LA PROPHÉTIE DE STEPHENSON
Esl-ce que les machines, depuis la plus petite jusqu'à la plus colossale, depuis le fuseau jusqu'au banc à broches et depuis la première pierre ramassée par un sauvage jusqu'au marteau-pilon, ne sont pas autant de membres ajoutés à nos membres ?
Est-ce que les chemins de fer, pour ne parler que d'eux, chaque fois qu'ils nous font gagner une heure, ne nous sauvent pas une heure de notre vie?
Et l'accumulation de ces heures, ainsi épargnées chaque jourà des milliers et des millions d'homme, ou représente-t-elle pas auboutde Tannée, des centaînie et des milliers d'existences, rendues disponibles pour d'autres emplois * ?
C'est donc bien réellement une augmentation de la vie ; et c'est en même temps, et par cela même, de l'égalisation dans le meilleur sens du mot, de l'égalisation qui n'abaisse personne et qui relève tout le monde. Le jour ou le territoire de la France, d'une extrémité à l'autre, a été sillonné de rails, et le jour où sur ces rails locomotives et wagons ont roulé jour et nuit, toujours prêts à recevoir, pour une somme relativement minime, quiconque a besoin de leurs services, l'obstacle de la distance et du temps a été réduit dans une mesure presque égale pour tous, pour le riche comme pour le pauvre.
Stephenson avait donc raison : c'était le grand chemin de tous qu'il ouvrait; et tous, petits ou grands, en ont profité.
Et c'est à ce signe, qui ne trompe pas, que se reconnaissent les choses vraiment bonnes. Tout ce qui agrandit l'humanité, tout ce qui accroît sa richesse et sa puissance, bien loin de séparer, comme on le dit