‹ Le petit mouton [microforme]Chapitre 5 sur 7 · D UT · texte numérisé non relu

D UT

sa chère amie, et lorsque quelques mauvaises langues du pays s’avisèrent un jour de la blàmer de cette préfèrence accordée à une pauvre veuve de militaire, elle ne manqua pas de leur répondre : ‘ Le péché seul est un mal aux yeux de Dieu ; or j'espère qu’on ne dira jamais que je commets un péché en visitant cette femme estimable : je ne vois donc pas ce qu’on peut trouver à redire si je la fréqueute. La différence que les convenances du monde ont établie entre elle et moi ne saurait m'empêcher de l’aimer, puisque je trouve en elle des sentimens aussi élevés que ceux que je puis professer. Elle est pauvre mais elle a un cœur noble, ce qui vaut bien quelques richesses périssables. Elle est pauvre en biens de la terre, maïs elle possède des biens lofiniment préférables, des vertus solides, une piété éclairée, une grande douceur, une âme coripatissante, une connaissance parfaite du cœur humain. Su conversation roule sur deg sujets édifians, tandis que je ne trouverais peut-être auprès d’une femme riche et puissaute que de la suflisance, de l’orgueil, de la vanité. Sesentretiens ne porteraient peutêtre que sur la toilette, la coquetterie, les plaisirs. . Rosalie au contraire, toute gressière qu’elle paraisse, est une femme . vraiment supérieure, car elle me porte au bien et ie v ren

rend meilleure. Jene vois donc pas ce qui

pourrait m'empêcher de la fréquenter.” ” Ce raisonnement faïsait égalsment honneur au cœur et à l'esprit de madame de Walden- fre heim, et imposa silence aux détracteurs de sa re conduite. He 0. AR Tous les dimanches la noble dame faisait | # une visite * Rosalie en allant à l'église ; quel- | 1 quefois elie dirigeait aussi pendant la semaine | F7 sa promenade du côté de la éhaumière. Christine était'encôre plus fréqoenimént au château, D ct en revenait Chaque fois plus contente. 7 Pendant l'hiver, Rosalie passa presque toutes af les soirées auprès de la dame, et y travailtait, 8° ce qui lui économisa bois et chandelle. :Lors- | ch que la belle saison fut revenve, les deux mères | da se promenèrent souventensemble dans la forêt à qui avoisinait le château, pendant que leurs +5 enfans s’amusaiènt à cueillir des fleurs ou À he jouer avec le mouton deveru'bien grand. 4 fi Un jour de fête, madame de Waldenheim, qi qui avait un peu al à la tête, fit appeler = dans l'après-midi Rosalie et sa fille, et prit Lu avec elles le chemin du bois. Eniilie avait | te amené son mouton. C'était ‘en'été, le’ soleil e était dans toute ‘sa forte. Dâans da ‘crainte d d'augmenter sa migraïhe, ‘Ja dame s'assit sur | un banc de gazon sous’un’éhètie, ‘et continua c

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de Waldenheim. Le mouton broutait de l'herbe, et tantôt les pre Len arrêtait, o qu'il découvrait de quoi manger.

Fusil, agenouillée devant un pe sous lequel elle vit un beau bouquet de dl continuait à remplir son panier, lorsqu ete aperçut un jenne homme qui paraissait étranger à la contrée, et qui était assis sur un rocher, occupé à dessiner le château qu’on voyait dans le lointain, ainsi que le charmant paysage que présentait la forêt. Au même instant,le mouton, si doux, si familier, s’approcha du hd homme, qui caressa le joli animal, et paru fixer attentivement le collier. Ermilie, craigaant qu'il n’arrivât du mal à son mouton; ss son panier, et Courut à l'animal pour 1 arrach “à aux mains du jeune étranger. Celui-ci, s’étant apperçu de l’appréhension de la É selle, se leva, ôta son chapeau et lui dit ave ceur :

Pardon, mademoiselle, si je vous 2!

causé de la surprise ; je ne voulais point'faire de mal à ce mouton, ÿ’examinais seulement le collier -qu'il porte sur Jui, ‘Ce a

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appartient, à ce qu’il paraît 5 je vois sur son collier trois lettres brodées en paillettes d’or : E. D. W. Seraient-ce es initiales de votre nom }?

— Oui, monsieur, ce sont les Premières lettres de mon nom : je m'appelle Emilie de Waldenheim,

-— C’est singulier! dit le jeune bomme, J'ai une bague en or, et les mêmes lettres y sont gravées avec le millésime de 1786. Tenez, la voilà, mademoiselle.” Et il ôta Ja bague qu’il portait au doigt, et la montra à Emilie. Celle-ci examiua la bague, et parut fort surprise de cette singulière rencontre.

Sur ces entrefaites, Christine, qui avait en. tendu la conversation de son amie avec le jeune homme, était survenue, et se mit aussi à considérer la bague en question,

Le jeune étranger, comme hors de luimême, semblait plongé dans une profonde rêverie ; enfin il rompit le silence ; 4 Que je Youtirais donc connaître l'énigme de tout cela ! dit-il d’un ton touchant.

— Savez-vous quoi, monsieur ? lui répondit Emilie, suivez-moi, je vais vous conduire

auprès de ma mère, qui s’appelle aussi Emilie de Waldenheim ;

; elle pourra peut-être vous donner quelques éclaircissemens ; venez. nous

à trouverons à une ceutaine de pas d'ici.”

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Le jeune homme plia son dessin, prit sa canne, et suivit les deux jeunes personnes.

Christine emmena le mouton. Un petit sentier les conduisit bientôt, à travers la forêt, à l'endroit où madame de Waldenheim et

Rosalie étaient assises. La dame, en enten-

dant la voix de sa fille, détourna la tête, et apercevant le jeune homme qui suivait Emilie, elle dit à Rosalie : * Qu'est-ce que ce jeune homme qu’Emilie m'amène ? sans doute un malheureux pour lequel elle vient réclamer quelque chose ! ”

Cependant le jeune homme était arrivé près de la dame. Emilie, qui le precédait, salua sa mère, lui présenta la bague, et lui raconta comment elle était parvenue à l’avoir. Le jeune étranger se tenait à une petite distance de la dame, le chapeau sous le bras, et attendait avec 1oxiété l’issue de cette affaire,

Madame d Ÿaidenheim examiua la bague ; tout-à-coup elle s’écria : ‘ Grand Dieu !

c’est l’anneau de feu mon mari. Est-il possible ! tenez, voilà la mienne qu’il m'a donnée le jour de notre union, elle est pareille à celle-ci. Dites-moi, jeune homme, qui vous a remis cette bague? qui êtes-vous ? où êtes-vous né ? comment s’appellent vos parens ?

—Madame, je n'ai qu’impurfaitement connu mes parens: mon père avait été militaire ie

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fut tué dans une bataille. Je me souviens vaguement d’avoir vu ma mère en deuil et tout éplorée de la mort de mot père. Elle fuyait devant les ennemis avec moi et une petite sœur que j'avais. Nous fûmes obligés de traverser le Rhin en bateau, je tombaï dans l'eau, d’où l’on me retira; mais je ne trouvai plus ni ma mère ni ma sœur. Je n'avais alors que quatre ans. On me remit bientôt après une petite cassette qui renfermait cette bague avec quelques hardes. Depuis cette époqne je n’ai jamais entendu parler de mes parens. Je me nomme Charles.

—C'en est assez, s’écria madame de Waldenheim, en se précipitant dans les bras du jeune homme! O Charles, Charles, tu es mon fils ! je te retrouve après une si longue séparation ! Oui, tu es bien mon fils, mou cœur me le dit, tu ressembles parfaitement à ton père. © Dieu d'amour ! quelle consolation tu me ménages ! ”

C'était un spectable déchirant que cette ivresse d’une mère retrouvant un fils qu’elle croyait mort, que ces larmes d’attendrissement, que cet épanchement mutuel, que cette:

joie d’un jeune homme ét d’une jeune file, que ces paroles entrecoupées de sanglots.

Rosalie et Christine partageaient le pre

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de cettenoble famille, et la félicitaient de cet heureux dénoûment.

Cependant le soleil venait de se coucher, et la fraicheur commençait à se faire sentir dans la forêt. Madame de Waldenheim annonça qu’il fallait se retirer, et rentra au château. Son fils lui donna le bras, ainsi qu’à Emilie, et les conduisit dans leurs appartemens. Rosalie et sa fille ramenèrent le mouton, qui avait été la cause indirecte de cette joie inattendue. De retour chez elle, madame de Waldenheim alla se jeter aux pieds du superbe Christ en ivoire qui était suspendu au chevet de son lit, et remercia le Seigneur de Ja grâce qu'il venait de lui accorder en ramenant dans ses bras un fils chéri qu’elle avait pleuré comme mort. Des larmes abondantes eoulèrent de ses veux et prouvèrent la vivacité de sa reconnaissance.

Pendant cette courte mais énergique prière, le bruitse répandit au château que le jeune homme qu’on venait de voir entrer était le fils de madame, le frère de la bonne Emilie.

Aussitôt les:gens de la maison se présentérent au salon pour offrir teurs vœux de gratulation à Pheureuse mère, et contempler les traits du fils retrouvé. : Chacun se retira content, et l’on prépara-à la hâte un petit souper.

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