Hézecques, \S
bâtiments de la reine; Claude et Antoine Richard, de jardiniers de la reine ; et, en 1776, ce personnel se compléta par la nomination d'un concierge garde-meuble de la reine, le sieur Bonnefoy Du Plan.
C'est ce titre*, rival du sien, qmirniaiile directeur eiordonnateur général des bâtiments du roi contre l'intendant et contrôleur général des bâtiments de la reine ^ et d'autant plus que, d'autre part, Mique était dans son entière dépendance en qualité de premier architecte du roi. Il avait été nommé à ce dernier emploi à la demande de la reine", le 21 mars 1775*. La situation, déjà tendue, se compliqua encore par l'insouciance de Marie- Antoinette qui, en créant cette administration spéciale, négligea de lui assurer un budget. Il fallait demander les fonds àla direction des bâtiments, qui n'était pas consultée pour l'établissement des devis. Afin de rentrer dans la régularité, M. d'Angiviller voulut profiter de cette circonstance
1. W paraîtrait, d*après des indications fournies par les héritiei-s de Blique à M. Morey, que cel architecte avait reçu un titre semblable, du temps de Marie Leczinska, pour les bâtiments de la reine, en Lorraine. G*est probablement sous cette forme qu'on satisfit au désir exprimé par le roi Stanislas. Voy. plus haut, p. 69.
2. Oi4126. Lettre du directeur général des bâtiments, du 48 mars 1775.
3. Voici le texte de la commission délivrée à Mique, comme premier architecle. « Nous, Charles-Claude de Flahault de La Billarderie d'Angiviller, conseiller du Roi en ses conseils, mestre de camp de cavalerie, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, commandeur de Tordre de Saint- Lazare, intendant du Jardin du Roi, directeur et ordonnateur général des bâtiments de Sa Majesté, jardins, arts, académies et manufactures royales, certifions que le Roi, voulant traiter favorablement le sieur Mique, chevalier de son ordre de Saint-Michel, intendant et contrôleur général des bâtiments de la Reine, et lui donner une marque de sa satisfaction tant de ses talens que des travaux nombreux qu'il a exécutés, soit pour le feu roi de Pologne, duc de Lorraine et de Bar, que pour la feue Reine, Sa Majesté Ta nommé et retenu pour remplir et exercer la place de premier architecte de ses bâtiments, vacante par la démission du sieur Gabriel père, dernier titulaire d*icelle, pour, par ledit sieur Mique, jouir en ladite qualité des honneurs, prérogatives, prééminences, privilèges et autres avantages attachés à ladite charge et des gages et appointements y attribués, tels et semblables à ceux dont ont joui ou dû jouir ses prédécesseurs en ladite place, â l'exception néanmoins du directorat de l'académie royale d'architecture que Sa Majesté, par une disposition spéciale, a jugé à propos de conserver au sieur Gabriel, son premier
pour replacer totalement le service dans sa dépendance, et Mique paraît s'y être prêté. « J'ai tout lieu de croire, » écrit-il au directeur des bâtiments, le 22 janvier 1777, « que S. M. compte avoir remis Trianon dans votre département et n'être pas plus dans le cas de demander des fonds particuliers pour cet objet que pour ses appartements de Versailles, Compiègne et Fontainebleau. Aussitôt que la Reine a eu Trianon, j'en ai été chargé comme intendant de ses bâtiments. Trianon, à cette époque, n'avait aucun rapport avec les bâtiments du Roi, et M. l'abbé Terray avait donné parole à la Reine de fournir les fonds qui seraient nécessaires. » On a vu plus haut que Turgot ne s'était pas prêté à la combinaison acceptée par son prédécesseur. « La Reine » continue Mique, « a agréé le plan de M. de Caraman; j'ai commencé à travailler sur ce plan et sous sa direction. Vous m'avez fait premier architecte ; vous avez paru désirer que Trianon rentrât dans les bâtiments. Je le désirais fort de mon côté : je voyais avec plaisir que tous mes travaux seraient sous vos yeux. M. l'abbé de Vermond, en m'apprenant que la Reine s'était décidée à remettre Trianon aux bâtiments, m'ajouta que S. M. s'y était principalement décidée pour s'épargner la peine de demander des fonds. Eu mon particulier, je me suis jusqu'ici conduit en conséquence du principe que Trianon faisait partie des bâtiments du Roi comme toutes les maisons royales, etc.. ».
Mais le directeur trouvait que cette soumission n'était pas assez complète, car le surlendemain il répondit à l'architecte de la reine par une longue lettre où il lui reproche, sur un ton assez vif.
architecte honoraire, laquelle direction le sieur Mique n'exercera qu'en Tabsence dudit sieur Gabriel, pourvu de ladite place ; et advenant le décès du premier architecte honoraire, le sieur Mique rentrera à cet égard dans tous ses droits. En foi nie quoi nous lui avons déli\Té le présent certificat. » OH 08^7. — Gabriel conserva en outre la maison du premier architecte, située rue des Orties, 10, dans la cour des Tuileries, qui passa, en juin 1777, à la comtesse de Tavannes, dame du palais (OM085.) Le lîis de Gabriel était architecte de 2* classe (0* 1084) et contrôleur de Marly. — Gabriel avait désiré avoir pour successeur Hazon, qui reçut en compensation le titre de contrôleur général ambulant des bâtiments du roi, le 15 mars 1775. 0 ^ 1 126.
8'i LB JARDIN ANGLAIS.
d'avoir agi fréquemment en dehors de lui. Mique a fait des projets de cofistruction sans lui en donner connaissance, il a nommé des agents sans le consulter; quant à lui, d'Angiviller, il a dû s'abstenir par respect d aller à Trianon, et il n'a examiné ni fait aucun marché. « Vous avez désiré, » ajoute-t-il, « n'être plus sous les ordres de M. de Caraman ; vous m'avez fait part de ce désir qui m'a paru infiniment simple; je vous ai dit que je le désirais aussi, parce que les choses en iraient mieux, qu'on pourrait les combiner avec les autres dépenses des bâtiments, et que cela serait moins coûteux, puisque c'était toujours l'argent du Roi... Au reste, monsieur, il faut que la Reine soit servie; mais, comme avant tout il faut de l'ordre, s'il est besoin de fonds extraordinaires, je les solliciterai, et la Reine n'en aura pas l'ennui. Mais il faut avant tout connaître les dépenses. Ayez donc la bonté de dresser un tableau exact de tout ce qui a été fait depuis que les fonds ont été accordés, un projet pour l'exécution du plan total, et un état de propositions avec un devis signé de vous pour la campagne. On ne peut faire de spéculations que de cette manière. Alors, ou vous en resterez chargé comme intendant des bâtiments de la Reine, en ordonnant sur une somme fixe, ou, en rentrant dans les autres travaux des bâtiments, ils seront subordonnés à toutes les formalités de règle que je me propose de fixer dans l'ordre le plus exact et le plus connu. Cet esprit d'ordre, vous me l'avez montré, monsieur, et vous m'avez fort exhorté vous-même à le rétablir en vous plaignant de ne pas le trouver. J'ai donc le droit de l'espérer de vous plus que de personne, et je compte bien que je ne serai pas trompé dans mon attente. »
Cependant Mique supportait difficilement l'idée de se voir brouillé avec un homme qui avait été son protecteur. Il pensa le calmer, en faisant appel à sa bienveillance en faveur de son fils*. « Monsieur le comte, je désirerais fort que vous ^voulussiez bien m'accorder quelques minutes d'audience particulière. Je ne vous parlerai d'aucune affaire concernant les bâtiments, si ce n'est que
i. LeUre du 25 février 1777.
VOUS ayez des ordres à me donner. Mais je dois rendre compte à mon supérieur de mes projets et tentatives auprès de M. le garde des sceaux pour l'établissement de mon fils en Lorraine. Je me trouverais fort heureux si, après avoir rempli mes devoirs à cet égard, je pouvais obtenir vos bontés et votre protection pour Tainé de mes cinq enfants. » Mais Tirritation du directeur des bâtiments était trop profonde pour s'apaiser si vite. Au moment même où on lui remettait le billet de Mique, il était occupé à lui rappeler la demande qu'il lui avait adressée, le 24 janvier, d'un état des travaux et des dépenses du Petit-Trianon. Ces mots : « Je ne vous parlerai d'aucune affaire concernant les bâtiments » le firent bondir. « Je reçois dans l'instant même' votre lettre, monsieur, et j'interromps celle-ci pour y répondre. Vous me dites que vous ne me parlerez point de bâtiments. Eh ! Monsieur, quand donc ai-je refusé de vous entendre, et que peut vouloir dire cette précaution? Je vous entendrai sur tout et toujours avec grand plaisir. J'aurais désiré bien plutôt que vous me parlassiez beaucoup de bâtiments. Croyez que j'ai envie que le service soit bien fait, que les intérêts du Roi soient suivis avec zèle et scrupule; croyez que je n'ai pas d'autre envie; croyez que, en faisant ce qui est et qui va prendre sa marche, j'ai prévu des contrariétés; mais mon intention est assez pure pour en espérer le succès. Au reste, monsieur, ce que je pourrai faire pour concourir à vos vues pour M. votre fils, je le ferai avec un très grand empressement, et, si je puis contribuer au succès, j'en serai d'autant plus aise que je n'ai jamais eu à votre égard d'autres dispositions'. »
Le nouveau règlement que M. d'Angiviller défend avec tant de chaleur supprimait le premier architecte, dont l'action prépondérante ne laissait guère au directeur que les honneurs de sa charge, et répartissait ses attributions entre plusieurs fonctionnaires ayant le titre d'intendants généraux. Les premiers fu-
i. 26 février 1777.
rcnl: Mique, qui, nommé premier architecte le 21 mars 1773, n'eut plus, à partir de 1777, que Thonorariat de la fonction, Soufflot et Hazon. En maintenant un contrôleur général à la tête de ses bâtiments, la reine annihilait l'effet de la réforme tout au moins dans une partie du service. Le directeur espéra un instant qu'elle comprendrait d'elle-même l'anomalie d'une situation qui faisait dépendre de l'administration des bâtiments, pour les finances, un service dont le contrôle lui échappait. Mais il ne tarda pas à reconnaître l'inanité de son espoir. « Sa Majesté », écrit-il à Mique, le 4 avril, « m'a fait l'honneur de me dire qu'il est dans ses intentions que tout ce qui concerne l'établissement de son jardin soit traité et suivi par vous. » Et, se résignant à faire la part du feu, il décida que les travaux de Trianon seraient divisés en deux parties : l'une comprenant le jardin anglais pour lequel il se réduisait au rôle de bailleur de fonds; l'autre, le château, les potagers et le jardin français qui rentreraient dans le département des bâtiments du roi, tout en étant dirigés, comme le jardin anglais, par Mique.
L'exemple de Turgot était trop récent pour qu'il ne comprît pas le danger d'une résistance que la faiblesse du roi rendait d'ailleurs inutile. La tiédeur des premiers jours fera bientôt place au zèle le plus empressé. Je vous recommande « encore plus particulièrement aujourd'hui », écrira-t-il à l'architecte, le 27 avril, « do pousser les travaux en question avec la plus grande diligence et de satisfaire à ce que les ordres ultérieurs de S. M. pourraient prescrire au-delà des plans et devis que vous m'avez fait passer et que je n'ai désirés que pour ordre d'affaires. Dans tous les cas de ce genre, vous devez être d'autant moins arrêté sur l'expédition la plus prompte que le règlement arrêté par le Roi, le 26 décembre 1776,et dont je vous ai remis une expédition, y a pourvu par une disposition expresse. »
Il était heureux que le fameux règlement prévît les exceptions, car, à Trianon, à peine un devis sera-t-il approuvé qu'un projet nouveau viendra déranger toutes les combinaisons arrêtées. Le directeur aura beau faire remarquer que ces dépenses supplé-