‹ Le petit poucet du XIXe siècle: Georges Stephenson et la naissance desChapitre 51 sur 69 · CHAPITRE XVn · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVn

I. — La part de la France. — Marc Séguin et la chaudière tubolaire.

c La Fusée des Stephenson, » disait-on en 1829. On le dit encore, on le dira toujours probablement, et Ton n'a pas tort; car cette belle machine était bien leur œuvre.

Ce n'était pas leur œuvre à eux seuls cependant, et il y a un troisième nom (qui ne fut pas prononcé alors, et qui peut-être n'était pas connu des juges), dont elle doit en bonne justice être signée pour nous et pour la postérité.

Ce nom, c'est celui qui a été rappelé plus haut, le nom de Marc Séguin.

Séguin certes n'a pas fait la locomotive des Stephenson; il ne la connaissait même pas : mais sans Séguin les Stephenson auraient été bien embarrassés pour la faire. Et c'est ainsi, constatons-le une fois de plus, que le génie n'a pas de patrie. C'est ainsi, pour mieux dire, que les facultés créatrices des hommes et des peuples, en se mêlant, se complètent, se perfectionnent, se fécondent les unes par les autres; et que ce qui aurait été impossible à un seul, fût-il le plus admirablement doué, devient possible et quelquefois facile à plusieurs par la réunion des aptitudes et des forces.

Marc Séguin, qui le premier, on l'a vu plus naut, a construit dans notre pays une voie ferrée pour l'ex-

^IsiSs^i^t

OUPHES.

ïlativement bien

ptte eau se trou-

lerdre patience.

lent, et il se

le tube qui tra-

Igûfler, je mettais

.jjr .j^; .JlJ. .JJ. .^. .-»- -

mètre, qui pré- !^e de points de BCqu'on appelle la

„ Jniflement. » Etïl

^^Ij^ttgV^cSbt^^i dans une seule

chaudière jusqu'à 200 mètres de surface de chaufTe. Il avait, d'un coup, décuplé et au delà TeiTet utile du foyer et réalisé un progrès analogue, supérieur même, à celui qu'avait obtenu Slephenson par son tuyau soufflant >.

Oui, mais... il y avau un mais, un gros mais. Pour obtenir en fait de la chaudière tubulaire ce qu'en principe elle devait donner, il fallait qu'elle tirât bien; et elle tirait fort mal. La flamme esi subtile sans doute : elle n'est pas sans volume cependant, la fumée encore moins; et elles éprouvaient de la difficulté à s'engager dans ces tuyaux étroits. Il leur semblait plus facile de refluer en arrière; les foyers tiraient la langue^ comme disent les boulangers quand leurs fours repoussent, et la plus grande partie du bénéfice rêvé restait perdue '.

L'invention cependant avait été appréciée, et l'on avait placé des chaudières de Séguin sur quelques bateaux du Rhône ou de la Saône.

II se trouva qu'un Anglais, qui voyageait dans le midi de la France et qui avait apporté de son pays la détestable habitude (que je vous recommande, mes chers lecteurs) de se servir de ses yeux pour regarder autour de lui et de son intelligence pour essayer de comprendre ce qu'il voyait, prit passage sur un de ces bateaux. Il remarqua cette chaudière, si difi*érente de celles qu'il avait vues ailleurs, et se la fit expliquer. Revenu dans son pays il en parla, et Stephenson fut de ceux à qui il en parla. Ce n'était pas crier dans l'oreille d'un sourd, c Fameuse idée tout de même, se dit celui-ci, et à laquelle il ne manque qu'une chose :

f . Voir, à Tappendice, la note M.

t. Voir, i rappendice, la note N.

Page 1