‹ Le petit poucet du XIXe siècle: Georges Stephenson et la naissance desChapitre 46 sur 69 · LA TOURBIÈRE DE CHATHOSS · texte numérisé non relu

LA TOURBIÈRE DE CHATHOSS

ûe manqua pas de le trouver naïf. Il consista à établir, pour ainsi parler, une digue flottante à travers la tourbière, en faisant jeter sur la ligne que devait parcourir la voie de fer des débris de toute sorte : fagots, fascines, brindilles, destinés à se prendre peu à peu dans le sol et à former, en se liant, une masse à la fois souple et résistante. On ne s'y épargna pas ; mais plus on en mettait, et plus il en fallait mettre. Au premier moment cela avait Tair de tenir, mais le lendemain il n'y avait plus rien, et c'était toujours à recommencer.

Et les uns naturellement de rire, les autres de se décourager ; tous de se demander jusqu'à quand cet entêté de Stephenson s'obstinerait à remplir ce tonneau sans fond.

Stephenson, lui , demeurait impassible, répétant tranquillement sa devise : Persévérance. Il la répéta si bien qu'un beau matin, à force de persévérer, on vit un petit espace, quelques mètres peut-être, commencer à tenir réellement sous la chaîne. Et ce petit es pace s*étendit en continuant de s'affermir. Et la con fiance reprit; et, le travail s'activant avec la confiance, en quelques jours on vit un long ruban s'allonger, prêt à recevoir les rails, à travers la tourbière. Et qu'arriva-t-il? C'est que ce sol factice fut la meilleure partie de la voie, la plus solide et la plus sûre.

Page 1