‹ Le petit Paris: tableaux et figures de ce tempsChapitre 46 sur 104 · CHANT SECOND · texte numérisé non relu

CHANT SECOND

Les bons gendarm' suce et resucent Les morceaux d'bois qu'est pas sucré; Ils s'en va chez les épiciers :

Epicier tu nous as trompés.

L'épicier prend les morceaux d'bois, Il les fourr' dans la castonnade; Les bons gendarm' n'a plus eu d'rhumes.

Il ont vécu en bonne intelligence.

Contenons notre admiration.

V^oici le commentaire à présent.

• • .M. Odry est, selon moi, le poëte moderne •^i rappelle à lui seul les colosses littéraires du ^^^u siècle de Louis XIV. Sa manière est large, ^>^ génie impétueux s'est affranchi de toutes ces ^^^Bcultés, de ces soins minutieux qui arrêtent ^^sor de l'imagination et mettent l'esprit à la •Ox^ture :

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Torrent impétueux, il roule dans ses flots Et les sables bourbeux et la perle brillante.

Mais je viens au fait, cher lecteur, et vais s. vre, autant qu'il me sera possible, M. Odry d ses sublimes pensées, lorsqu'il composa Tœu immortel des Gendarmes !!!

Voici son premier hémistiche :

Y avait un* fois...

Tous les contes du bonhomme Perrault et beaucoup d'autres moralistes commencent ain^' ^ Il était une fois, au lieu de y avait un' fois; m^ ^ qu'importe?... Cela vient toujoursdes deux verb ^^ auxiliaires avoir et être. Y avait un' fois!!! QueL ^ adroite manière de débuter et d'entrer dans ui narration!!!... Le père impose silence, la mè: met le doigt sur la bouche, les enfants soi tiennent leur menton avec leurs iolies petil mains ; on n'ose plus respirer dès qu'on a ei tendu y avait un' fois

Cinq, six gendarmes.

On reconnaît dans le vague de cette désigna^--^ lion le poète historien, qui n'ose affirmer c-^ dont il n'est pas sûr : étaient-ils cinq? étaient-il:^ six? M. Odry ne peut le certifier, et Ton doit 1 remercier de n'avoir pas voulu induire le pu blic en erreur sur ce point. Etaient-ce bien de gendarmes, demandera-t-on? On va reconnaître

r>s l'examen du vers qui suit, l'identité des pernages :

Qu'avaient des bons rhum's de cerveau...

C^uel est en France le régiment le plus suscep- "til:>le de s'enrhumer? — Celui des gendarmes : ces ssieurs font le service à pied et à cheval.

bons rhume's de cerveau...

On chicanera peut-être M. Odry sur cet adj ectif ^o^, mais je ferai observer, moi, qu'en fait de ^l^vimes, celui de cerveau doit paraître le meil- *^"Ur, car il est infiniment plus agréable d'éternuer ^^e de tousser.

Ils s'en va chez des épiciers.

"Voilà le sublime de l'innovation. Beaucoup ^^ auteurs eussent sans doute écrit : Ils s'en vont, ""^lle merveille de suivre des routes battues!!! appartient au génie de s'écarter des froides ^^^itesque le goût impose aux esprits vulgaires; ^* 3Vl. Odry, ce Rubens de la littérature française, ^ ^11 donner à ce privilège toute l'extension dont *^ ^tait susceptible.

Pour avoir de la bonn' réglisse.

L'auteur s'est parfaitement rappelé qu'il fut un ^^ttips-où il y avait en France infiniment d^épiciers ^ï'oguistes, qui se mêlaient même parfois de

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donner des ordonnances de médecine : les pa" vres gens allaient les consulter de préférenczrey attendu qu'il leur en coûtait moins cher.., c'^^st aussi ce que firent ces trop confiants gendarm ^s.

Ils s'en va

(collectivement parlant)

chez des épiciers.

Pour avoir de la bonn' réglisse...

L'épicier donn' des morceaux d'bois Qu'étaient pas sucrèses du tout.

Il se trouve dans ces deux derniers vers un opposition du plus grand effet : les gendarmes veulent de la réglisse, ils la veulent bonne... Que leur donne- t-on? Des morceaux de bois. Quels morceaux de bois?... qu'étaient pas sucrèses du tout?... Ce du tout est là d'une grande force d'expression, et forme une antithèse admirable !...

Puis il leur dit : Sucez-moi ça.

Vous m'en direz des bonn's nouvelles.

Le caractère de ce fourbe d'épicier est tracé de main de maître; il conserve jusqu'à la fin, ainsi qu'on en pourra juger, toute l'impudence d'un charlatan... Vous m'en direz des honn's nouvelles. Voilà le langage de la duplicité la plus absolue. Tu vas voir, épicier, les bonnes nouvelles que te préparent les gendarmes de M. Odry!... Et vous, cher lecteur, attention! s'il vous plaît : je passe au deuxième et dernier chant.

Les bons gendarm' suce et resucent...

Que le poëte a bien eu raison de donner Tépi- :e bons à ces honnêtes gendarmes!!! Ils ne "Veulent pas se plaindre avant d'être convaincus <lvi*on a trompé leur confiance ! Non- seulement ils ^ï^C€/ mais encore ils resucent!!!

Les morceaux d'bois qu'est pas sucré!!!

Ceci est une redondance, mais elle est heureuse, *1 y a beaucoup d'adresse à rappeler au lecteur, <istns cette seconde strophe, que les morceaux de ^ois n'avaient aucune saveur.

Ils s'en va chez les épiciers. '

C était le seul parti qu'il y eût à prendre ; bien ^^i^ainement l'épicier ou les épiciers ne seraient P^s allés chez les gendarmes. M. Odry est con- "^^quent dans ses moindres détails.

Épicier, tu nous as trompés!

L'auteur exprime en cet endroit combien une ^^time conviction donne de force et d'assurance ! -t-es gendarmes sont furieux ! ils tutoient les épi- "^lers. Epicier^ tu nous a trompés, voilà des ^"^ances ! voilà de l'observation ! ! ! M. Odry va "^ attacher ici à montrer dans leur grand jour *"^Xites les ressources de la perversité humaine, ^t comme on peut se tirer de la plus mauvaise ^flFaire avec de la présence d'esprit seulement.

l3o LE PETIT PARIS. ^"^""^ *s«

L'épicier prend les morceaux d'bois...

Attention, cher lecteur I

Il les fourr' dans la castonnade.

Dans la première, la deuxième et la troisièxue édition des Gendarmes, M. Odry avait laissé subsister un vers qui a donné prise à ses détrac:teurs; il disait :

Puis il s'ies fourre dans son nez.

La castonnade vaut infiniment mieux ; M. Odry cédant aux conseils de l'amitié, a fait un sacri fice au bon goût, et n*a pas sujet de s'en re pentir.

Les bons gendarm' n'a plus eu d'rhumes, Il ont vécu en bonne intelligence.

Il est impossible de finir par un trait plus na- i turel, tant il est vrai que, lorsque le corps revient | en état de santé, l'âme se dispose aux impressions | les plus douces! Fasse le ciel, cher lecteur, qu'il 1 vous préserve des rhumes de cerveau, et de leurs i terribles conséquences!... Mais qu'en revanche | il vous donne beaucoup d'auteurs tels que M. Odry ; ses productions sont un baume qui, si elles ne guérissent pas les maladies du corps, guérissent au moins celles de Tesprit.

Ici finit ce consciencieux commentaire.

GENDARMES. l3

Xes Gendarmes d'Odry prouvent une fois de >lxas qu'il ny a rien de nouveau sous le soleil, — î)as même les Deux Gendarmes de M. Gustave N'sidaud.

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