‹ Le Petit-Trianon (volume 3)Chapitre 155 sur 355 · BABET · texte numérisé non relu

BABET

Dans r plaisir ou qu' ton cœur s'épanche, C n'est pas agi' d'eun' niagnière franche;

Comment te pardonnai De m' prendre ainsi c' que j' t'allions donnai?

Un importun, le magister, qui soupire aussi pour Babel, les fait fuir, et celle-ci eii courant laisse échapper sa chaussure trop large pour elle. On est en hiver : la neige blanchit la terre, l'amoureux transi qui vient aussitôt remarque autour de la maison des traces de pas dont il s'inquiète, et il découvre un sabot. La journée se passe; le soir, le village est réuni chez le père Thomas pour la veillée. On joue à la main chaude, à colinmaillard. Soudain apparaît le magister avec le sabot accusateur. Toutes les filles présentes sont invitées à l'essayer; il ne va à aucune. Le père Thomas veut qu'on mette aussi les mères à l'épreuve, et commence par sa femme, qui est couverte de confusion. Sa fille intervient alors, et la disculpe en racontant son équipée du matin; il faut bien marier les deux amoureux, à la barbe du maître d'école :

C'en est fait, Babet au hameau N'a pus sa renommée...

Colin ri a fait pardre ; il est clair Qu' l'i seul peut la Ti rendre.

F^TBS NOCTURNES. 317

La scène du baiser, au commencement de la pièce, jouée par la reine, ne laissait pas que d'être délicate, et c'est tout au plus si la situation du roi se trouvait suffisamment ménagée par le choix de son frère pour le rôle de Colin.

Le mois suivant, la reine s'établit à Trianon pour dix jours, du 9 au 18 mai', mais il ne parait pas que, pendant ce temps, la troupe <r des seigneurs » ait continué ses exercices. On attendait le czarewitcb qui voyageait incognito avec sa femme, sous le nom de comte du Nord*. La reine leur offrit à Trianon, le 6 juin, une fête semblable à celle qu'elle avait donnée, le 1" août de Tannée précédente, au comte de Falkenstein. Il y eut d'abord un spectacle composé de r opéra-comique de Zémireet Azor* et d'un ballet : la Jeune Française au sérail\ Vi\ très beau décor fut peint pour la chambre de Sander : on y voyait des lambris vert-pâle, comme ceux des salons de Trianon, sur lesquels se détachaient des panneaux blancs ornés de fleurs et des pilastres d'ordre composite avec des chapiteaux et des bases en laque'. Marie- Antoinette fit distribuer dans la salle les livrets de l'opéra et du ballet". Douze exemplaires avaient été reliés en maroquin avec grande dentelle en or et aux armes de la reine, du comte et de la comtesse du Nord. L'illumination, après le spectacle, fut plus brillante encore que celle de 1781 : des réverbères, des ifs, soixante-dix éventails chargés de lampions, cent cinquante transparents figurant des buissons factices et des touffes de fleurs étaient disséminés dans les bosquets. D'autres transparents, en forme de pots à bouquets, avaient été ajoutés à la décoration du belvédère'. On brûla der-

1. Du 9 au 18 mai, le temps fut généralement couvert, à Texccption du i3 el du i4 où il fil beau ; le f 7 il tomba un peu de pluie.

2. C'est Paul I«' i\\n devint czar apr^s la mort de Catherine II. Il avait épousé une princesse de Wurtemberg.

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