‹ Le Petit-Trianon (volume 3)Chapitre 232 sur 355 · Le Mercure de France Ail Bély · texte numérisé non relu

Le Mercure de France Ail Bély

4. Du 28 août au 24 septembre. Il pleuvait le 28. Le temps fut couvert jusqu^au 1" septembre; beau le 2; varùible les 3 et 4; beau jusqu'au 8; forte pluie le 9 au matin; beau du 10 au 16 ; pluie les 17 et 18 ; le temps se remet le 19 et demeure beau jusqu'au 22. Il se couvre le 23 et il pleut le 24.

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était couchée, avait des lettres sur son lit, pleurait abondamment; ses larmes étaient entremêlées de sanglots interrompus par ces mots : « Ah ! je voudrais mourir... Ah! les méchants, les mons- « très!... Que leur ai-je fait? » Je lui offris de Teau de fleur d'orange, de Téther. « Laissez-moi, » me dit-elle, « si vous « m'aimez. Il vaudrait mieux me donner la mort. » Elle jeta en ce moment son bras sur mon épaule, et se mit à verser de nouvelles larmes. Je vis qu'une grande et secrète peine déchirait son pauvre cœur; qu'elle avait besoin d'une confidente, que ce devait être son amie, je le lui dis. » La première femme de chambre, en personne avisée, ne se souciait point de recevoir un secret qui pouvait être dangereux à porter. « Je lui proposai d'envoyer chercher la duchesse de Polignac : elle s'y opposa fortement. Je lui renouvelai mes motifs et mes instances pour lui procurer la consolation d'un épanchement dont elle avait besoin ; l'opposition devint moins forte. Je me dégageai de ses bras et courus aux antichambres, où je savais qu'un piqueur, prêt & monter à cheval, attendait tout le jour pour se rendre, & l'instant, à Versailles. Je lui ordonnai d'aller, au plus grand galop, dire à madame la duchesse de Polignac que la reine se trouvait très incommodée et la demandait sur-le-champ. La duchesse avait une voiture toujours prête. En moins de dix minutes, elle fut près de la reine. J'y étais seule, j'avais eu la défense de faire appeler d'autres femmes. Madame de Polignac entra : la reine lui tendit les bras, elle s'élança vers elle. J*entendis encore les sanglots et je sortis.

« Un quart d'heure après, la reine, devenue plus calme, sonna pour faire sa toilette. Je fis entrer ses femmes ; elle passa une robe et se retira dans son boudoir avec la duchesse. Bientôt après, le comte d'Artois arriva de Compiègne où il était avec le roi. Il traversa l'antichambre* et la chambre, en demandant

I . Madame Gampan parle ici, sans doute, de Tantichambre de la chambre de la reine.

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avec empressement où était la reine. Il resta une demi-heure avec elle et la duchesse, et en sortant me dit que la reine me demandait. Je la trouvai assise sur son canapé, à côté de son amie ; ses traits étaient remis, son visage riant et gracieux. Elle me tendit la main et dit à la duchesse : « Je lui ai fait tant de « peine ce matin que je dois me hâter d'alléger son pauvre cœur. » Puis elle ajouta : « Vous avez sûrement vu, dans les plus beaux « jours d'été, un nuage noir qui vient tout à coup menacer de « fondre sur la campagne et de la dévaster; il est chassé bientôt « par le plus léger vent, et laisse reparaître le ciel bleu et le temps « serein ; voilà précisément Timage de ce qui m'est arrivé dans c< la matinée. » Ensuite elle me dit « que le roi reviendrait de « Compiègne après y avoir chassé ; qu'il souperait chez elle : « qu'il fallait que je fisse demander son contrôleur pour choisir ce avec lui, sur ses menus de repas, tous les mets qui convenaient <( le plus au roi ; qu'elle voulait qu'il n'y en eût point d'autres (c servis le soir sur sa table; que c'était une attention qu'elle « désirait que le roi pût remarquer. » La duchesse de Polignac me prit aussi la main, et me dit « combien elle était heureuse « d'avoir été près de la reine, dans un moment où elle avait « besoin d'une amie. » « J'ignorai toujours ce qui avait pu donner à la reine une si vive et si courte alarme; mais je jugeai, par l'attention particulière qu'elle avait prise au sujet du roi, qu'on avait cherché à l'irriter contre elle ; que la noirceur de ses ennemis avait été prdmptement reconnue et déjouée par le bon sens du roi, et que le comte d'Artois s'était empressé de lui en rapporter la nouvelle. »

Louis XVI, du reste, suivit de près son frère et, avant de rentrer à Versailles, vint tout à fait rassurer la reine en lui donnant un nouveau témoignage d'affection : « Mercredi, 13 septembre, » dit son journal, « tiré à 9 heures à la plaine de Compiègne, tué 496 pièces, dîné à 2 heures trois quarts ; retour par Trianon. »

Il semblerait, d'après un passage d'un compte de cette époque, que la reine pensa un moment à jouer de nouveau la comédie : « Forré deux portiques, » dit le serrurier; « ferré un escalier

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