‹ Le petit Paris: tableaux et figures de ce tempsChapitre 35 sur 104 · GALERIES DE L'ODEON · texte numérisé non relu

GALERIES DE L'ODEON

Ces galeries représentent assurément l'endroit le plus littéraire de Paris, car elles sont exclusivement garnies de boutiques de libraires, étalant ^ la lueur provocante du gaz les volumes récents ^t les brochures fraîchement échappées de Fimprimerie.

Ces libraires sont moitié bouquinistes et moitié éditeurs. On lit sur leur enseigne : « Achat et Vente de livres d'occasion. »

Plus tolérants que Dentu, que Calmann Lévy,

cjue Hachette, puisque leur marchandise se

trouve exposée en plein air, ils voient se renou-

^ "Vêler sans cesse une clientèle composée pour la

dupart de jeunes gens des écoles. Dès que le

larchand tourne la tête ou est appelé par un

:lialand résolu^ on est certain de voir s'allonger

dnq doigts tremblants vers quelque ouvrage

l'Alphonse Daudet, de Flaubert, de Ferdinand

abre ; le volume est précipitamment entr ou-

fert, avidement parcouru; le jeune homme boit

tatre ou cinq phrases de l'écrivain désiré, —

>rès quoi, il repose la coupe en soupirant...

IDignes jeunes gens !

11 y en a de déterminés (j'ai vu leurs nobles lettres) qui écrivent à Tauteur du livre nouveau :

Œ Monsieur,

» Je suis un de vos fervents admirateurs, mais trop pauvre pour acheter votre dernier chefd'œuvre, je n*ai pu en lire, jusqu'à présent, que des pages entre-bâillées aux étalages des galeries de TOdéon. Encore, le libraire, s'apercevant de ma préférence, a-t-il placé le volume hors de ma portée. Je vous laisse à juger de mon supplice, monsieur; vous avez eu mon âge, et vous avez aimé vos illustres prédécesseurs. Au nom de ces sympathies de jeunesse dont vous devez savoir apprécier l'intensité, permettez-moi de solliciter de votre bienveillance un exemplaire de votre livre. »

De telles lettres manquent rarement leur but. Je sais un académicien qui a envoyé à un de ces braves écoliers, en même temps que son ouvrage, un couteau à papier, avec sa signature sur le manche.

Ces libraires, ai-je dit, sont aussi des éditeurs à l'occasion. L'un d'eux était Paul Masgana, dont on retrouve le nom au bas d'un assez grand nombre de volumes de la période romantique, et qui a édité successivement la Marie de Bri-

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