‹ Le petit Robison de Paris: ou le triomphe de li̕ndustrieChapitre 6 sur 49 · RÉVEIL DE CAMILLE · texte numérisé non relu

RÉVEIL DE CAMILLE

Le soleil commençait à baisser lorsque le petit Camille se réveilla : la première chose qu'il entendit, ce fut l'horloge du château.

— Sept heures! — s'écria-t-il en étendant ses bras, — 5 j'ai bien dormi.

Il ouvrit lentement les yeux, et les promena avec surprise autour de lui.

— Où suis-je?

Et, se rappelant son voyage, son arrivée à Paris, il io ajouta :

— Ah! je suis à Paris.

Puis il appela Gustave. Ne l'apercevant pas à la place où il l'avait laissé, il se leva sur son séant pour le découvrir.

15 — Eh bien, où est-il donc?... la bonne farce! il se sera caché pour m'ef frayer!

Camille attendit encore un moment avec assez de patience; cependant sept heures et demie venaient de sonner, et Gustave ne paraissait pas. La petite tête de Ca-

20 mille commençait à trotter, sans pour cela concevoir le moindre soupçon.

— J'ai dormi douze heures, — pensa-t-il en comptant sur ses doigts, — Gustave s'est ennuyé, et il m'a laissé là ... L'égoïste qu'il est! Qui sait? il aura peut-être

2 S dîner sans moi . . . C'est que j'ai faim, tout de même! — ajouta-t-il en parlant presque haut.

13 il se leva sur son séant — il se souleva à moitié et s'assit ou il avait été couché. — 24 il aura peut-être dîner = peut-être il aura eu son dîner. — 25 C y est que = La vérité est que (emphatic).

— Dans le fait, mon petit, il y a longtemps que je vous regarde dormir, — lui dit un gros monsieur vêtu d'une redingote bleue boutonnée, avec une épée au côté et un chapeau à trois cornes sur la tête. — Que faites-

5 vous donc ici tout seul?

— J'attends mon cousin, — lui répondit Camille avec bonhomie.

— Et vous êtes sûr qu'il reviendra?

— Dame ! monsieur, il ne peut faire autrement, il sait I0 que je ne connais pas Paris.

— Et vous êtes disposé à attendre ici jusqu'à ce que votre cousin revienne? — ajouta l'homme à la redingote bleue.

— Il le faut bien, monsieur; où voulez-vous que j'aille? 15 — Pourtant si votre cousin ne reparaissait pas avant

la fermeture des grilles?... Quoiqu'il soit resté trois mois à Paris, il peut s'égarer.

— Alors, monsieur, je coucherai ici, — répondit Camille avec une tristesse pleine de résignation.

20 — C'est que cela ne se peut pas, mon ami ; quand vous entendrez les tambours battre la retraite, il vous faudra sortir du jardin.

— Oh ! monsieur, vous m'y laisserez, n'est-il pas vrai ? si d'ici là mon cousin n'était pas revenu?

35 — Je suis surveillant aux Tuileries, et mon devoir est de faire sortir tout le monde; mais votre cousin doit connaître le règlement, il va sans doute venir vous chercher.

Dès que le surveillant se fut éloigné, Camille ne put

30 se défendre d'une certaine inquiétude.

— Mon Dieu! — se disait -il, si mon cousin n'allait pas revenir! . . . que deviendrais - je tout seul?. . . Où

x Dans le fait = En effet. — 20 C'est que cela ne se peut pas = Cela est défendu.— 21 battre la retraite = battre le signal pour rentrer.

l6 LE PETIT ROBINSON DE PARIS

aller?. . . Et puis, j'ai faim ... je meurs de faim . . .

Bast ! — reprit-il un moment après, — Gustave reviendra ;

s'il s'égare, il demandera son chemin; il sait que, sans

lui, je serais perdu . . . Lisons, ça me fera paraître le 5 temps moins long . . . Pourvu qu'il n'ait pas emporté

mon livre, encore . . . Non, le voici !

Camille poussa un gros soupir, et ramassa son livre;

à son grand étonnement, il en tomba une lettre qui lui

était adressée.

io II l'ouvrit, et lut ce qui suit.

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