‹ Le petit poucet du XIXe siècle: Georges Stephenson et la naissance desChapitre 57 sur 69 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Une belle vieillesse.

Ils étaient donc devenus riches, très riches. Il n'est personne qui ne dise que c'était tant mieux, et que cette fortune-là était bien acquise. Il est bon que, de temps en temps, les hommes qui se sont donné du mal pour enrichir les autres, pour leur fournir du travail, pour leur ouvrir des sources nouvelles de bien-être et d'activité, aient, eux aussi, leur part et leur récompense, même en ce monde. Georges Stephenson eut la sienne, un peu tard; mais il Teut,

Il fit d'ailleurs de cette fortune noblement acquise le plus noble emploi, et sa vieillesse fut digne et simple comme toutejsa vie.

Fatigué par l'excès du travail, il se retira dans une belle demeure, au milieu d'un grand parc, où il se plaisait à satisfaire son vieux goût pour les oiseaux et les bêtes, mettant son orgueil à avoir les plus beaux fruits, les fleurs les plus belles et les plus beaux animaux. Il veillait même en personne sur les nids dont ses arbres étaient garnis, et enseignait aux petits enfants à ne pas faire la guerre à ces compagnons aimables et utiles dont le chant nous égayé et dont le bec nous préserve de tant d'ennemis insaisissables. Pour s'entretenir la main et ne pas perdre le goût du charbon, il administrait, pour son compte maintenant, la houillère

de Clay-Cross, où il aimait à se retrouver au milieu de ses anciens compagnons. Ou bim, de temps en temps, lorsqu'une difficulté trop {;rave embarrassait son fils et les savants ingénieurs avec lesquels celui-ci était en relations, on l'appelait, comme on appelle un vieux médecin, en consultation dans le cabinet de Robert, à Londres ; et il était rare que son bon sens et son coup d'oeil ne missent pas fin aux débats. Lès autres avaient beau avoir eu à leur disposition toutes les ressources qui avaient manqué à sa jeunesse, il était encore le plus grand de tous ; et quand il s'était prononcé, chacun reconnaissait son maitre.

Maître des savants, et maitre aussi des ignorants. Maitre et ami des petits surtout, et des jeunes, et des humbles; et, comme tous les hommes vraiment grands, ne se servant de son élévation que pour élever les autres, et de ses succès que pour leur aplanir la voie.

Il y avait à Leeds une école d'apprentis, à laquelle il s'intéressait tout particulièrement, et dont il surveillait la marche. C'était là le but préféré de ses courses. Connaissant le prix de l'étude, de l'économie et de la sobriété, il fondait des bibliothèques, des sociétés de secours, des caisses de retraite. Il était ainsi, sous ce rapport encore, parmi les vrais pionniers de la civilisation ; et ce ne sont pas seulement les mécaniciens et les industriels, ce sont les ouvriers du progrès intellectuel et moral, les propagateurs de l'instruction populaire, les créateurs de cours d'adultes et de sociétés d'enseignement, qui sont en droit de revendiquer le grand Stephenson pour un de leurs ancêtres.

Son principal plaisir était de se trouver au milieu des jeunes gens, et de les encourager. Et quand il était ainsi parmi eux (parmi vous, suis-je tenté de dire aux jeunes gens qui me lisent, car j'ose espérer qu'à travers

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