‹ Le petit mouton [microforme]Chapitre 6 sur 7 · RE DM ED CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

RE DM ED CHAPITRE VI

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Le jeune Charles avait appris de sa mère ‘tout l'intérêt qu’inspirait la vertueuse Rosalie, ainsi que Christine sa fille. Il fut extrèmement surpris d'apprendre que le petit mouton qui avait été la cause de l'heureuse découverte qu'il venait de faire, était un cadeau de Christine : ‘* Alors, dit-il à sa mère, il est juste que ces deux personnes partagent avec nous la joie de cette belle soirée, il faut les inviter à souper avec nous. Je ne pense pas que nous puissions faire une meilleure œuvre que de renverser ce m° : :'e séparation entre ‘elles et nous, puisqu:.ivs sont en quelque sorte l'instrument dont la Providence s’est ‘servie pour me ramener dans vos bras. Tout.

à-l'heure je n’étais qu’un pauvre orphelin, ‘abandonné et inconnu, et me voici maintenant le fils et le successeur de M. de Waldenheim ; car j'espère qu’on me reconndîtra en cette qualité dans tout le pays.

— Tes sentiméns me causent une grande joie, mon fils, lui répondit la mère ; oui, je retiendrai Rosalie et Christine à souper avec nous: jaime à voir te reconnaissance et ton humilité

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humilité éclater en cette circonstance, elle me prouve que tu seras toute la vie digne de ton père, qui savait aussi estimer le vrai mérite.”

On se mit bientôt à table : Charles se plaça entre sa mère et Emilie, Rosalie et Christine s’assirent en face. La conversation roula sur le dévoûment inattendu de cette affaire, qui allait changer l’état de la famille de Waldenheim et lui rendre son ancien éclat. Tout le monde mangea de bon appétit. Après le souper, le jeune Chartes, sur la demande de sa mère, raconta l’histoire de son enfance.

‘ Je vous ai déjà dit que je fus retiré de l'eau au moment où notre barque allait chavirèr, Comme personne ne me connaissait, je fus conduit chez le curé d’une commune située sur les bords du Rhin, Ce digne ecclésiastique, nommé Engelhard, m’accueillit et me questiunna sur mes parens : je lui appris tout ce que je savais, et cela m’a servi depuis, car le respectable curé s’en est souvenu et m’en « parlé souvent ; sans cela, je n’aurais plus conservé l’idée de ma première enfance. Malgré les informations qu'il prit dans tous les environs, il ne put rien découvrir qui me concernât, et me garda chez lui. A mesure que mes facultés se développaient, il forma mon cœur et mon intelligence, m'apprit à lire et à écrire, m’enseigna le latin, la géographie, les mathé.

matiques :

Matiques. Ah combien de fois cet homme généreux me prit sur ses genoux et me parla de Dieu et de la beauté de la religion! Je puis le dire, il est le vrai apôtre de cette foi que ses exemples prêchent autant que ses paroles. ‘ Charles, me dit-il un jour avec un ton de conviction qui pénétra jusqu’à mon cœur, il ne s’agit point ici de dire simplement de bouche qn'il faut aimer Dieu, mais il faut prouver cet amour par ses actions et par des œuvres de vertu, Lu religion seule peut nous apprendre à l’aimer et à le servir d’une manière digce de lui. Que les hommes sont à plaindre quand ils s’affranchissent des devoirs qu’elle leur impose! Leur vie ne ressemble plus alors qu’à une bruyère aride ; ils dissipent de frivolités le temps qu’ils devraient employer à faire le bien : cette éternité dont ils ne se soucient pas, les engloutira un jour, et alors ils reconnaîtront, mais trop tard, qu’ils n'étaient point créés pour ce monde périssable ; ils se présenteront devant leur juge les mains vides : le monde leur aura échappé, et Dieu n’aura point de récompense pour eux, puisqu'ils ne l’auront point servi. IN’est-ce pas, ajouta-t-il en me serrant contre son cœur, tu me promets, mon petit Charles, de devenir us jour un homme religieux ? Alors tu auras

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toujours un père dans le ciel, puisque êu v’en as plus sur la terre.”

‘ Je lui promis iout, et je sentis de plus en plus la justesse etla vérité de ces obserrations. Je puis le dire à la louange de cet homme excellent, ma conviction augmenta de Jour en jour, et je reconnus dans inille occasions combien l’homme est peu sensé quand il ne s’attache pas sincèrement à la religion ; elle est d’ailleurs si belle cette religion qu’il est impossible de ne point l’aimer quaod on la connaît bien. Cependant le brave M. Engelhard soigna bien mon éducation et mon instruction : bientôt j’appris parfaitement le latin, je parcourus avec avidité tout ce que la littérature ancienne et moderne offre de plus

4 beau, Content des progrès que je faisais, le

digne curé, qui me chérissait comme son enfant, m’apprit aussi un peu le jardinage, la taille des arbres, la culture des fleurs. Dans nos momens de loisir, nous nous occupions

au jardin. A tout cela, mon noble bienfai- | teur Joignit encore une nouvelle faveur.

Comme il n’avait poiut de fortune à me laisser et qu’il partageait avec les pauvres les revenus de sa cure, il pensa à mon avenir. Il était excellent peintre et me donna des leçons de dessin. Comme je me sentais du goût pour

m ‘tart, et que je reconnus l'importance de

me

me créer un sort, je m’y appliquai avec ardeur : c'était l’affaire de quelques années, et je réussis au-delà de mon espérance dans la peinture. M. Eagelhard fut au comble de la joie, et envoya plusieurs de mes ouvrages à un ami qu’il avait en Allemagne, le priant de s'intéresser à moi et de m’ouvrir les voies pour me faire une existence.

“ Ilreçut quinze jours après une réponse satisfaisante. ‘ Cet ami lui offrit de me prendre

- chez lui et de me diriger lui-même, en pous-

sant plus loin mes études et en me ;réparant à passer plus tard mon examen pour fréquenter une université. Le respectable curé me ménagea la connaissance d’un négociant qui partait alors pour l’Allemagne,et qui me propose de faire route dans sa voiture, Tout fut bientôt arrangé. Nos adieux furent extrèmement touchans. Mon bienfaiteur me recommanda vivement de rester fidèle aux bons principes qu'il m'avait inculqués, et de fuir les mauvaises sociétés ; il me recommanda, en outre, de faire souvent de pieuses lectures, de veiller sur moi, d’éviter ces vices grossiers qui déshonorent et énervent la jeunesse ;” enfin, me pressant dans ses bras, il m’inonda de larmes, me remit les deux seules pièces d’or qu’il possédait, me bénit, me donna un nouveau testament,

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ment, et se dérobi, les paroles lui manquant et le cœur déchiré par la douleur.” .

À ces mots, le bon Charles trahit son émotion par les pleurs qu’il versa : sa mère, Emilie, Rosalie et Christine pleuraient aussi. Enfin il se remit et continua son récit. Li

‘ Je ne pus que me louer des bontés du négaciant avec lequel je voyageais. ILlfit tous ses efforts pour me distraire de la douleur qui m'accablaits nomma les bourgs et les villages que nous traversâmes, et me tint vraiment lieu de père, Arrivés à une petite distance d'ici, dans la soirée d’hier, nous fûmes cbligés de nous séparer, car la route que prit le négociant n'était plus la mienne, Ne voulant point voyager le dimanche, je me proposai de passer la journée d’aujourd’hui dans ce village, J’assistai ce matin à la messe, et je suivis avec un véritable intérêt le beau sermon que pro-

nonça le curé. On eût dit que toutes les pa-

roles me regardaient : j'étais profondément ému quand il disait : ‘° Placez votre confiance dans le Seigneur: regardez les lis des champs et les oiseaux du ciel ; ils ne filent point, ils n’amassent point dans les granges, et cependant notre Père céleste les nourrit: à combien plus forte raison aura-t-il soin de vous qui êtes ses créatures les plus chères ! ”’ : Ces paroles m’inspirèrent un nouveau courage et ranimè-

rent

rent ma confiance. Je pris à l’auberge un petit dîner, et je me dirigeai vers la forêt, dans l'intention de me promener et de dessiner quelque beau point de vue. Au moment où je venais d’achever le château qui se présente si bien sur la crête de la montagne, le mouton vint auprès de moi ; Je me mis à caresser ce gentil animal, lorsque je découvris sur son coilier les mêmes lettres que javais si souvent examinées sur la bague. Vous connaissez le reste. Quelle bonté de la part du Seigneur, de m’avoir dirigé dans cette contrée où j'ai eu le bonheur de retrouver une tendre mère et une si aimable sœur ! ” Et tous trois s’élan. cèrent de nouveau dans les bras l’un de l’autre. On causa encore longtemps, et l’on se sépara enfin très-tard pour prendre du repos.

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