‹ Le petit ParisienChapitre 81 sur 85 · XXI. Gallicismes. Locutions familières et triviales. Argot · texte numérisé non relu

XXI. Gallicismes. Locutions familières et triviales. Argot

(drôle, cocasse, amusant, étonnant); nous avons bien rigolé aujourd'hui (nous avons passé une très agréable journée); c'est rigolo (rigolant) ; à la rigueur G (s'il le faut, au pis aller); rincer le coco, ou la dalle j à qqn T (lui donner à boire); se rincer l'œil (voir û?//); riper A {^chiper, prendre, enlever); rire sous cape, ou dans sa barbe G (rire à part soi, à la dérobée, sous son manteau); un rond A (un sou); un rond de cuir F (un vieux bureaucrate, im employé de bureau); rosse F: un écrivain rosse (un écrivain qui est porté à critiquer les convenances sociales); une comédie rosse (une comédie implacable, faisant ressortir les défauts et tomber les masques); // est rosse (méchant, mesquin) dans tout ce qu'il fait; il faut être bien rosse (mesquin) pour proposer ou faire une telle chose; la rosserie F (le caractère de ce qui est rosse; voir ce dernier mot); un rossignol F (un objet démodé qui se vend difficilement); un rosto A F (un bec de gaz); un rotin A (un sou, un rond, im radis) \ rouler: c'est rotdant TF (très drôle); nous nous sommes roulés T F (nous nous sommes très bien amusés); rouler qqn F (tromper, duper, mystifier); roupiller T F (sommeiller, dormir à demi); un(e) rouquin(e) A F (im individu qui a les cheveux roux); la rousse A (la police).

H a le sac T (il a des écus, beaucoup d'argent); un salva F (un verre de bière dite «salvator»); un sapin F (un fiacre); sapristi! A F (peste! diantre! ah, tiens! que c'est ennuyeux!); cela saute aux yeux G (cela est évident, bien clair); je me sauve F (je m'en vais); du schnick T (de l'eau de vie très forte); une scie F (une chose ou personne fatigante, agaçante): c'est une vraie scie que d'apprendre le piano; scier qqn F (fatiguer qqn par la répétition uniforme de qqch, ennuyer, raser qqn); // fait semblant d'être riche G (il se donne l'air d'un homme riche); ça sent le tabac ici G (il y a une odeur de fumée de tabac ici); un sergot A F (un sergent de ville, un agent d§ police);

j'jrx XXI. Gallicismes. Locutions familières et triviales. Argot.

un serpentin G (une bande roulée de papier très mince, et souvent de dix à vingt mètres de long, qu'on déroule et qu^on fait serpenter en signe de réjouissance, le jour du carnaval); ce soir, je vais mettre (ou enfiiet) mon sifflet (d'ébène) A (mon habit noir); c'est smart F (chic, à la mode, de bon ton); et ta sœur? T (une façon d'expédier un importun et de détourner brusquement la question; le sens est: «c'est assez, tu nous ennuies; parle-nous maintenant de ta sœup>); il est sans (il n'a pas) le sou F (il est très pauvre, il n'a pas de fortune); SMzr^Z'Vous F (prenez du sucre).

X. fait sa tambouille A (sa popote) ; ma montre est chez ma tante T F (au mont-de-piété); elle en a une tapette A (elle a bon bec, elle est bavarde); un tapin A F (un tambour); /cï taupe A (les élèves de mathématiques spéciales qui se préparent à TÉcole polytechnique, etc. Cette École est la pépinière des officiers du génie et des ingénieurs, qu'on a comparés à la taupe, petit animal qui creuse des galeries sous la terre); un taupin A (un membre de la taupe, un candidat à l'École polytechnique); tenir: maintenant je sais à quoi m* en tenir G (je suis orienté, édifié sur cette affaire); qu*à cela ne tienne G (peu importe, volontiers, avec plaisir); tiens, tiens, vous voilà déjà (de retour) ! F (quelle surprise de vous [re]voir de si bonne heure!); je ne tiens pas à cet honneur G (je n'attache aucune valeur ou importance à cela); cela ne tient qu'à vous G (cela dépend de vous); il fait sa tête F (il est de mauvaise humeur); un teuf-teuf F (un tricycle à pétrole ou à la benzine); une t(h)une A (une pièce de 5 fr.); toc A (de mauvaise qualité, laid, méchant, banal, contrefait): votre chaîne est toc; une toquante A (une montre); c'est tordant, la pièce est tordante A F (très drôle, rigolo) ; je me suis tordu (de rire) A F (je me suis très bien amusé); toujours est-il que (en tout cas) X, est un homme de génie G; il a du toupet T F (il a un aplomb étonnant, de l'audace, de Fef-

XXI. Gallicismes. Locutions familières et triviales. Argot. » •• .

fronterie; il est très hardi); un tourlourou F (un jeune lignard): f offre une tournée F (je paye une rasade, un verre de bière, etc., à tous ceux qui sont avec moi); un toutou F (terme enfantin: un chien); avoir le trac A F (avoir la peur du débutant); comment! vous traînez au litjusqu*à midi? F (vous restez couché jusqu'à midi?); il y avait du tralala F (grand apparat, grande cérémonie); la triplice F (la triple alliance); mon petit trognon T (mon chéri, mon mignon, mon bijou, mon petit chat, mon petit lapin bleu); le troquet A (le mastroquet); ce XXMZ-là T (ce machin-là); il connaît le truc (le procédé, la ruse) F (il est malin, rusé; il a les moyens de réussir); un tube T F (un chapeau haut de forme); turbiner A (piocher); un tuyau de poêle (im tube); un type F, une typesse T (un individu quelconque).

Urfe A (chic); une chose urfe A (une belle chose supérieure).

Va F: oh, je te connais, va! (je t'assure); cela va tout seul (cela va sans dire, cela s'entend, se comprend, c'est bien entendu); il y va de mon honneur G (mon honneur est en jeu); une vache: les vaches A (les agents de police, les sergents de ville); vous parlez (le) français comme une vache espagnole F (vous écorchez le français, vous le parlez très mal [comme un Vace ou Basque espagnol]); manger de la vache enragée A F (mener une vie de privations); la Vachalcade, ou le cortège de la Vache enragée A F (une fête populaire organisée par les artistes du quartier de Paris appelé Montmartre. Par opposition au bœuf gras, c'est une vache très maigre qui figure dans cette cavalcade parcourant les principales rues de Paris; c'est une allusion à la cvache enragée» c.-à-d. à la misère, contre laquelle les artistes ont souvent à lutter); vadrouiller, ou faire, piquer une vadrouille T (aller dans les brasseries, rôder dans les milieux auxquels on n'est pas habitué); un vadrouilleur A (quLa l'habi

gie

1^2 XXI. Gallicismes. Locutions familières et triviales. Argot

tude de vadrouiller, de flâner); un veinard F (un homme qui a de la veine, à qui tout réussit); avoir de la veine, ou être en veine F (avoir de la chance); fai un vélo F (un vélocipède, une bicyclette); un velours F (liaison vicieuse d'un s au lieu d'un t, p. ex.: // e'taiis-à la maison) ; tuer le ver A F (boire la goutte, ou un mêlécassis, le matin); une verte A F (un verre d'absinthe); le violon F (la prison, une cellule du poste de police); ne voilà-t-il pas qu'il pleut? F (voilà qu'il commence à pleuvoir, qu'il se met à pleuvoir); il ne l'a pas volé F (il l'a bien mérité); je le vomis T (je le hais, je le déteste, je l'exècre, je le sue par toutes les pores de ma peau); que vomX^z-vous? c'est comme ça! F (que faire?, il n'y a rien à faire); voyez voir! T (regardez, voyez!); voyons, pas de bêtises! F (allons, ne faites pas de bêtises!) un voyou F, une voyoute T (un enfant malpropre et mal élevé, une petite craptile qui a en elle les germes de tous les vices et crimes imaginables).

Un X A¥ (un polytechnicien, un pipo; ime personne qui a des dispositions pour les mathématiques).

Y être (comprendre) F: jy suis (je comprends); vous n'y êtes pas (vous ne comprenez pas ce que je veux dire); ça y est F (c'est juste, parfait); un youpin, une youpine T (un juif, une juive); un youtre (l'r ne se prononce qu'en parlant avec emphase) T (un juif); la youtrerie T (les juifs, l'âpreté).

Un bon zigue A (un bon garçon sur qui on peut compter); un zigue bath à voir A (un garçon beau à voir, de bonne mine); le zinc A (le comptoir du marchand de vins); ah, zut, ou zut alors! T (je m'en moque, fin le).

Observations. — Dans la langue parlée, on évite d'employer Vimparfait du subjonctif et le pc^sé défini. Dans le premier cas, on préfère, moins correctement, le présent du subjonctif ou, plus couramment, V infinitif; dans le second, on emploie le passé indéfiiii.

L'on n'existe plus que dans la langue icrite. Dans

XXI. Fantet (barbarismes, solècismes, velours cuirs, pataquès), j^^

la langue de tous les jours, on se sert presque exclusivement de la forme sans article.

Potnf ne s'emploie guère dans la langue parlée; on préfère pas.

2° Fautes (barbarismes, solécismes, velours, cuirs, pataquès).

Les gens de la basse dasse commettent souvent des fautes contre la pureté du dictionnaire, soit en forgeant des mots nouveaux, soit en confondant ou en déformant les mots de la bonne langue. De telles fautes sont appelées barbarismes. En voici quelques spécimens :

alorsse (pour: alors)] une apparution {apparition)] eh ben {eh bien)] une boète {boUe)] caneçon {caleçon)] castrole {casserole)] ceusse {ceux)] collidor {corridor)] conséquent {considérable, important)] éduqué {élevé)] escuser {excuser)] espliquer {expl . . .); esposition {exp . . .); un fainiant {fainéant)] Félisque {Félix)] fleurez cette rose {flairez cette rose)] i'sont {ils sont)] Vy a {il y a)] lorceuque {lorsque)] la mairerie {mairie)] ma manman {maman)] not' {notre)] ostination {obst, . .); un ouverrier {ouvrier)] pis {puis)] quasiment {presque)] quat' {quatre)] quelqu'un {quelqu'un)] que'quesuns; à la revoyure [au revoit)] rh)rtme {rite)] risquant {hasardeux)] risque {rixe)] tant qu'à moi {quant à moi)] t'as {tu as)] t'es {tu es)] troise {trois)] 'turellement {naturellement)] vlà {voilà)] vot* {votre)] lièf {lièvre)] met' {mètre)] tab' {table)] etc.

En outre, les solécismes, c-à-d. les fautes grossières contre les règles de la grammaire, sont très nombreux et loin d'être le monopole des ouvriers et gens de basse extraction. Voici quelques énormités de ce genre:

Rachèterai (pour: /achèterai) cela] assis-toi {assiedstoi)] reau bouillit {bout)] il conquérit {conquiert)] vous

l'y A XXI. Fautes (barbarismes, solèdsmes, velours, cuirs, pataqu^).

me contredites (contredisez); je cueillirai [cueillerai); /étions (j" étais); vous faisez (/ailes); f ai résous (résolu) de partir; je vas {;uaii); /ai (pour: je suis) rentré à dix heures; /ai (je suis) tombé; je suis (j'ai) couru; je suis (fat) été; — si /aurais (pour: f avais) su celai — je me rappelle de cela (je me rappelle cela); toucher le (pour: du) piano; donnez-moi-le (donnez-le-moi);

en face le pont (du pont); assez du pain; beaucoup de la viande, peu de V argent; f ai plus que (di) cent francs dans ma poche;

ces cigares coûtent 25 centimes chaque (mieux : chacun ou pièce); tant pire (tant pis); de plus bonne heure (de meilleure heure);

Vonze (le onze) mai; V ouate (la ouaté); cet hussard (ce hussard), etc;

combien que t'en veux (combien est-ce que tu . . .)?, combien que ça (nous) fait (quel en est le prix)?; comment que fas fait cela (comment as-tu fait cela)?; où que tu es (où es-tu)?; pourquoi que tu t'en vas (p)ourquoi t'en vas-tu)? — // y en a é^ ceux qui ... (il y en a qui . . .).

La négation ne est très souvent omise dans le langage populciire, p. ex.: j'ai pas faim (je n'ai pas faim); t'es pas (tu n'es pas) raisonnable; j'sais pas (je ne sais pas); j'étais pas là (je n'étais pas là); c'était pas juste (ce n'était pas juste); c'est pas vrai (ce n'est pas vrai), etc.

Enfin le Français sans éducation fait souvent, en parlant, des liaisons vicieuses entre la finale d'un mot et l'initiale du mot qui suit. Dans le cas où il met en liaison un s au lieu d'un t, on dit qu'il fait un velours, p. ex.: vingt-s-hommes, les quarante-s-immortels, elle était-s-à l'église, entre quaf-s-yetix, le bal des Quat'-s-arts, etc. — La faute contraire, qui consiste à faire entendre un t final là où il y a un s, est également assez répandue; ceux qui commettent de telles fautes, font ce qu'on appelle des cuirs, p. ex.: ce chapeau

Page 1