration des affaires, cassa le Parlement et, quelques jours après, fit saisir les presses du Canadien et emprisonner, le 17 mars 1810, MM. Bédard, Papineau, Taschereau et plusieurs autres des principaux chefs du parti français. Non content d’avoir accompli ces actes de rigueur, il envoya à Londres son secrétaire, M. KRyland, porteur d’une note où il conseillait au gouvernement métropolitain de prendre des mesures promptes ct énergiques pour anglifier el protestantiser le pays ; il proposait aussi, pour faire face aux dépenses de l'administration, de confisquer les biens des Sulpiciens de Montréal.
Heureusement, le cabinet de Saint-James ‘ne tint pas compte des objurgatiors de ce gouverneur, qui fut rappelé en 1811.
Sir George Provost, son successeur, mit un terme à cette administration despotique et capricieuse, qui avait fait donner au passage de sir James Craig au pouvoir la qualification ironique de Règne de lu terreur.
Sir George Provost, aussi doux, affable et conciliant que son prédécesseur était arrogant, brutal et cassant, s’occupa, dès son entrée au pouvoir, de régler les difficultés provoquées par l’absolutisme
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RÉSUMÉ ITISTORIQUE 67
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le de ladministration précédente, et d'étouffer, au ni- moyen d'une direction adroite et prudente, les el- mécontentements qui régnaient partout. Aussi, en jamais gouverneur fut-il plus sympathique à rd, la nationalité francaise.
rin- Ce fut sous son administration, au mois de juin ent 1812, que la guerre éclata entre l'Angleterre et a à les Etats-Unis, dont les armées env'hirent, encore une une uis, le territoire canadien poli- Comme en 1775, les volontaires canadiensergi- français, enrégimentés à la hâte, firent bravement ss il et loyalement leur devoir.
8 de C’est pendant cette guerre, qui dura-trois ans et ulpi- se termina, le 24 décembre 1814, par le traité de Gand, que le colonel de Salaberry, dont le nom est s'ne M resté légendaire dans le pays, délit à Chateauguay,
meur le 36 octobre 1813, avec un détazhement de trois u
cents recrues, un corps de armée américaine ét un M commandé par le général Hampton, composé de
apri- sept mille hommes environ.
de sir Sous les gouverneurs Drummond, (de 1815 à
nique 1816), Sherbrooke (de 1816 à 1818) Richmond (de 1818 à 1819) ct Maitland (de 1819 à 1820), qui administrèrent successivement le Canada après le départ du regretté sir George Provost. qui eut lieu en 1815, les luttes de race et de religion recommencèrentavec plus d’acharnement que jamais,
t conbrutal Dir, de tisme
Cette période très agitée au point de vue politique, national et religieux fut peu fertile en évènements dignes d’être mentionnés. Les seuls faits de quelque importance qui méritent d’être notés sont: la reconnaissance officielle de Mgr Plessis, comme évêque de Québec, et sa nomination comme membre du Conseil Législatif de la province, sous l’administration de lord Sherbrooke, qui espérait sans doute s’attirer par ce moyen les bonnes grâces du clergé catholique.
Dans ces jours de luttes, MM. Cuvillier, Quesnel, Viger, Neilson et Louis Joseph Papineau, qui venait d’être élu, à l’âge de vingt-six ans seulement, président de l’Assemblée Législative, soutenaient les droits de leurs compatriotes avec la même ardeur et le même patriotisme que leurs Le parti anglais, loin de céder aucun à emà peu
devanciers.
de ses avantages, cherchait, au contraire, piéter constamment sur les rares privilèges, près illusoires, que ses adversaires paraissaient posséder encore.
Cependant, l'agitation des Chambres, les sourds murmures de mécontentement qui se faisaient entendre parmi les populations des villes et des campagnes, laissaient voir que les Canadiens- Français commençaient à trouver trop lourd le
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L- joug sous lequel ils s'étaient courbés jusqu'alors, en Une crise sérieuse était imminente, als Lord Dalhousie, avait été élevé, en juin 1820, tre au poste de gouverneur-général de toutes les co- Agr lonies de l'Amérique du Nord. Voyant que los Dà- moyeus sugoérés par le bureau colonial aux re- » la présentants de l'Angleterre, pour réduire le parti oke, canadien-français, échoueraient toujours devant 1 les la ferme attitude des chefs appuyés sur la constitution alors en vigueur, il conseilla au cabinet de snel, Saint-James de modifier cette constitution. qui Accédant aux vues du gouverneur-général, eule- le cabinet métropolitain décida de présenter un sou- D di spécial à la Chambre des Communes pen-
ec la D dant la session de 1822 ; ce projet de loi devait leurs avoir pour effet de casser la Constitution de 1791, ucun D qui séparait le Bas et le Haut-Canada, et de réunir
x em- E encore une fois ces deux provinces sous une à peu Æ même administration.
saint Cette loi devait donner au Haut-Canada une
représentation relativement beaucoup plus consourds Ÿ sidérable que celle accorde au Bas-Canada. Elle gaient Æ conférait aux membres d’un conseil législatif nomet des Æ més par la Couronne le droit de prendre part aux idiens- & débats de l’Assemblée Législative. Elle abolispurd le sait l'usage légal de la langue francaise; enfin,
clle restreignait considérablement les libertés reli-
ne
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gieuses et les privilèges concédés à l'Eglise catholique.
L'adoption de ce bill eût réduit les Canadiens- Français à l’état d’asservissement auquel était soumise alors la population de l'Irlande.
La nouvelle de l'introduction de ce projet de constitution, dans le Parlement britannique, produisit une sensation profonde au Canada. Des suppliques furent adressées de toutes les parties du pays pour protester contre l’iniquité do cette mesure, et MM. Papineau et Neilson furent délégués à Londres pour y porter les justes représentations de la population canadienne, appuyées par des pétitions couvertes de plus de soixante mille signatures,
A la vue d’une manifestation aussi générale, plusieurs des membres les plus influents de la Chambre des Communes, en Angleterre, frappés de la justice de ces réclamations, prirent en main la cause des opprhnés. [1 en résulta qu'à la suite d’une séance des plus oragcuses, le gouvernement se vit dans l'obligation de retirer sa motion, rejetée par la majorité de l'Assemblée à la seconde lecture.
Malgré l'échec humiliant que le Parlement anglais venait de lui faire subir, lol Dalhousie ne se considéra cependant pas comme vaincu.
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RÉSUMÉ IISTORIQUE 71 Battu sur le terrain politique, il tenta d’en arriver à ses fins en luttant sur le terrain religieux.
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Peu de temps après sa déconvenue, il soumettait au bureau colonial un nouveau mémoire dans lequel il invitait les ministres à revendiquer, pour la Couronne, l'exercice d’un patronage ecclésiastique qui lui permit de nommer les curés catholiques, selon son bon plaisir, (Cette nouvelle tentative échoua complètement.
De retour d'Angleterre, où il avait été passer quelques mois dans l'intention d’influencer les membres de la Chambre des Communes hostiles à la ligne de conduite qu’il avait jusqu'alors suivie, lord Dalhousie convoquait les Chambres canadiennes dans le courant de janvier 1826.
Mais l’Assemblée Législative ayant, encore une fois, refusé de voter les subsides au gré du gouvernement, le Parlement fut cassé le lendemain de son ouverture. Cet acte arbitraire nécessitait des élections générales dans lesquelles le parti canadien-francais remporta une victoire éclatante.
Le jour de la réunion des nouvelles Chambres, en 1827, M. Papineau ayant été élu président de l’Assemblée Législative, le gouverneur refusa de ratifier sa nomination, et le soir même, le parl:ment fut de nouveau dissout.
Des murmures menacants s’élevèrent de tous
Jes points de la province à la nouvelle de cet abus d'autorité. Chacun comprenait que le bureau colonial, contrecarré dans ses desseins par le vote de la Chambre des Communes, cherchait des prétextes pour en revenir à son projet d'union.
De nouvelles requêtes exposant les griefs de la population française et couvertes de plus de quatre-vingt mille noms, furent adressées directement au roi d'Angleterre ; MM. Neïson, Viger et Cuvillier se chargèrent d'aller les déposer aux pieds du trône.
Sur ces entrefaites et afin de faciliter probablement le rétablissement de la concorde, lord Dalhousie fut transféré au gouvernement des Indes et remplacé, comme gouverneur du Canada, par sir James Kempt qui n’y resta que deux ans et eut pour successeur lord Aylmer, en 1830.
Quoique les vues de ces deux derniers gouverneurs fussent relativement modérées et plus acceptables, les Canadiens surexcités par les injustices auxquelles ils avaient été en butte antérieurement, ne voulurent faire aucune concession, ni tenir compte Ge celles qu’on était disposé à leur faire, les regardant comme insuffisantes.
Au milieu de ces débats entre la colonie et les mandataires de la métropole, survint un évènement regrettable dont l'effet fut de rendre nuls,
désormais, les efforts de conciliation tentés par des hommes mouérés des deux partis, qui, prévoyant les résultats funestes de ces luttes intestines, tentaient de calmer les esprits. Le 21 mai 1831, pendant une élection très chaudement contestée, à Montréal, entre deux candidats appartenant à chacun des partis alors en lutte, les troupes, appelées sous prétexte de maintenir l’ordre, tirèrent sur le peuple, tuèrent deux hommes eten blessèrent grièvement plusieurs autres. Que ce fût par l'effct du hasard ou de la préméditation, toutes les victimes de ce sanglant épisode se trouvèrent appartenir au parti canadien-français,
Au milieu de toutes ces luttes, le choléra éclata, pour la première fois, au Canada, et fit des ravages terribles dans les villes et les campagnes, particulièrement pendant ies étés de 1832 et 1834. On estime qu’à Québec seul, en 1832, plus de trois mille personnes devinrent la proie du fléau.
Voyant que l'excitation du peuple atteignait aux dernières limites qui le séparaient de la révolte, les chefs du parti canadien, qui avaient toujours espéré vaincre le mauvais vouloir des membres du bureau colonial par des moyens constitutionnels, résolurent de tenter un dernier effort dans ce sens. A cet effet, l’Assemblée Législative, pendant la session de 1835-34, rédigea un
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manifeste dans lequel elle exposait, en quatrevingt-douze paragraphes, tous les griefs de la colonie contre la métropole.
Dans ce document connu, dans l’histoire du Canada, sous le nom des Quatre-vingt-douze résolutions, les membres de la majorité se plaignaient amèrement, surtout de la manière dont le gouverneur lord Aylmer interprètait la Const..ution. A la suite de cet acte agressif de l’Assemblée contre son administration, le gouverneur-général prorogea immédiatement les Chambres ; il prétendait qu’en ayant appelé directement au gouvernement métropolitain, le pays n'avait plus qu’à se soumettre et à attendre la décision émanant de lautorité souveraine.
La réponse à la requête que l’Assemblée Législative du Bas-Canada avait soumise au cabinet britannique n’arrivait pas.
D'un autre côté, les rumeurs qui traversaient l'Atlantique ‘devenaient de plus en plus inquiétantes.
L'état de malaise qui se faisait sentir depuis longtemps, s’accentuait tous les jours davantage. Un assez grand nombre d'habitants d’origine britannique entraient dans le mouvement réformiste et grossissaient le groupe des mécontents. Pendant que dans le Parlement anglais la cause cana-
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dienne était habilement défendue par MM. Hume et O’Connell, les populations des Cantons de l'Est, parmi lesquelles on comptait un nombre assez considérable d'Anglais et d’Américains réfugiés des Etats-Unis, approuvaient la manière d’agir de l’Assemblée Législative dans des mectings où le gouvernement colonial était violemment attaqué. Bientôt, presque tous les comtés et les paroisses prirent part à ces démonstrations publiques qui avaient pour effet d'encourager les députés dans la ligne de conduite qu’ils avaient adoptée. Enfin, des pétitions couvertes de milliers de signatures et appuyant les demandes formulées dans les quatre-vingt-douze résolutions, étaient expédiés à Londres de toutes les parties du pays.
Mais tout devait échouer, encore une fois, contre les mauvaises dispositions du Bureau colonial, à qui le Parlement anglais avait déféré la charge d'examiner la nature des griefs et des plaintes exprimés par les requêtes de : issemblée et du peuple canadien.
Pendant les élections de 1835, on eut à regretter, dans l’un et l’autre camp, de nombreux actes de violence et de désordre ; les anciennes luttes reprirent avec plus d’acharnement que jamais, dès l'ouverture du Parlement convoqué quelques semaines après.
M. Papineau et plusieurs des membres les plus influents du parti national, parcouraient les villes et les campagnes canadiennes, pour protester devant le peuple contre des actes arbitraires qui devenaient de jour en jour plus fréquents, de la part du gouvernement.
L'autorité religieuse -crut devoir mettre un frein à l’effervescence qui se manifestait de toutes parts, et Mgr Lartigue, évêque de Montréal, lanca un mandement dans lequel il conseillait à ses diocésains la soumission au pouvoir établi Mais loin de profiter du temps d'arrêt qui se produisit à la suite de cette lettre pastorale, le gouvernement, à la tête duquel lord Cosford se trouvait depuis 1835, ‘embla prendre à tâche de créer de nouveaux sujets ceressentiment, Il destitua les magistrats et les offiers de milice d’origine canadienne-francaise ; il arwa ostensiblement ceux qui étaient reconnus comme les partisans avoués de la Constitution britannique, et fit occuper les villes par des soldats a.:; is venus, dans ce but, du Nouveau- Brunswick.
Ce fut alors que, malgré l'opposition des chefs, eut lieu, à Morcréal, le 7 novembre 1837, entre les “ fils de la liberté ” et les “ constitutionnels,” une échauffourée qui fut le prélude de la révolte connue sous le nom de Rébellion de 1837. Plusieurs
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