II
spontané, non seulement la livrée, mais les gens des diverses antichambres se levèrent au passage de monsieur l'abbé. »
Deux ans auparavant, Tabbé Soulavie, qui écrivit im compte rendu du salon de 1785, avait critiqué le portrait destiné au roi de Suède (Voy. pL XVII). Il trouvait froide et peu intéressante l'action de la reine se promenant dans le jardin de Trianon, représentée par Wertmuller, et il souhaitait que cette princesse se fît peindrd montrant à la nation tous ses enfants, comme des gages destinés à resserrer l'alliance entre la France et l'Autriche *. Il semble que Marie-Antoinette ait pris à tâche de satisfaire le censeur. Elle commanda à madame Lebrun le grand et beau portrait conservé au musée de Versailles sous le n* i,520, où on la voit entourée du dauphin, de Madame royale et du duc de Normandie, et ayant auprès d'elle le berceau \dde de la princesse Sophie, morte pendant que l'artiste travaillait à cette toile. « La dernière séance que j'eus de Sa Majesté, » dit madame Lebrun*, « me fut donnée à Trianon, où je fis sa tête pour ce grand tableau dans lequel je l'ai peinte avec ses enfants. Je me souviens que le baron de Breteuil, alors ministre, était présent, et tant que dura la séance, il ne cessa de médire de toutes les femmes de la cour. Il fallait qu'il me crût sourde ou bien bonne personne pour ne pas craindre que je pusse rapporter aux intéressés quelqu'un de ces méchants propos. Le fait est que jamais il ne m'est arrivé d'en répandre un seul, quoique je n'en aie oublié aucun. »
L'exposition de cette peinture donna lieu à une plaisanterie qui valut à la reine un de ces noms sinistres que la Révolution a tant répétés. Au moment de l'ouverture du salon' de 1787, madame Lebrun n'avait pas entièrement terminé son œuvre; le cadre demeura quelques jours accroché seul. L'artiste raconte
i. Mémoires secrets, seconde lettre sur le salon de 1785.
2. Souvenirs, l, 49. — Le tableau de madame Lebran fut exposé sous le n« 97.