BERCY
J'aime les anciennes banlieues de Paris, leur
"OUrdonnement de ruche pendant la semaine,
^^Ut vacarme de cabaret pendant le dimanche,
^ ^st ainsi que, ces jours derniers, j'ai passé tout
^^e matinée à Bercy. Il y avait bien sept ou huit
^^s que cela ne m'était arrivé.
Bercy! comme à ce nom si connu du peuple Parisien, tout s'égaie, tout rit, tout s'éclaire, tout ^l^ante, tout verdoie! C'est une fête perpétuelle, ^^ Bercy... on n'y rencontre que des essayeurs ^^ vins, c'est tout dire. Ils arrivent à peu près ?>^€ives, vers neuf heures du matin; mais laissez- 'ô^ accomplir quelques tours d'inspection dans *ôs rangs des tonneaux étalés sur le quai ; laissez- *^s porter à leurs lèvres — une trentaine de fois la petite écuelle d'argent du dégustateur, et ^o\is m'en direz des nouvelles !
Toutes les maisons sont des cabarets à Bercy, CB.lDarets champêtres : Aux Marronniers, Aux ^oivrierSy Aux Pruniers, etc. Les fenêtres ou- ^^J^es laissent voir des figures enluminées ; les portes laissent échapper de joyeuses clameurs.
Déjeuner à Bercy, c'est passer une demi-journée
— pour ne pas dire une journée entière — dans le bleu, le grand bleu de l'oubli.
Bercy comprend trois groupes de population bien distincts :
Bercy proprement dit, la Râpée et la Grand' Pinte. On arrive à la Grand'Pinte par la barrière de Charenton.
a Vous voyez encore dans la rue de Charenton
— raconte M. A. Sabatier, le meilleur historien de Bercy — au coin de la rue Grange-aux -Merciers, la maison d'un marchand de vin détaillant, qui porte pour enseigne une « grande pinte ». De là le nom donné au voisinage. La pinte, chacun le sait, était le litre de nos pères.
» Cette maison appartenait jadis à Cartouche, ce prototype du voleur assassin. Sur le derrière de la maison existe une petite cour qui a été témoin de bien des crimes, et dans cette cour un puits. Penchez-vous sur la margelle de ce puits, et vous y apercevrez intérieurement, à la distance d'un mètre, une ouverture — maintenant interceptée par une barre de fer scellée dans la pierre — qui pouvait alors livrer passage à Un homme. Cette ouverture était l'entrée d'une voie souterraine se perdant dans les marais. C'est là que se réfugiait Cartouche quand la maréchaussée envahissait son repaire. Grâce à son puits, il dépista plusieurs fois les limiers de M. le lieutenant de police. »