GRANDEUR ET SIMPLICITÉ
un industriel de premier ordre, et ne faire qu'un très mauvais politique ou un très pauvre orateur.
Robert Peel, qui était un grand ministre, mais qui était en même temps un vrai bourgeois et qui n'oubliait pas que son père avait, lui aussi, fait sa fortune par son travail, réussit une fois ou deux à l'attirer à son manoir de Drayton-House ; mais en général il se tint sur la réserve et, se garda bien non seulement de courir après les hauts personnages de Taristooratie anglaise, mais même de leur ouvrir trop facilement sa porte et ses oreilles.
Les choses étaient bien changées, en effet ; et c'était à lui maintenant qu'on faisait des avances. Les mêmes grands seigneurs qui naguère l'avaient abreuvé de dégoûts et fait ignominieusement chasser de leurs terres comme un malfaiteur, venaient, rentrant leur morgue et montrant patte blanche, rendre hommage à € l'illustre constructeur dont la Grande-Bretagne était flère >, et solliciter humblement de lui quelque bout de chemin de fer ou quelque gare à leur convenance, qui leur permit de se rendre plus commodément à leurs châteaux ou de mieux exploiter leurs bois, leurs carrières ou leurs mines. Il aurait eu beau jeu, s'il avait été homme de rancune, à se moquer à son tour de ceux qui s'étaient moqués de lui et à leur rendre à loisir la monnaie de leurs dédains et de leurs avanies. Mais c'était une âme sans fiel, et il se bornait à dire parfois à son fils, avec son honnête sourire, quand l'obséquiosité d'aujourd'hui avait par trop contrasté avec l'impertinence d'hier :
c Âs-tu remarqué, Robert, comme la figure des gens change suivant le temps quMl fait. Ce monsieurrlâ n'avait pas du tout si bonne mine la première fois que nous l'avons vu. >