SOCIÉTÉ DES GENS DE LETTRE
Qu'est-il devenu?
J'ai pu feuilleter assez longuement autrefc^ ce magnifique album, un des plus curieux mon ments de la France littéraire du xix® siècle. K parcourant ces pages où se reflète le caractèr — ^ complet d'une époque, on regrette que les âg^^^ précédents ne nous aient point légué de sembl^^* blés archives. Quel bonheur ce serait pour nou ^^ de retrouver une scène autographe de Molière ^^ * côté d'une oraison de Bossuet, un conte de L^- *^ Fontaine à côté d'un billet de Ninon, — le billet la Châtre, par exemple !
L'autographe est la plus précieuse des reliques surtout lorsqu'il se présente dans les condition de l'Album de la Société des gens de lettres. Tou ceux, en effet, qui ont marqué leur passage su ce vélin splendide n'ignoraient pas qu'ils posaient^ en vue de l'avenir. Ils ont écrit sciemment pou la postérité; à ce titre, ils ont cherché à donne
l'album des gens *de lettres. ni
Tix-mêmes la personnification la plus exacte.
-1 n'a pas fallu moins de quatre années pour iplir ce merveilleux album, dont la vente avait -^ destinée à augmenter les ressources de la ^îs^se de secours des gens de lettres. On a essayé e lui faire passer le détroit. L'Album a figuré à ^^cposition de Londres ; la reine a voulu le voir Lv:ï^atre fois, et quatre fois il a fait le trajet du alais de Cristal au palais de Saint-James, où il ^ été examiné avec un grand intérêt et vanté avec ^"cx grand enthousiasme. On supposait générale- "^ent que Sa Majesté en ferait l'acquisition, mais ^près les quatre séances, elle a sans doute pensé ^ue ce serait toujours la même chose, et elle a ^envoyé TAlbum, sans vouloir même dire son t^rix.
Ce fut alors que M. Millaud se décida à en faire l'acquisition.
L'Album de la Société des gens de lettres ouvre tiaturellement par une page du baron Taylor, — écriture sérieuse, aux caractères isolés, hauts et Un peu tremblés comme ceux de Chateaubriand.
Vient ensuite un beau fragment poétique d'Alfred de Vigny, la Maison du berger, larges strophes tracées par une main paisible et puissante. Béfanger a donné le récit d'un pèlerin du temps de Louis XII, seul morceau resté d'un poëme en quatre chants, essai de sa jeunesse. Voilà assuï*éinent une rareté que ne vous vendra aucun livre! Béranger écrit droit et barre les t avec une
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énergie incroyable. — Ces deux grandes pages sur la Rome du x® siècle sont de M. Mignet. Plus loin, c'est M. de Humboldtqui transcrit tout un passage du Cosmos. — M. de Lamartine a envoyé, à la date de décembre 1848, c'est-à-dire au milieu des plus solennelles agitations de la politique, une élégie inédite, les Liserons^ d*un charme exquis, et rappelant tout à fait sa première manière. On connaît l'écriture de M. de Lamartine : elle est déliée et rapide, si rapide qu'elle oublie en chemin la ponctuation et même — dois-je le dire? — l'orthographe. Mais depuis Voltaire on sait que cela ne prouve rien. Dans cette seule petite pièce, M. de Lamartine écrit f année, remuant, lizeron; combien de gens vont s'autoriser désormais d'un exemple aussi illustre!
Je ne sais pas si M. Janin professe la même insouciance vis-à-vis des règles et de l'usage : dans le très-long article dont a il doté l'Album de la Société des gens de lettres,- il n'y a de lisible que son nom. A côté de lui, M. Méry fait un plaisant contraste, car sa copie pourrait servir de modèle dans les pensionnats. Tout près de là, M. Jules Sandeau parle d'amour, mais son ramage vaut mieux que son écriture.
L'autographe de M. E. Marco de Saint-Hilaire est un chef-d'œuvre de calligraphie et d'enluminure tout à la fois; les majuscules y sont ornées comme dans les missels et se détachent, celle-ci sur un aigle colorié, celle-là sur le piédestal de la
l'album des gens de lettres. Il5
-onne de la place Vendôme, Tautre sur le petit
clxsipeau légendaire. Du reste, ledit autographe,
^n caractères gothiques, n'a rien de bien parti-
o\ilièrement littéraire; il est ainsi conçu : « Le
soiis-signé certifie que cette écriture est bien
lei sienne. »
-L.es pattes de mouche de M. Désiré Nisard font pendant aux caractères trotte-menu de M. Sainte- Seuve. — M. Elie Berthet a accompli ce tour de force de loger tout un feuilleton sur une feuille de papier.
Je me suis arrêté longtemps à contempler et à
interroger l'autographe d'un homme, d'un poète