UN SOUVENIR PERSONNEL
casquette à la main, ouvre la portière et, du ton le plus tranquille, demande si ces messieurs ne voudraient pas monter la eôte à pied : elle élait un peu raide, la côte, et cela soulagerait la machine»
Monter la côte à pied, en chemin de fer I Cela va paraître fort à mes jeunes lecteurs, j'en suis sûr; mais c'était comme cela, ils peuvent m'en croire, il y a trente-cinq ou quarante ans ^
Du reste, tout le parcours des chemins de Roanne et de Saint-Etienne était bien la chose la plus curieuse du monde : tantôt on se servait de ses jambes, comme je viens de le dire ; tantôt on était traîné par des bœufs ou par des chevaux; tantôt des wagons chargés de charbon, en descendant un des versants de la côte, tiraient à eux les voilures qui avaient à remonter le versant opposé; tantôt enfin les trains étaient mis en mouvement par des locomotives fixes ou mobiles. On passait ainsi par tous les procédés de traction imaginables dans l'espace de quelques kilomètr&s.
Stephenson avait fait quelque chose d'analogue pour son chemin d'Helton ; ce qui n'empêchait pas que ce ne fût pour l'époque une chose fort surprenante. Aussi
1 . Voici un autre épisode du môme voyage, qui donne une id^ non moins originale de la façon dont il se faisait. Dans le même compar* liment que moi se trouvait une malheureuse paysanne qui avait pris le chemin de fer pour échapper à son mari, qui la maltraitait. Ayant quelque fortune, elle avait fait la sottise d*épouser à soixante ans un homme plus jeune qu*elle, qui voulait la contraindre à lui abandonner ses biens. A bout de patience, elle avait pris la fuite et s*était réfugiée dans un wagon. Mais le mari courait derrière avec un gendarme pour la forcer à réintégrer le domicile conjugal. Quand le train ralentissait, il arrivait à la portière, et essayait de faire descendre sa victime; mais au moment où il allait la saisir, la marche s*accélérait, et il était forcé de lâcher prise avec son gendarme. Il reparaissait dix minutes plus tard pour être encore laissé en plan, et ainsi de suite. Jamais je n'ai vu comédie plus curieuse; je n'^se dire plus amusante, car elle n'était pa« gaie.
venait-on de tous côtés admirer son ouvrage^ et surtout voir travailler le merveilleux c cheval de fer » .
Il ne faisait encore cependant, ce merveilleux cheval de fer, qu'environ six kilomètres à l'heure. C'était peu, un homme en fait autant sans beaucoup se gêner ; mais pour ceux qui savaient voir, et pour Stephenson surtout, répreuve était décisive : désormais il ne '\
s'agissait plus que d'améliorer ce qui était trouvé.
Aussi, à quelque temps de là, enhardi par ces premiers succès, il n'hésita pas à faire une nouvelle tentative dont le résultat, sans être encore un triomphe définitif, devait avoir sur le développement de ses inventions une influence décisive.