CHAPITRE XIII
La tuurbièrô de Ghatmoss.
I^armi les difficultés que présentait la construction de la ligne de Liverpool à Manchester, la plus effrayante était Tobligation de franchir non plus une montagne» mais une tourbière, la tourbière de Ghatmoss, d'une Margeur de dix milles (16 kiJomètres). On se figure aisément les objections des gens sérieux et les plaisanteries de ceux qui ne l'étaient pas. Jeter des rails à travers ce marécage; faire passer des locomotives, avec leur masse écrasante, sur ce sol mouvant, dans lequel les chevaux s'embourbaient et les hommes même n'étaient pas toujours assurés de ne pas enfoncer I Jamais on n'avait rêvé pareille folie.
C'était hardi, tout au moins; et un autre que Stcphenson aurait probablement cherché à tourner la difficulté, ou tout au moins à la réserver pour la fin. Il fit tout juste le contraire, et ce fut par la tourbière qu'il attaqua le travail. C'est ce qu'on appelle en langue vulgaire prendre le taureau par les cornes. Quand on le tient par là, et qu'on est de force à le tenir, il n'est plus à craindre. Mais il faut être de force, c Quand j'aurai eu raison de la tourbière, se disait Stephenson, U faudra bien qu'on ait confiance en moi pour le reste.
Son procédé fut simple d'ailleurs ; si simple qu'on