‹ Le petit poucet du XIXe siècle: Georges Stephenson et la naissance desChapitre 30 sur 69 · PREMIERS ESSAIS DE TRACTION AMÉLIORÉE · texte numérisé non relu

PREMIERS ESSAIS DE TRACTION AMÉLIORÉE

renversa un mur. On trouva que ces caprices passaient la permission, et que ce qu'il y avait de mieux à faire, c'était de renoncer à ses dangereux services. On ne lui donna donc plus d'avoine du tout, et oii le mit au repos à perpétuité dans une belle écurie. Il y est encore, et chacun peut l'y visiter, quand il voudra, au Conservatoire des arts et métiers. Il n'est même pas défendu d'en approcher; la diète l'a calmé, et, depuis qu'il ne mange plus de charbon, il n'a jamais fait de mal à personne.

Ce ne fut pas le seul essai plus ou moins intéressant, quoique imparfait. Il y eut ceux d'Olivier Évans, un Américain, d'abord simple ouvrier comme Stephenson, puis mécanicien habile, dont les machines, construites de 1787 à 1790, furent imitées en Angleterre, dans le pays de Cornouailles, par Trevitick et Vivian, dès 1804 *, et plus tard répandues plus au loin. Il y eu aussi ceux de Brunton, un ingénieur distingué, mais cette fois malheureux, qui avait imaginé, pour mieux imiter le cheval, une sorte de corps à quatre membres articulés, qui devaient s'avancer alternativement sous l'action de la vapeur. Cette fois-ci la bête ne se borna pas à des écarts plus ou moins désordonnés ; elle éclata au premier essai sérieux, et l'on n'eut pas même la consolation de se dire que les morceaux en étaient bons, car ils avaient tué ou blessé une partie des assis- ' tants. Inutile d'ajouter qu'on ne renouvela pas l'expérience.

i. Voir, à Tappendice, la note /.

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Mais, dans les circonstances ordinaires, toutes ces complications sont plus qu'inutiles; elles sont nuisibles, car c'est de la dépense sans but et de la force» gratuitement perdue. Aussi n'étaient-elles du goût ni de Stephenson, l'homme au coup d'œil droit, ni d'un certain Blackett, qui se trouvait être, par un hasard singulier, un des propriétaires des charbonnages de WyIam,où était né Stephenson.

Ce Blackett, au lieu de faire, comme d'autres, des chiffres et des formules, fit des expériences. Il essaya des roues et des rails de toutes sortes, et il arriva à reconnaître que, de tous les systèmes, le meilleur était de n'en pas avoir, c'est-à-dire de mettre tout bonnement des roues lisses sur des rails lisses : les aspé^ rites inévitables du métal suffisaient pour donner l'adhérence nécessaire *. Il construisit en conséquence, pour son charbonnage, un petit chemin de fer et une machine qui transportait le charbon assez convenablement, mais à petite vitesse. Les gens du voisinage se moquaient de sa témérité et disaient que sa folie le

1. Entre deux surfaces planes, disent Trevitick et Vivian dans un (Telejrs mémoires, radhérence est trop faible; les voitures sont exposées à glisser, et la force d'impulsion est perdue. — Cette idée inexacte, adoptée par tous les ingénieurs, constitua Tun des principaux obstacles devant lesquels fut arrêté longtemps le développement des chemins de fer.

Ce n'est qu'en 1813 que Blackett, substituant l'expérience à la théorie, et cherchant à déterminer pratiquement la quantité de force que faisait perdre le glissement, arriva à constater que le poids de la machine suffit pour déterminer l'adhérence et permettre la marche des Toitures à remorquer.

C'est Tannée suivante, en 1814, que Stephenson construisit sa pre* mière locomotive.

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