‹ Le Petit-Trianon (volume 3)Chapitre 202 sur 355 · D'après l'abbé Georgel · texte numérisé non relu

D'après l'abbé Georgel

Trianon pour répéter avec moi le rôle de Rosine, qu'elle devait jouer dans le Barbier de SévUle, je me trouvai seule avec elle, assise sur son canapé; il ne fut question que du rôle. Après une heure employée en répétition. Sa Majesté me demanda pourquoi je lui avais envoyé Boehmer, qu'il était venu pour lui parler de ma part; qu'elle n'avait pas voulu le voir. J'appris de cette manière qu'il n'avait rien fait de ce que je lui avais conseillé. L'impression qui se fit sur mes traits, lorsque j'entendis prononcer le nom de cet homme, fut très vive; la reine s'en aperçut et me fit des questions. Je la suppliai de le voir; je l'assurai que cela était instant pour sa tranquillité, qu'une intrigue se tramait à son insu; qu'elle était grave, puisque l'on montrait aux gens qui prêtaient do l'argent à Boehmer des engagements signés d'elle. Sa surprise, son dépit furent extrêmes. Elle m'ordonna de rester à Trianon, fit partir un courrier pour Paris, le faisant demander sous un prétexte que j'ai oublié. Il vint le lendemain matin, jour même de la représentation de la comédie, et ce fut le dernier des amusements que la reine se permettait dans cette retraite. » Ceci est tout à fait inexact. Le cardinal fut arrêté le 15, et, d'après le journal du roi, le Barbier de Séville ne fut joué que le 19. Si l'on suppute le temps d'après les dates données par madame Campan, elle vit, à Crespy, Boehmer le 3, elle fut mandée à Trianon dix jours après, c'est-à-dire le 13; le joaillier y vint donc le 14.

« La reine le fit entrer dans son cabinet*, lui demanda par quelle fatalité elle avait encore à entendre parler de sa folle prétention de lui vendre un objet qu'elle refusait constamment depuis plusieurs années. Il répondit qu'il y était bien forcé, ne pouvant plus calmer ses créanciers. « Que me font vos créan- « ciers ? » lui dit S. M. Alors Boehmer lui avoua successivement tout ce qui, selon ses illusions, s'était passé entre la reine et lui par l'intervention du cardinal. A chaque chose qu'elle entendait, son étonnement égalait son courroux et sa surprise. Elle

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