‹ Le Petit-Trianon (volume 3)Chapitre 141 sur 355 · Lescure. Les Palais de Trianon; Paris, in · texte numérisé non relu

Lescure. Les Palais de Trianon; Paris, in

5. Non plus sans doute que les tètes de cerfs placées aux deux côtés de la glace du boudoir (pi. XXI). Il fut vendu sous la Révolution, sous le n<» 15753, une paire de bras de cheminée en forme de carquois, dorés d'or moulu.

6. Nous les a.vons fait metlre sur la cheminée du boudoir pour les reproduire avec celle-ci (pi. XXI).

naicnt à une pièce où Marie-Antoinette avait rassemblé des souvenirs de sa famille et de son pays*. On le savait, et les auteurs et inventeurs tenaient à lui présenter pour ce palais ce qui pouvait lui rappeler T Allemagne. 11 s'en trouve une preuve curieuse et inattendue dans une note laissée parmi les feuillets d'un livre de Tabbé Courtalon, « précepteur des pages de Madame et cidevant de ceux de madame la Dauphine, mère du Roi. » L'ouvrage en question est un Atlas élémentaire de V empire cVA llemayn^. M L'abbé Courlalon, » dit la note, « a renfermé les trois parties de son ouvrage, collées sur toile, dans un cadre doré de trentequatre pouces de longueur sur vingt-six de hauteur, de manière que ce cadre, appuyé de ses chevalets, peut -rester sur une table à portée d'un examen aisé, tout l'ouvrage passant comme en revue sous un verre, au moven d'un mécanisme intérieur et d'une petite manivelle. L'auteur désirerait que ce tableau fut placé au Petit-Trianon et que S. M. daignât lui faire parvenir ses ordres, pour qu'il eût l'honneur de le présenter à la Reine, soit ici, soit au Petit-Trianon, au premier voyage qu'y ferait S. M. ». Je ne sais si la reine accepta la machine géographique de l'abbé Courtalon. Madame (Sampan, qui s'est pn)posé d'établir que, loin d'avoir jamais mérité le reproche de prodigalité, la reine était, au contraire, une personne fort économe', voudrait nous faire accroire qu'elle ne permit « aucun changement dans le mobilier devenu très mesquin, et qui existait encore, en 1789, tel qu'il était sous Louis XV. Tout fut conservé, » dit-elle, « sans exception, et la reine y couchait dans un lit très fané et qui avait même servi à la comtesse Du Barry. » D'abord, Louis XV n'avait rien laissé de mesquin au Petit-Trianon; tout y était magnifique, entièrement

\, M"' Jubinal possède une petite vue de Vienne el une carie d'Autriche en miniature qui passent pour provenir de la chambre de Marie-.Xntoinelle au Petit-Trianon.

2. Paris, 1774, 1 vol. in-f*. Le volume est à la réserve de la bibliothèque nationale. Voy. Quentin-Baucharl, Bibliothèque de Marie- Antoinette aux Tuileries,

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neuf et du meilleur goût. Le lit dont parle madame Campan était sans doute le lit du roi, et s'il paraissait fané, c'est que peulêlre Marie-Antoinette se servait de quelque courte-pointe envoyée d'Aulriche en souvenir de sa mère. On admettra difficilement qu'ayant installé, à Trianon même, des ateliers pour la confection et la réparation de son ameublement, elle s'y soit laissée manquer de quelque chose à cet égard. Ce n'était pas d'ailleurs le mobilier qui faisait défaut. Dans les dernières années du règne de Louis XV et au commencement de celui de Louis XVI', les dépenses du garde-meuble s'élèvent à des sommes considérables : 2,433,226 livres, 2 sous, 2 deniers, en 1775,— 2, 171 ,320 livres, en 1776, — 1,876,377 livres, en 1777, — 2,011,270 livres, en 1778, etc. On y trouve, en une fois, pour 279,430 livres d'ouvrages de broderie payés à Trémeau ; en deux fois, 163,417 livres à Riesener, « ébéniste, pour ouvrages de sa profession, etc. » Que de tout cela il ne fût absolument rien venu à Trianon, voilà qui serait bien invraisemblable. Il est certain du moins que la reine n'a pas fait, comme Louis XV, des commandes à des artistes pour décorer sa résidence favorite. Nous savons par madame Campan qu'elle n'avait aucun goût pour la peinture. Elle possédait une petite collection de bibelots chinois et japonais, avec quelques objets en cristal de roche et en pierres dures, dont on peut voir une partie dans la galerie d'Apollon et dans les anciennes vitrines du musée des souverains*; mais on ne saurait dire si ces objets étaient conservés à Trianon plutôt qu'à Versailles.

Dans les combles des communs du château, on disposa des chambres à coucher pour les femmes de la reine, ses coiffeurs.

i. Dépenses du garde-meuble de la couronney etc., rapport au roi, par Thierry, en décembre 1788; Paris. 1789, in-4°.

2. Notamment un bassin généalogique de la maison d'Autriche, en argent émaillé, orné de l4o camées (n** ;i3 de ]ai Notice de gemmes et joyaux, par Barbet de Jouy), et un charmant tombeau de jaspe vert sur une monture de bronze doré, représentant des amoui's posés sur des coqs, avec accompagnement de feuilles de myrte, dentelles, Ihyrses, chaînettes, qui n'est pas porté au catalogue. Voyez aussi les n^» 102 et 134, 117 et 118; el à Fontainebleau, deux

cochers, postillons, pîqueurs et officiers divers, une lingerie près de rappartemont du concierge, et, à proximité du palais, une grande salle d'attente à l'usage des seigneurs et dames admis aux fêtes sans être invités aux repas.

Malgré ces agrandissements, les dépendances du Petit-Trianon étaient encore insuffisantes pour le service de la reine. Un détail de ménage donnera une idée de la quantité des personnes présentes pendant les voyages : d'après une note de Bonnefoy, le nombre des pièces de linge sale s'élevait à 1,100 par jour, et, quand il y avait spectacle, à plus de 2,200*. Pour arriver à loger tout le monde sans élever de nouvelles constructions, on imagina d'établir un certain nombre de maisons en bois qu'on dressait entre les glacières et Trianon-sous-Bois, et qui se démolissaient après le départ de la reine. Elles apparaissent pour la première fois dans les comptes en 1781. Cette innovation parut si commode qu'on en généralisa l'emploi". Désormais, partout où la cour se transporta, elle fut suivie dans ses pérégrinations par un équipage de chariots portant la charpente de ces maisons mobiles, avec les glaces, les tentures, les tapis et tout le mobilier nécessaire. Il s'élevait ainsi comme par enchantement, autour des palais, de véritables villages qui s'évanouissaient à un coup de baguette. Dans les dernières années, nous verrons, à Versailles même, d'immenses baraquements entourer la demeure de Louis XIV, pour une saison, et disparaître sans laisser d'autre souvenir que la trace de la saignée faite au trésor royal.

vases de bois pétrifié en forme d'œufs {Inventaire de la collection de la reine Marie- Antoinette y par Ch. Fplirussi, dans la Gazette des Beaux- Arts, t. XX, 2* pér., n*» du \" nov. 187λ, p. 389). Le goùl du bibelot, si répandu aujourd'hui, commence à cette époque. VAlmanach historique de illl mentionne les cabinets des amateurs les plus importants. Les marchands de curiosités pullulaient à Paris, en 1784, de telle sorte qu'on ne savait d'où ils avaient pu sortir en si peu de temps.

i. OH883.

2. Un chapitre fut ouvert à cet effet dans le budget des Menus, sous la rubrique : Tentes et maisons de bois du Roi. Bibl. nat., ms. f., 6808. — Arch. nat. Qi 3059, 3062, 3063, 3069.

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