‹ Le Petit-Trianon (volume 3)Chapitre 154 sur 355 · Marie-Antoinette, Joseph II, etc., Ihr Briefwechsel · texte numérisé non relu

Marie-Antoinette, Joseph II, etc., Ihr Briefwechsel

FÊTES MOCTURNKS. Si 3

mablc et honnête. » Mais Marie-Antoinette était, en 1781, trop engouée de son amie et de sa société pour écouter de si sages conseils ; il semble même que l'opposition qu'elle trouva contre son penchant dans ceux qui lui étaient le plus sincèrement attachés n'ait eu d'autre résultat que de raccroître, comme on va le voir dans les chapitres suivants. Le départ de son frère, qui la quitta le 5 août, ne lui causa pas moins de chagrin que la première fois, oc Madame Elisabeth, » rapporte la marquise de Bombelles, « avait soupe la veille avec lui et toute la famille royale ; la Reine se cachait sous son chapeau pour pleurer*... »

Au moment où l'empereur vint en France, la reine était dans le septième mois d'une seconde grossesse. Elle accoucha, le 22 octobre, d'un fils, cette fois. Cet heureux événement, tant souhaité par l'impératrice sa mère, allait enfin assurer à Marie- Antoinette, pour son malheur, hélas! la situation prépondérante dans l'État que Mercy rêvait pour elle depuis les premiers jours du règne. Quand le dauphin naquit, l'abbé Delille mettait la dernière main au poème des Jardins. Désireux de joindre sa voix aux chants d'allégresse qui s'élevèrent de toutes parts, tandis qu'il décrivait un usage des Lapons qui consiste à attacher le souvenir d'un ami, d'un fils, d'un père, à un arbre planté en son honneur, il s'interrompit pour s'écrier:

Mais tandis que tu chantes.

Muse, quels cris dans l*air s*élancent à la fois? 11 est né, riiéritier du sceptre de nos rois, 11 est né ^

Et s'adressant à l'heureuse mère : enfin, lui dit-il,

Enfin, la destinée

Joint au deuil du trépas les fruits de Thyménée, Et mêlant dans tes yeux les larmes et les ris, Quand tu perds une mère, elle te donne un fils.

\. 6 août 1781. Arch. de Seine-et-Oise, E, 433.

D'au 1res, dans les transpoKs que ce beau jour inspire.

Animeront la toile ou le marbre, ou la lyre ;

Moi, rhumble ami des champs, j'irai dans ce séjour

Où Flore et les Zéphyrs composent seuls ta cour.

J'irai dans Trianon : là, pour unique hommage.

Je consacre à ton fils des arbres de son âge,

Un bosquet de son nom. Ce simple monument.

Ces tiges, de tes bois le plus doux ornement.

Tes yeux les ven'onl croître, et, croissanl avec elles.

Ton fils viendra chercher leurs ombres fraternelles.

Je ne sais s'il fui donné suite au vœu exprimé par le poète. Si on le fît, renfant ne devait pas voir grandir les arbres consacrés à la mémoire de sa naissance.

Son deuil d'abord , sa grossesse ensuite avaient obligé Marie- Antoinette à renoncer à la comédie de société. Délivrée de cette double» entrave, elle revint à son goût favori dès la fin de l'hiver suivant (1782). La troupe de Trianon mit h l'étude, pendant le carême, une comédie de Boissy, le Sage étourdi, et une pièce à ariettes de Piis et Barré, la Matitiée et la Veillée villageoises on le Sabot perdu. Le chevalier de Tlsle, dans une lettre au prince de Ligne, du 13 avril, nous indique la distribution des rôles de cette dernière pièce : « C'est la Reine, » dit-il, « qui joue Babet, » et plus loin, il assure qu'elle fait à ravir ce personnage ; « madame la comtesse Diane : la mère Thomas; mesdames de Guiche, de Polignac, ' de Polastron : les jeunes filles ; le comte d*Esterhazy : le bailli »(il n'y a point de bailli dans la pièce, mais un magister dont le chevalier de risle veut sans doute parler ici), « et puis toutes les vieilles sont : le baron de B(»senval, le comte de (^loigny, etc.. M. le comte *** serait un (lolin aussi parfait qu'il est joli, si la voix était toujours l'organe fidèle de l'àme, car vous savez que l'âme du jeune comte *** n'est pas fausse, et si je prétendais lui faire un crime de ce que sa voix l'est, ce ne serait pas à votre tribunal que je porterais cette accusation. » Il paraît que le prince de Ligne chantait mal, car, dans une lettre antérieure*, le chevalier, lui envoyant un couplet, assez mauvais du reste, à l'éloge de la

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reine, lui écrivait plaisamment : « Je vous en prie, mon prince, mon bon prince, n*allez pas suhrenauder mon couplet en lui faisant riionneur de le chanter par vous-même. » La reine avait eu, pendant qu'on étudiait les rôles, une indisposition qui n'eut pas de suites graves: « Le seul inconvénient, » dit-il, « qui en résultera sera le retard du spectacle de Trianon ». Le correspondant du prince de Ligne se donnait pour beaucoup mieux informé qu'il ne Tétait réellement. Au moment où il écrivait, le 13 avril, la représentation du Sage étourdi et de la Matinée et la Veillée villafjeoisrs on le Sabot perdu avait eu lieu depuis deux jours : le 11 , après deux répétitions*.

La comédie de Boissy, le Sage étourdi, n'est pas mentionnée dans les états de dépenses. On n'en devrait pas cependant conclure absolument qu'elle n'a point été jouée; une comédie qui ne nécessite ni orchestre ni décors exceptionnels peut ne donner lieu à aucun règlement de comptes. Mais la pièce est des plus médiocres : elle manque de gaité, l'intrigue en est nulle, aucune surprise n'est réservée au spectateur qui prévoit tout à l'avance, elle se conclut par un mariage entre un étourdi de vingt ans et une f(»mme qui frise la trentaine; et c'est cette union disproportionnée que l'auteur voudrait nous donner comme une preuve de sagesse. Les deux principaux rôles sont tenus par des hommes, et il n'y a qu'une jolie scène, entre l'ingénue et un homme qui, quoique âgé de quinze ans de plus qu'elle, en est cependant devenu amoureux et hésite à l'avouer. Le chevalier de l'Isle n'indique pas comment cette pièce était distribuée.

On a vu qu'il parle, sans le nommer, d'un comte *** qui jouait, dans la Matinée et la Veillée villageoises, le rôle de (iolin. Il s'agit sans doute du comte d'Artois. La pièce de Piis et de Barré, très amusante d'ailleurs, contient quelques scènes de nature à rendre tout à fait ingrat le rôle du mari de la jeune première, spectateur de ses ébats amoureux. La mère Thomas, paysanne soupçonneuse, pour empêcher sa fille de courir le guilledoux, met,

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tous les soirs, les sabots de la jeune personne en lieu sur. Colin, dès le point du jour, vient rôder autour de la maison de sa maltresse, l'appelle, monte à un arbre qui est près de sa fenêtre, et de là fait des efforts comiques pour embrasser sa belle, qui seconde très complaisamment ce manège. Pour lui parler de plus près, une idée vient à Babel : c'est de mettre les sabots de sa mère afin de pouvoir sortir. Elle ouvre la porte, et les deux amants tombent dans les bras l'un de l'autre.

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