‹ Le Petit-Trianon (volume 3)Chapitre 42 sur 355 · STYLE LOUIS XVI ET JARDINS ANGLO-CHINOIS · texte numérisé non relu

STYLE LOUIS XVI ET JARDINS ANGLO-CHINOIS

Styles Louis XIV et Louis XV. — L'architecte Gabriel. — Essai de renaissance.

Jardin antique, jardin fran<}ai8, jardin hollandais. Parc anglais. * Jardin chinois.— L'homme sensible et le jardin de la nature.

Gessner. — Mort de Louis XV.

Le xvii* siècle avait laissé un corps de traditions et de doctrines où tout se tenait : dogmes religieux et théories philosophiques, organisation sociale, principes littéraires, productions de Tart et de l'industrie, tout, dis-je, jusqu'aux fantaisies de la mode. L'esprit, les opinions, les manières, le costume, l'habitation, l'ameublement d'un Français de ce temps-là constituent un ensemble où vous ne trouvez pas une disparate; il va jusqu'à se faire une tête de convention qui s'adapte au cadre dans lequel il se meut en cadence, et jusqu'à prétendre imprimer le même cachet au paysage qui l'entoure. L'écrivain ou l'artiste s'est tellement imprégné des influences de ce milieu qu'il est devenu incapable de traduire la littérature ou l'art des peuples étrangers sous d'autres formes que celles dont son intelligence et sa main ont contracté l'habitude. Les Grecs et les Romains de Corneille et de Racine ont, sur le théâtre, les panaches et la perruque du grand roi et parlent en héros gentilshommes. Regardez, dans les gravures de cette époque, les représentations des monuments gothiques: vous les y trouverez rajeunis à la mode de Bernin; et quand le père Kirscher voudra faire reproduire , dans son livre sur rÉgypte, les illustrations des sarcophages et des cercueils de

tO LK JARDIN FRANÇAIS.

momies, !e dessinateur ne pourra s'empêcher de donner aux visages la physionomie de ses contemporains.

Au xvui* sitclc, les formes littéraires et artistiques sont à peine modifiées, et dans cet ensemble harmonieux on ne constate encore, en 1760, l'intrusion d'aucun élément étranger, (je ne parle pas de la philosophie, de la religion et de la politique, qui n'onl rien k voir avec le sujet de ce livre). On ne sait pas davantage, dans les deux premiers tiers du xviii° siècle, traduire fîdèlemcnt, et sans y mettre du sien, les monuments d'une civilisation différente, témoin le grand ouvrage de dom Bernard de Montfaucon sur l'antiquité, aux nombreuses figures duquel co qui manque surtout, c'est le style antique.

Vers 1760, dans le domaine de l'architecture, apparaît une nouveauté. Deux édifices bâtis par Gabriel, l'École militaire et le GêLTde-meuble, au lieu des contours alourdis et prétentieusement tourmentés de l'école du Bemin, offrent aux yeux des lignes droites, simples, élégantes. A Trianon, ces deux systèmes sont en présence et, ce qui rend la comparaison piquante, c'est dans deux constructions dirigées par un même architecte. De 1749 à 1152, Gabriel, qui ne s'est pas encore affranchi de l'influence de D'Aviler, élève le pavillon de conversation et le décore suivant le goùl ilu jour. Qu'on jette un coup d'œil aussi sur les dessins des lambris du salon frais {pi. V), et qu'on dise si la signature d'Oppenord n'y fig^urerait pas à merveille. Dix ans après, le même Gabriel a transformé sa manière, cl il bâtit le chftteau dans un style nouveau auquel l'histoire de l'art donnera le nom de style Louis XVI, parce que c'est sous le règne du successeur de Louis XV qu'il est arrivé à son entier épanouissement.

\ic cliilleau du Petit-Trianon est d'autant plus intéressant à étudier sous ce rapport qu'il marque, surtout dans la décoration intérieure, la transition entre les deux genres. Dans les salles à manger, dans le cabinet du roi et le salon de compagnie, se voient les trophées, les attributs chers à l'ancienne école; mais, si la coquille traditionnelle et son entourage ordinaire, au sommet des panneaux rappellent le style Pompadour, les chaînes de fleurs et

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de fruits sculptées dans la partie inférieure s'inspirent de l'élégance sobre de l'antique. Rien surtout n'est plus remarquable que les soubassements du salon de compagnie, avec ce fonds de tournesols en demi-relief et ces branches de lis sous des couronnes de roses*; et encore les cheminées de cette pièce et de la grande salle à manger, toutes deux coupées carrément : celle-ci, reposant sur deux têtes de bélier et couverte de pommes, de poires, de raisins; l'autre, ornée d'une fleur de lis au milieu d'un entourage d'asters et de lauriers, avec de grosses guirlandes de feuilles retombant le long des montants'. Que l'on compare toute cette décoration {pi. VIII), avec celle du salon frais {pL V), et l'on appréciera l'originalité de la seconde manière de Gabriel.

D'où pouvait venir ce changement dans les idées du premier architecte du roi? Le voici : depuis plusieurs années, un groupe d*artistes essayait de réagir contre les méhodes de D'Aviler et d'Oppenord, en étudiant de plus près les beaux modèles de l'antiquité classique. François Blondel, professeur à l'académie royale d'architecture, était à la tête de ce mouvement. Un de ses élèves, Jean-David Le Roy', voulut remonter à la source même de l'art et, laissant Rome qui, seule jusque-là, avait donné matière aux observations des architectes, il alla en Grèce étudier les œuvres des maîtres. Il en rapporta, au moment où se préparaient les projets de l'École militaire et du Garde-meuble, une importante collection de dessins \ Leur vue donna sans doute une im-

i. Toute celte admirable menuiserie a été exécutée par Guesnon et Clicot.

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