XXI. Le français de chaque jour. I
On peut distinguer les catégories suivantes:
1° Gallicismes, ou idiotismes français, c.-à-d. la façon de parler propre au français. Les gallicismes ne peuvent se traduire littéralement.
2^ Locutions familières, c.-à-d. expressions qui ont le ton simple et aisé de la conversation entre personnes bien élevées.
30 Locutions triviales ou expressions basses et ignobles provenant d'un certain manque d'esprit. L'étranger fera bien de ne pas se servir de ces expressions! Le Français s'en sert de temps à autre, il est vrai, mais exclusivement entre intimes.
4^ Argot, c-à-d. langage spécial à certaines professions et catégories de personnes, telles que étudiants, acteurs, ouvriers, filous, malfaiteurs, etc. C'est un langage essentiellement flottant et sujet aux caprices de la mode. Il va sans dire que Target est banni du bon langage, mais on le rencontre très fréquemment dans les publications périodiques illustrées et même dans la conversation intime.
Liste alphabétique.
Observation. — Les signes A F G T placés après un mot dans la liste ci-après, indiquent la catégorie à laquelle ce mot appartient
A = argot.
F = familier.
G = gallicisme.
T = trivial.
l ZA XXI. Gallicismes. Locutions familières et triviales. Argot.
1° Gallicismes. Locutions familières et triviales.
Argot
Les mots de paraphrase en italiques se trouvent
expliqués dans V ordre alphabétique.
Abîmer F (gâter): vous vous abîmez les yeux; un aboyeur T (crieur public, surtout dans les ventes publiques); une affaire F: c'est bien (ou cela fait) mon affaire (cela me convient, m'arrange, me vient à propos); allez F: moi, votis prêter une telle somme? Ah, je ne suis pas (un) millionnaire, allez! (vous savez); je vous connais bien, allez! (je vous assure); allons! F (vite! dépêche- toi); allons, bon! (hélas), enfoncé encore! F; allons donc! F (du courage! en outre: pas possible! bêtises! sottises!); un amour F: c'est un amour d'épingle de cravate (une épingle ravissante, très mignonne); un ancien A F (un soldat qui n*est plus un bleu; voir ce mot); nous étions aux anges G (très heureux, dans le ravissement, au septième ciel); un aristo(t) (F: un aristocrate; A: un chanteur, un membre de la haute pègre, c.-à-d. de la classe des voleurs élégants); un arlequin F (un mets composé de restes divers accommodés ensemble); un(e) arpette A T (apprenti[e] de n'importe quel métier); c'est une bonne aubaine G (un profit inattendu, une bonne occasion); au jour d'aujourd'hui G F (comiquement: de nos jours).
Etre baba T F (stupéfait, ébahi); le bac A, ou bacho(t) F (le baccalauréat): une boîte ou un four à bachot (un établissement où on prépare au baccalauréat); bâcler qqch F (gâcher, faire négligemment qqch pour s'en débarrasser au plus vite); faire du bafouillage = bafouiller A (dire des niaiseries, parler à tort et à travers); bâiller F (voir bayer); faire une balade A F (promenade); se balader A F (se promener); une balle A (un franc); le barbotage F (la filouterie): les barbotages du Panama; barboter F (pêcher en eau trouble); bath (h muette) A (beau, belle); batifoler F (s'amuser,
XXI. Gallicismes. Locutions familières et triviales. Argot, i ce
jouer avec qqn, surtout à des jeux de mains); dérivés: le batifolage, le batifoleur; c'est du battage A (ce n'est que feinte, c'est pour tromper les gens); une bavette F: tailler une bavette ou des bavettes (bavarder, causer); bayer (moins correctement bâiller) aux corneilles F (perdre son temps à ne rien faire, regarder niaisement, la bouche ouverte); vou^ avez beau dire (ou faire, etc.), on ne vous écoute pas G (vous parlez inutilement, on ne . . .); une bécane A F (une bicyclette, un bicycle, un vélo); becqueter A (manger); avoir un béguin pour F (être coiffé de, avoir im caprice ou ime passion momentanée pour); il pleut de plus belle G (de plus en plus); un bêta F (bête, \m niais, un imbécile); un beuglant F (lui café-concert où les spectateurs chantent en chœur avec les artistes); soyez le bienvenu (la bienvenue) G (je suis content de vous voir chez moi); il fait bigrement (extrêmement) /r^/â^ F; un bistrot {un mastroquct) A; un bizuth (th ne se prononcent pas) A (un élève de première année de mathématiques spéciales); la blague F: c'est de la blague ou ce sont des blagues (une menterie, un léger mensonge); sans blague! (c'est vrai, je ne mens pas); vous blaguez (vous dites des blagues, des mensonges); c'est un blagueur, une blagueuse (un diseur, une diseuse de choses inventées à plaisir); le blaire A (le nez); un bleu A F (un jeune soldat, une nouvelle recrue); fai du (ou un) bobo (terme enfantin: im mal léger); le bœuf gras (Ff est muet) G (bœuf très gras qui figure dans le cortège du carnaval de Paris); la boîte T: (l'établissement dont on fait partie, p. ex. le lycée pour le lycéen, la fabrique pour l'ouvrier); une (petite) boîte (petite maison); une boîte à soupe (une institution où on prépare aux examens); vous répondez au petit bonheur G (sans réfléchir, sans méditer); le bonhomme F: mon petit bonhomme (mon cher, désignant im petit garçon); aller son petit bonhomme de chemin (avancer d'une manière continue, sans hâte ni îvsicsis); faire son boniment F (une
- cfï XXT. Gallicismes. Locutions familières et triviales. Argot.
annonce pompeuse pour engager la foule à acheter, à entrer, etc.); un bordache (ou bordachien) F (un élève du Borda, vaisseau-école pour les officiers de marine); faire du boucan F (bruit, chahuf)] c'est tm garçon bouché F (stupide, bête, lourd, peu intelligent); du bouilli F (du bœuf nature); c'est un boulevardier F (c'est im flâneiu*, il ne fait que faire les boulevards); le Bour Miche A (le boulevard Saint-Michel, dans le quartier latin); boulotter A F (manger): il a boulotte toute sa galette [voir ce mot] (il a dépensé follement tout son argent); un bouquin F (un vieux livre de peu de valeur); bouquiner F (consulter, examiner des bouqnins)\ un bouquineur F (celui qui aime à bouquinei)] un bouquiniste F (un marchand de bouquins)) un petit bout d'homme F (im homme assez petit); // a de la braise A (de Targent); broder (en conter, enjoliver): votis brodez (vous exagérez); un brûle-gueule F (une pipe de terre à tuyau très court); bûcher F (travailler fort); les élèves paresseux aiment (à) fain Vécole buissonnière G (aiment à se promener au lieu d'aller en classe); le bus A F (l'omnibus).
Ça F (cela): c'est ça ou cela (c'est bien juste, vrai); // a de ça (il possède beaucoup d'argent); la caboche T (la tête); un cabot A F (un petit chien hargneux); un cabotin F (un comédien d'une troupe ambulante; im individu vaniteux et désireux de produire des effets); un caboulot AT (cabaret de bas étage, café borgne); cette pièce, cette robe a du cachet F (de l'originalité); un cafard A F (un hypocrite; un rapporteur ou dénonciateur); cafarder A F (moucharder, dénoncer, rapporter); le caillou A F (la tête); il est calé A F (très riche, très instruit, très fort); un calicot F (commis d'im magasin d'étoffes); donner à qqn une calotte F (un petit soufflet, une tape sur la tête); calotter qqn F (le frapper en lui donnant des tapes sur la tête); un camelot F (celui qui vend de la camelote, c-à-d. des marchandises inférieures; tout individu exerçant un métier des rues); avoir
XXI. GaUidsmes. Locutions familières ec tnviales. Argot. t <7
(donner) campos F (congé, permission de sortie); cet homme-là a l'air canaille TF (il a Tair d'un coquin, d'un individu de mauvais caractère); un cancre F (un élève stupide et paresseux); caner (reculer devant le danger, se dérober, avoir peur) TF: caner l'école (carotter T école, faire l'école buissontiière , manquer la classe sans motif plausible); un carcan AT (ime rosse, un vieux cheval maigre); tirer une carotte à qqn F (tirer de lui une petite somme en lui faisant croire quelque mensonge); carotter Técole T (caner récole); un carotteur (ou carottier) F (une personne qui «tire des carottes» à qqn); un carré A (un élève de seconde année de mathématiques spéciales); une tête carrée F (ime personne têtue, un entêté; par extension aussi: un imbécile, un sot); vas-y carrément F (d'une manière ferme, décidée, sans peur); se carrer F (se donner des eiirs, de l'importance); je fais (grand) cas de cela G 0e le considère comme une chose importante); casquer AT (payer); casser une croûte F (manger un peu); casser sa pipe T (mourir); casser du sucre F (médire de qqn); se cavaler A T (se sauver, s'en aller); faire du chahut F (du tapage); qu'est-ce qtu vous me chantez là? TF (vos paroles n'ont pas le sens commim, vous parlez à tort et à travers); mon chat F (mon chéri, mignon); ma chatte F (ma chérie, mignonne); il faut appeler un chat un chat G (il faut appeler les choses par leur nom); je donne ma langue au chat (ou aux chiens) G (je renonce à répondre, à comprendre, à deviner); boire du Château-Lapompe F (de l'eau); ça chauffe F (l'affaire est en pleine activité, la lutte est acharnée); ça va chauffer F (ce sera une affaire très chaude ou sérieuse, un combat achamé) ; chauffer qqn pour le bachot F (le préparer pour cet examen); yi? viens de chez moi, ou de chez mon oncle G .de mon logis, de la maison de mon oncle); mo7i chez moi (mon logis) G; chic A F: il a du chic (il est bien, désinvolte); c'est une femme chic (ell^ a une
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désinvolture élégante); c'est chic (c'est charmant, élégant, comme il faut); chien: elle a du chien A (un certain piquant); // fait un temps de chien F (très mauvais temps); chinois: un chapeau chinois G (un instrument de musique, calotte de cuivre mince garnie de grelots et de clochettes et fixée au bout d'ime tige); les chinoiseries de la grammaire G (les bizarreries, les formalités compliquées et bizarres de la grammaire); chiper F (dérober, enlever, prendre); // s* est fait choper A T (arrêter, saisir par la police); le chose F: un certain monsieur chose (je ne sais qui, je ne me rappelle pas son nom); passez-moi le chose (p. ex. le sel, la moutarde); avez'vous e'té à chose? (à . . ., quel est donc le nom de Tendroit?); je suis (ou fai l'air, ou je me sens) tout chose (je me sens tout je ne sais comment, je suis dans une disposition d'esprit dont je ne me rends pas bien compte); chouette T: cela est (ou c'est) chouette (très beau, charmant); elle n'est pas chouette (pas belle); h ciboulot T (la tête); c'est clair comme de l'eau de boudin T (c'est une affaire embrouillée, obscure); le prisonnier a pris la clef des champs G (il a filé, il s'est enfui); le clou T F (le mont-de-piété, où sont accrochés les objets remis en gage; aussi: la salle de police, où les militaires sont retenus pour les fautes légères; aussi: une chose démode'e) ; il est ne coiffé G (il est né sous une bonne étoile, tout lui réussit) ; je suis coiffé de lui G (je suis entiché de lui, je l'aime avec passion, je suis un peu fou de lui); coiffer sainte Catherine G (rester fille comme sainte Catherine, la patronne des demoiselles); je suis collé A F (refusé à l'examen, consigné en retenue); coller à qqn une gifle, un coup de poing T (lui donner . . ., lui Manquer . , ,); un (sale) collignon A (un cocher de fiacre); comble G: ceci est le comble! (c'est trop fort, çal); la salle e'tait comble (elle était entièrement remplie de monde); dîner en petit comité G (dîner avec quelques amis intimes); c'est un homme comme il faut G (un
XXI. Gallicismes. Locutions familières et triviales. Argot. t c q
homme distingué, de bonne compagnie, très bien élevé); // entra comme si de rien n'était G (comme si rien ne fût arrivé); r omnibus est complet G (toutes les places sont occupées); je ne comprends rien à sa conduite G (je ne puis m'expliquer sa conduite); je ri y comprends rien G (je ne m'en rends pas raison); des confetti (mot italien: de petits ronds de papier qu'on se jette dans la rue, lors du mardi gras et de la mi-carême); ça ne tire pas à conséquence G (ça n'est pas important, cela n'entraîne aucune conséquence importante); mon copain F (mon camarade de collège); un coq-à-l'âne G (des propos incohérents et sans aucune raison); il fait toujours des coq-à-Pâne (il parle toujours à tort et à travers); un cordon bleu F (une cuisinière habile); /<?^ cornet T (le nez); un cornichon A (im candidat à l'Ecole militaire de Saint-Cyr); corser (épicer, rendre plus consistant) F: corser le bouillon (en y ajoutant des épices, des légumes, etc.); corser un discours; l'affaire se corse (elle devient sérieuse); se monter le cou T (faire le fanfaron); monter le cou à qqn F (en faire accroire à qqn, dire des blagues à qqn); il en a une couche T (sous-entendu: de bêtise) (il est très bête); allez vous coucher! T (allez- vous-en! j'en ai assez de vous!); coûter: coûte que coûte G (à tout prix); // ri y a que le premier pas qui coûte G (les commencements sont toujours difficiles); rien ne lui coûtera pour réussir G (il ne reculera devant auom sacrifice pour atteindre son but); un crapaud F (im petit enfant aux gestes lourds, un mioche, im moutard); c'est un (ou de la) crapule T (c'est un individu grossier, vil, méprisable); il a encore du cresson sur la fontaine T (il a encore des cheveux sur le crâne); un crétin A (im homme qui a l'esprit épais, un mauvais élève); il est criblé de dettes G (il doit de l'argent à tout le monde); elle est jolie à croquer F (elle est très jolie); un cube A (un élève de troisième année de mathématiques spéciales); un cuir F (liaison d'un t au lieu d'un s,
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p. ex.: tu eS't'un farceui); avoir une cuite T (être gris, enivré); se donner une cuite T (boire jusqu'à s'enivrer); la cuite (par plaisanterie au lieu de «suite») au prochain numéro (du journal); un culbutant T (un pantalon); faire la culbute F (être renversé brusquement d'un poste qu'on occupe).
Mon dabe A (mon père); la dalle A (voir rincer); dame! F (ma foi!); votre dame T (votre charmante femme); venir ou /aire qqch dare-dare F (en grande hâte); débiner qqn F (dire du mal de qqn); je nu débine A (je m'en vais, je me sauve); être décavé F (sans le soii); être dans la dèche F (dans la misère, dépourvu d'argent); je ne demande pas mieux G (volontiers, de grand cœur, cela n'est pas de refus); votre demoiselle T (mademoiselle votre fille); je n'ai rien à mettre sous la dent G (rien à manger); êire en déveine F (n'être pas en veine, n'avoir pas de chance, avoir mauvaise chance continue, spécialement au jeu); diable^) F: il a le diable au corps (il est très actif, il agit avec passion, avec emportement); il a fait le diable à quatre (il a fait beaucoup de bruit); il tire le diable par la queue (il en est réduit aux derniers expédients); c'est un bon diable (c'est un bon garçon); cet enfant est très diable (très turbulent); je l'ai envoyé au diable (renvoyé brusquement); que le diable (ou diantre) vous emporte T (ôtez-vous de mes yeux, je ne veux plus de vous)!; que diable (sapristi, j'enrage)!; c'est diablement difficile F (c'est excessivement difficile); // n'y a pas à dire, X a du talent G (il est incontestable que X. a du talent); quand je vous le dis! F (je vous assure!); quand je vous le disais! F (voilà précisément ce que je vous ai prédit); être dans son dodo (lit); faire dodo (dormir) F (langage enfantin); je vous le donne en cent G (vous
ï) Le mot diable s'emploie plus facilement en français que son expression équivalente en allemand. r^^^^T^