‹ Le petit Paris: tableaux et figures de ce tempsChapitre 36 sur 104 · GALERIES DE L ODEON · texte numérisé non relu

GALERIES DE L ODEON

2eux, les ïambes d'Auguste Barbier, les Sentiers -perdus d'Arsène Houssaye.

Les femmes — excepté les actrices de TOdéon — passent rarement sous ces galeries.

Soit instinct, soit bon sens, elles s'abstiennent de lutter avec les livres.

Que sont devenus les spirites ?

On n'en entend plus parler depuis quelqu temps.

Ce serait cependant bien le moment pour eux de se manifester et de nous faire quelque communication sur les événements qui s'apprêtent.

Il doit y avoir dans l'air, à l'heure qu'il est, une multitude d'esprits qui ne demandent pas mieux que de causer. Que ne les interroge-t-on comme autrefois?

A défaut de phénomènes actuels, je vais me rabattre sur une histoire de jadis — car le spiritisme est vieux comme le monde.

Le héros (comme on disait alors) de mon histoire était un bourgeois parisien, un indigène de cette ville aujourd'hui si complètement transformée.

Ce bourgeois s'était enrichi dans je ne sais quel honnête commerce de la bourgeoisie. Il vivait paisiblement et grassement, — sans autre souci que de savoir quelle profession il ferait embrasser à son fils unique, dont l'éducation de collège allait être terminée.

^^ alla consulter sur ce point, comme dans les ^^ïïiédies, un de ses amis, homme de science et ^^ bon avis.

Celui-ci imagina de s'amuser de sa crédulité, ^^ après avoir feint de réfléchir quelques in- ^"^ants, il lui conseilla d'interroger le a génie » de ^on fils.

J-e bourgeois parisien ne manqua pas de se ^écrier sur la singularité de ce conseil. L'autre ^^sista, et lui prouva que tous les éléments "étaient habités par des esprits et que chaque ^ornme avait un de ces esprits commis spécialement à sa garde.

— Ouais ! s'écria le bourgeois ; comment s'y prendre pour faire parler un esprit?

Le voisin lui répondit :

■ — Enfermez-vous chez vous ce soir, entre dix ^t onze heures; éteignez toutes les lumières, ^t heurtez trois fois contre le mur de votre ^l^ambre à coucher, en prononçant à haute voix ^^s paroles : Génie de mon fils^ parle-moi!

^0\is recevrez une réponse aussitôt. Ayez soin ^^ recommencer tous les soirs, jusqu'à ce que ^^^ mots que vous entendrez présentent un ^^ïis complet.

ïltonné, le bourgeois promit de se conformer à Ce programme.

fin eifet, à dix heures et demie précises, enfeî^mé dans sa chambre et plongé dans les ténèbres, il frappait trois coups contre la mu-

raille. Quelques minutes après, une voix, -^ lui sembla extraordinaire, lui disait :

— Il faut que tu...

Voilà tout ce qu'il entendit la première fc^ Il attendit le lendemain soir avec impatient

pour connaître la fin de l'oracle.

La même voix mystérieuse, après les form -

lités accomplies, articula lentement :

— Il faut que tu fasses ton fils pa...

Le père se rendit chez son ami pour lui faif part de ces deux réponses.

— Cela est plus obscur qu'un logogriphe, Iv dit-il.

— J'en conviens, répliqua le voisin ; mais con tinuez toujours.

— C'est égal, le génie n'en donne pas beaucoup à la fois ! murmura notre bourgeois ei s'en allant.

La troisième réponse qu'il reçut fut celle-ci

— Il faut que tu fasses ton fils pape...

Pour le coup, les bras lui en tombèrent. Pape

son fils pape! Cela était-i) croyable ? Cela était il possible?

Rempli de joie et d'orgueil, il dit à son voisii qu'il rencontra :

— Je vais chercher mon fils au collège et 1( conduire au séminaire.

— Pourquoi ?

Le bourgeois lui répéta les pgo'oles de la veille.

— Attendez à ce soir, dit le voisin; le sens de ^^ phrase n'est peut-être pas achevé.

"--Oh! si! si!

— Interrogez encore le génie; vous le devez»

^^ serait-ce que par déférence.

— Croyez-vous? dit le bourgeois de Paris.

Il eut grand *peine à adopter cet avis; mais»

se flattant que le génie confirmerait son oracle, '1 consentit à une dernière évocation et, l'heure venue, il heurta assez gaillardement au mur.

Quel ne fut pas son désappointement lorsqu'il entendit cet arrêt :

- — Il faut que tu fasses ton fils papetier.

On prétend qu'il fut tellement aifecté dans son ambition et dans sa tendresse, qu'il en tomba dangereusement malade.

Peut-être même en serait-il mort, si le voisin ne s'était fait connaître comme l'auteur de cette innocente mystification, en lui révélant

que le génie et lui ne faisaient qu'une seule

personne, — et que les oracles lui avaient été

transmis au moyen d'une sarbacane introduite

dans un trou de la muraille.

Ce jour-là, le spiritisme perdit un de ses

adeptes.

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