‹ Le petit Robison de Paris: ou le triomphe de li̕ndustrieChapitre 11 sur 49 · LE SERGENT DE VILLE ET LE PETIT VAGABOND · texte numérisé non relu

LE SERGENT DE VILLE ET LE PETIT VAGABOND

— Que faites-vous donc là, à cette heure, mon petit ami? Savez-vous qu'il est tard?

— Vous le voyez, monsieur, je cause avec mon chien, — répondit Camille.

10 — J'ai cru que vous étiez un enfant perdu; mais je vois, à la propreté de vos vêtements, que je me suis trompé. |

— Eh bien, si j'avais été un enfant perdu, qu'auriezvous fait, monsieur?

15 — J'aurais cherché à savoir où demeurent vos parents, et je vous aurais reconduit chez eux.

— Vous êtes bien bon! — dit Camille en se levant. Votre état est donc de ramener les enfants qui s'égarent?... Comment se nomme-t-il votre état?

20 — Sergent de ville.

— Sergent de ville! et vous reconduisez les enfants égarés! Mais j'y pense, monsieur, quand ils n'ont pas de domicile, ces pauvres enfants égarés ? . . .

— Alors, comme les enfants sans domicile sont pour 25 la plupart des vagabonds, .de mauvais sujets, je les mène

en prison.

1 de notre mieux ■ = aussi bien que nous pouvons. — à la belle étoile = en plein air. — 20 Le sergent de ville =z L'agent de police.

— Mais ils pourraient bien ne pas être toujours des vagabonds ou des mauvais sujets; si, par exemple, c'était un petit cousin qu'un grand cousin aurait perdu pour se débarrasser de lui?

5 Le sergent de ville, que le babil de Camille amusait sans doute, se mit à rire, et dit:

— Le grand cousin serait un bien mauvais cousin!

— Enfin, si cela était?

— Je n'en conduirais pas moins le petit cousin en pri- 10 son, parce qu'il n'est pas permis de coucher dans les

rues; mais la prison n'est ni bien sombre ni bien triste. Une fois là, on interroge le petit cousin, et, s'il n'a pas de parents qui viennent le réclamer, on le place dans une maison où l'on en a bien soin et où on lui apprend un 15 état.

— Il y est donc comme en pension?

— Pas tout à fait; car il ne peut sortir, il n'est pas libre; et puis il ne lui serait pas permis, comme à vous, d'avoir pour compagnon un aussi joli petit chien.

20 Camille resta pensif.

— Il est défendu de coucher dans la rue! — se dit-il, — c'est singulier! mais Robinson, dans son île, n'était pas inquiété de la sorte ... Je vous remercie et vous salue, monsieur, — ajouta Camille.

2$ Et, prenant son chien sous son bras, il s'éloigna.

— Enfin, — reprit-il tout en marchant, — me voilà au moins mille fois plus embarrassé que Robinson Crusoé. Où donc aller coucher, mon Dieu?... Si je trouvais une maison abandonnée, comme moi ! ... ça me convien-

30 drait, et à Fox aussi; n'est-il pas vrai, mon chien?

Camille en était là de ses réflexions, lorsqu'un lampion qui brûlait au milieu de la rue attira ses regards.

g Je n'en conduirais pas moins = Je conduirais tout de même. — 17 tout à fait =. entièrement. — 23 de la sorte = de cette manière.

Il aperçut à sa droite deux maisons en construction, et un échafaudage devant lequel un autre lampion répandait une fumée noire et nauséabonde.

— Juste! — se dit-il avec joie — voici deux maisons s sans portes ni fenêtres, et probablement sans locataires.

Personne à qui parler . . . Alors on ne me refusera pas . . . Entrons . . .

Mais il se trompait, le pauvre enfant ; car à peine eutil fait deux pas sous l'échafaudage, qu'une voix enrouée io cria:

— Qui va là?. . .

Les forces manquèrent à Camille.

— Encore quelqu'un pour me chasser! — se dit-il en retenant son chien.

is Fox répondit par un grognement prolongé.

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