‹ Le petit poucet du XIXe siècle: Georges Stephenson et la naissance desChapitre 65 sur 69 · LÀ LUMIÈRE QUI FAIT SON OEUVRE · texte numérisé non relu

LÀ LUMIÈRE QUI FAIT SON OEUVRE

nécessaire pour condenser le carbone qui entre dans leur tissu. Maintenant, après avoir été ensevelie du^ rant de longs siècles, cette lumière latente nous est rendue. Elle se délivre; elle travaille dans cette locomotive, pour accomplir les vastes desseins de V homme. >

Quel langage I Et comme il prouve bien, une fois de plus, que le style le plus beau, le plus poétique, c'est encore celui qui n'est que le vêtement naturel d'une belle et poétique pensée !

Quel langage, mais quelle idée?

Idée aussi juste que grande, d'ailleurs, et que de nos jours la géologie a faite sienne et définitivement adoptées

Oui, c'est le rayonnement de l'astre central emmagasiné en grand, grâce aux plantes, dans les entrailles de la terre, — de même que sous nos yeux un savant, M. Mouchot, l'emmagasine en petit dans des appareils de sa façon et met, comme on l'a dit plaisamment, le soleil en bouteille; — c'est la chaleur solaire, accumulée à l'état latent dans les profondeurs du sol, qui reparaît au jour et s'y développe à l'appel de l'homme, qui se délivre, suivant l'admirable expression de Stephenson, de cette prison de V oisiveté où elle était retenue, et s'affirme en redevenant utile et en travaillant pour le bien de l'humanité.

Mais il y a une autre lumière et une autre chaleur que celle-là.

Il y a une lumière et une chaleur dont ne parlait pas ce jour-là Stephenson, mais dont nous devons

1 . Le Dante, par cette sorte de prescience que les anciens accordaient aux poètes (vates, voyant), semble avoir entrevu cette idée dès le XIV* siècle. ■ Regarde, fait-il dire à un de ses personnages, le soleil cLui se change en vin : Guarda il sole che si fa vtno.

LE PETIT POUCET. il

parler, nous, en lui rendant l'honneur qui lut est dû| car il a été Tua de leurs plus brillants foyers.

C'est la lumière intellectuelle, c'est la chaleur morale.

Nous voyons fonctionner les grands mécanismes; nous voyons les puissants engins, grflce auxquels rhomme a cessé d'être l'esclave de la matière pour en devenir le contremaître, prendre à leur charge le plus dur et le plus écrasant jadis du labeur humain, pousser les métiers, percer le roc, transporter les fardeaux, élever Teau, suppléer tantôt à la force et tantôt à la délicatesse qui manquent à nos organes, et, tout en accomplissant des tâches que nous ne saurions même rêver sans eux, mettre à chaque heure en disponibilité notre temps et nos facultés pour d'autres œuvres et d'autres recherches; nous voyons cela et nous ne songeons pas à nous demander où est le premier moteur de tout ce mouvement.

Le moteur? Mais c'est l'intelligence humaine ellemême , car tout est idée (idée conçue d'abord et réa« Usée ensuite), qui s'est transformée, qui s'est emmagasinée, qui s'est incarnée, pour ainsi dire, et enfermée dans ces mécanismes et ces inventions pour s'y tenir à notre disposition.

C'est la lumière de l'esprit et la chaleur de la volonté qui se sont condensées, grâce au travail, dans les choses et qui, le jmoment venu, « nous sont rendues et se délivrent pour accomplir les vastes desseins de l^ homme ».

Lors donc que nous voyons passer les locomotives, lorsque nous voyons travailler les métiers et les machines, nous pouvons penser, sans doute, au mécanicien qui les conduit, à l'ouvrier qui les a construits, et aux mineurs qui ont extrait la houille qui les al"-*

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