LIBRAIRES
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Qui est-ce qui écrira un livre sur Thistoire d^s libraires?
Qui est-ce qui me renseignera sur Barbin ^'^ Sommaville, les célèbres libraires du xvii® siècle
Cazin, dont les publications sont si coquette^^^ ment illustrées par Eisen et Marillier, Cazin es plus connu, grâce à une excellente monographi <ie M. Brissart-Binet.
Mais c'est surtout le xix® siècle, notre siècle qui pourra être surnommé à juste titre le siècle^^ des libraires.
L'avant-garde y est représentée par les Bos sange, les Ladvocat, les Gosselin, les Didot, le Lefèvre, les Renouard.
Bientôt surgit Eugène Renduel, le libraire par^ excellence du romantisme, qui rappelle à lui l'art:: de la vignette et la mode du frontispice. Il est suivi dans cette voie par Perrotin, Furne, Ernest Bourdin , dont les éditions demeureront toujours des chefs-d'œuvre de luxe et de goût.
A l'heure qu'il est, on ne compte plus les beaux livres et les fastueux libraires. Chaque jour voit
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e une merveille, — ou tout au moins un
l'il est loin le temps où l'auteur des Femmes rites pouvait railler en ces termes :
aviens-toi de ton livre et de son peu de bruit ! Et toi, de ton libraire à l'hôpital réduit I
i libraire à Thôpital! Voilà de ces injustices )rt qui ne se rencontrent plus heureusement notre époque.
:errogez les frères Gamier, qui déjeunent oignon cru et se bâtissent des palais.
lez dans la maison Hachette, ce ministère.
:errogez Dentu, fils et petit-fils de Dentu.
sitez Didier, fils de Didier, yez Charpentier, fils de Charpentier, ussez jusque chez Pion, fils de Pion, — et indez-leur à tous de vous dire où sont les ires à Vhôpital réduits.
se mettront à rire ; et, pour peu que vous un manuscrit sous le bras, ils vous l'arra- )nt, et vous offriront en échange une liasse Uets de banque, nt les mœurs sont changées !
|r a eu des libraires qui écrivaient, ax-là n'ont pas toujours été les mieux ins.
libraire Werdet a écnt'un volume de récritions sur Balzac. Il raconte avec force sou-
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pirs les plantureux dîners que lui fit faire (et payer) Tillustre romancier au restaurant ^^s Frères-Provençaux.
Le libraire Barba, premier du nom, a écrit "^^ volume de Souvenirs^ qui est bien un des c>uvrages les plus étonnants que je sache. Voici '^'^ fragment qui donnera une idée du reste :
a J'étais au café du Théâtfe-Français a"^^^^ mon ami OfFeld, qui y vient depuis cinqua:^^^^ ans, lorsque Pigault-Lebrun entra, m'apostrop^ ^^ en me disant :
» — Tu n'auras pas mon roman nouveau, ^^^ je Tai vendu 3ooo francs à un autre libraire -
2) Je lui répondis :
» — Je te parie un bol de punch que je V^^^^*
y> Nous touchâmes dans la main, le pari ^^ lieu, et je lui dis :
y> — C'est que je f en donne 3ooo francs.
» Il me répondit :
» — Mâtin, tu me connais bien! Tu sais \y^^ qu'il est à toi pour 1800 francs,
2) — Et le bol de punch? lui dis-je.
» — Je vais le payer.
» Et il le paya malgré moi. »
Le style du père Barba est trop réjouiss^^ pour que je n'en donne pas un autre échantill^^
a En i8a5, ma boutique ayant été fermée et vi>^ brevet perdu, je rencontrais dans les bureaux: ^^ la police et des ministères un monsieur c^}^ j'avais connu à douze ou quatorze ans, él^
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d'AlIan au cirque Franconi, rue Mont-Thabor.
C'était mon ami le baron Taylor, que mon âme appelle et appellera toujours Isidore,..
y> Il était alors commissaire-royal près la Comédie-Française, et, par son canal, j'obtins une entrevue avec le bon et excellent M. de Corbière, ministre de l'intérieur. Le ministre me fit asseoir auprès de son feu, et là, de la manière la plus amicale, il me reprocha d'avoir vendu des ouvrages libres. Je lui répondis :
^ — Monseigneur, si vous aviez mon âge, vous sauriez que la première édition de Justine, en deux volumes in-octavo avec figures, s'étalait sur les quais.
» — C'est vrai, répliqua-t-il, car je Tai achetée ^ "Un étalage, quai des Théatins.
^ Ma position avec lui n'était pas gaie; j'avoue 9.vie j'ai pleuré, et lui aussi; mais il n'était pas ^^t>re... »
Que dites-vous de ce ministre s'accusant d'avoir acheté Justine et mêlant ses larmes à celles du t>on Barba ?
... Ne quittons pas encore les libraires, mais ï*eprenons le ton sérieux.
Gozlan, Léon Gozlan, que j'ai beaucoup connu, beaucoup aimé, et qui m'honorait d'une sympathie que je compte parmi mes meilleurs titres littéraires, Gozlan avait des idées particulières Sur les succès obtenus en librairie.
Un jour que j'étais arrivé chez lui en brandis-
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sant — avec une certaine satisfaction intime un numéro de journal dans lequel j'avais éc:
un article enthousiaste sur un de ses romai Aristide Froissart, je fus surpris d'apercevc dans sa physionomie, au lieu de l'expression contentement à laquelle je m'attendais, quelqchose comme un nuage de chagrin.
A mesure qu'il parcourait mon article, s< sourcil se fronçait de plus en plus.
Lorsqu'il eut fini, il me serra la main en soxj pirant.
— Merci, mon ami, me dit-il d'un ton mélancolique; je vous remercie... .
Et un second soupir s'exhala de la poitrine de Gozlan.
— Qu'avez-vous? lui demandai-je étonné.
— Rien.
— N'êtes- vous pas satisfait de mon article?
— Pourquoi n'en serais-je pas satisfait? Vous avez cru m*être agréable.
— Me serais-je trompé? dis-je vivement.
— Non, dans un sens... oui, dans l'autre.
Et Gozlan ajouta avec effort :
— Encore un de mes livres que vous allez tuer!
Je levai sur lui un regard tellement déconcerté qu'il ne put s'empêcher de sourire.
— Eh oui, mon cher ami, reprit-il ; vous me rendez, à votre insu, un très-mauvais service.
— Moi?
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— Vous-même.
-— Avec cet article?
- — Avec cet article. Vous ne comprenez pas ? -— Pas du tout, je vous assure.
— ■ C'est bien simple pourtant, dit-il; vous allez attirer l'attention sur mon livre.
— Je l'espère bito !
■ — Il sera lu,
— Et relu.
^-^ Il se vendra.
^*^ Et beaucoup, comme il le mérite! m'écriai-je ^ plus en plus ébahi.
— ^Eh bien! voilà le mal, dit Léon Gozian avec ^ ton d'accablement.
'"^ Pourquoi?
'^^ Pourquoi? Ah! pourquoi!.,, parce que d'ici longtemps vous allez m'empécher de le re- ^^iidre.
Là-dessus, Léon Gozian voulut bien entrer ^ïis quelques explications.
Il n'avait pas qu'un seul éditeur ; sa production *^txt relativement assez active, il allait de Michel ^^vy à Dentu, de Dentu à Hetzel, de Hetzel à ^^norius.
Il vendait chaque roman pour deux ans, trois
^s au plus, moyennant une somme payée
^^lïiptant. Pefndant ces deux ou trois ans, il
I ^vait plus rien à y voir; — que le roman fît
l^^tx chemin ou ne le fît pas, cela ne le regardait
^lus.
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Il est certain que Gozlan aurait eu plus d'avaik tage à traiter autrement, — par exemple à prélever un droit par volume ou par édition; — mais Gozlan, dont la physionomie était celle d'un juif portugais, avait Thorreur plutôt que rignorance des affaires d'argents II aurait été gêné de demander ou d'attendre les comptes d'un libraire ; pour rien au monde il n'aurait consenti ^
à fourrer le nez dans des registres de commerce. - ^
Voilà pourquoi, malgré la perte évidente qui ^^^
en résultait, Léon Gozlan trouvait plus simple ô J#
et plus commode de céder ses romans pour un -Ctjîj
temps déterminé et moyennant une somme une ^x?^ fois payée, — comme on dit entre paysans.
Dès lors, pas de discussions possibles.
Le délai expiré, Gozlan rentrait dans la pro- — .#. priété de son ouvrage, et désormais il pouvait, quand cela lui plaisait, aller le revendre à un autre éditeur.
Ordinairement il laissait s'écouler quelque:
années, selon le plus ou moins de retentissement
Ti
qui s'était fait autour dudit ouvrage. Maintenan on comprend qu'il n'avait aucun intérêt à désireic: des articles, — au contraire. Son contentemenK était sincère lorsqu'il pouvait dire au second li — braire :
— Mon cher, le livre que je vbus propose a j cal
passé tout à fait inaperçu. C'est comme une nou- / Poj
veauté que vous allez donner au public. / m
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