CHAPITRE XI
Nouveaux ennuis* — Jalousie et routine.
Mes jeunes lecteurs vont se dire après cela, j'ensuis sûr : cYoilàquiest bien, et nous en sommes fort aises, car nous en profilons tous les jours. Stephenson a eu du mal, mais enfin il est parvenu à son but. Il a fait, en 4825, adopter les chemins de fer. Faisons comme les Anglais, rappelons-nous cette date mémorable, et battons des mains. >
Hélas 1 non; la routine, surtout la routine des savants (j'en demande bien pardon aux savants qui pourraient me lire), ne désarme pas si aisément. Que ceci, une fois eacore, serve de leçon aux gens qui, sans être des Watt et des Slephenson, et sans avoir comme eux fait leurs preuves, se plaignent de n'être pas compris, et prennent en pitié ou en horreur rimbécillité du genre humain.
Voilà un homme qui, depuis qu'il était au monde, avait réussi, pour ainsi dire, dans tout ce qu'il avai^ entrepris ; un homme qui, indépendamment de tous ses autres travaux, avait construit deux voies ferrées et mis sur ces voies des machines de sa fagon, chaque jour passant et repassant, comme des preuves vivantes de son mérite, sous le regard de tous. Déjà, quoique ce ne fût que le début de l'ère nouvelle ouverte par lui^ il avait accru dans des proportions considé-
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La ligne de HAnchcster à Liverpool. — Lenleurs et résistances.
D'abord ce ne fut pas sans peine que fut arrachée au Parlement, et avec des restrictions regrettables, la concession indispensable pour entreprendre les travaux. Jamais cependantligne ne fut plus naturellement indiquée. Liverpool, tout le monde le sait, est un grand port où Ton reçoit, entre autres choses, les cotons qui arrivent d'Amérique; et Manchester, distante de 54 kilomètres, est le grand centre industriel où ces cotons vont se faire travailler. De Liverpool à Manchester les relations sont donc incessantes. Il faut que la matière première arrive vite au métier, qu'elle y arrive en tout temps, et qu'elle y arrive à aussi bas prix que possible. Or entre Liverpool et Manchester la route, vers la fin du siècle dernier, était telle qu'un Anglais resté célèbre par le récit de ses voyages en France, Arthur Young, la représentait comme une véritable fondrière, dans laquelle on avait toutes les chances possibles de laisser au moins quelqu'un de ses membres.
Un grand seigneur, un membre éminent de cette aristocratie anglaise qui depuis longtemps donne l'exemple de l'activité industrielle, le duc de Bridgewater, frappé de rinsuffisance des transports par terre, et plus spécialement de la difficulté qu'il éprouvaità écouler les produits de ses houillères de VYorsley, à
peine distantes d'une douzaine de kilomètres de la grande cité manufacturière, avait eu l'idée d'ouvrir un canal entre les deux villes, et il avait par là rendu un grand service au pays, tout en faisant une très belle affaire. Mais ce canal avait ses chômages, gelée, sécheresse, curage, et le reste. Il ne suffisait pas toujours aux besoins ; et de plus, étant l'unique voie, il était investi d'un privilège de situation qui le rendait maître des prix. Une concurrence était nécessaire, et une voie ferrée était évidemment la concurrence indiquée. Mais ceci ne faisait plus l'affaire du duc de Bridgewater, qui avait trouvé bon défaire, avec son canal, concurrence aux voituriers de la route, maisqjii ne trouvait pas bon que l'on vînt, avec un chemin de fer, faire concurrence à son canal : il était fier de travailler pour le bien public, ce duc, mais il tenait à ne partager avec personne la gloire de rendre service au commerce et à l'industrie.
Et cela ne plaisait guère davantage aux autres grands seigneurs, propriétaires de châteaux, de parcs et de bois, qui se voyaient exposés à être atteints par le futur chemin de fer.
Tous se liguèrent contre Stephenson et les capitalistes qui demandaient la ligne. Lorsqu'il s'agit de lever des plans sur le terrain, ordre fut donné par lord Ocrby et par les autres landlords à tous leurs gens de chasser impitoyablement, de partout où on le rencontrerait, ce maudit Stephenson et sa clique. Un mot peint bien l'état de leur esprit à cette époque : € J'aimerais mieux, disait l'un d'eux, voir dans le canton une bande de brigands qu'un seul ingénieur de cette espèce. >
En présence d'un tel mauvais vouloir, force était de fuser : Stephenson rusa; mais ses ruses étaient bien