‹ Le Petit-Trianon (volume 3)Chapitre 99 sur 355 · XII · texte numérisé non relu

XII

3. On ne rencontre nulle part ailleurs d* allusion à cette fête aimable, si ce n'est peut-être dans les Mémoires de Soulavie (Paris, an X, 6 v. in-8<^, VI, 50).

LA BIBLIOTHÂQUB. 1t9

Mercy nous apprend que quelques privilégiés seulement étaient invités à ces fêtes intimes. Les exclus tâchaient d*entrer en fraude, et le concierge Bonnefoy ne suffisait pas à faire respecter les consignes. Il fut obligé de réclamer à Mique des doubles serrures dont il eût seul les clefs. « Je pense, » lui écrit-il, « qu'il en faudrait à toutes les portes. Tels soins que je prenne, il y a des tricheries. Vous en avez eu une preuve mardi dernier*, où il y avait peut-être six cents personnes, lorsque la liste de la Reine ne montait pas à deux cents. »

Eu juin et eu juillet, il fut fait des dépenses considérables pour réfection de décors transportés de Versailles, de Fontainebleau et de Choisy à Trianon. On voit reparaître, à cette occasion, la fameuse ornementation de diamants dont nous avons parlé plus haut : « Fait six grands châssis de décoration et y cousu des diamants... », dit un mémoire du tapissier Dëcle*. Il fut acheté pour plus de 10,000 livres de fleurs artificielles, d'étoffes de gaze

L^auieur raconte que « un jour, la compagnie des réjouis (c*est ainsi qu'il nomme la sociélé de Trianon), lisant Thisloire des amours des cerfs dans Buffbn, trouva plaisant de commander pour les hommes et pour les femmes des habits de peau de cerf, imitant le cerf et la biche. Toute la compagnie, après avoir erré dans le jardin, masquée avec ces habits, trouva fort plaisant encore de jouir des plaisirs des cerfs et des biches. »J*ai vainement cherché, dans les comptes, la trace des dépenses occasionnées par cette scène digne des saturnales antiques. Ce sont sans doute les faunes et les divinités champêtres dont parle Grimm, qui ont donné naissance à Tincroyable légende rapportée par Soulavie. — Je ne sais où Michelet {Histoire de France, XIX, 254) a trouvé la mention d'une farce que la reine aurait fait faire au comte d'Artois. Celui-ci, c( convalescent (Voy. plus haut, p. 79), dut, captif et lié, souffrir les compliments des faux bergers de Trianon. b — Dans la correspondance supposée entre la reine et le cardinal de Rohan, publiée par madame de Lamotle, il est question d'une mystification dont ce dernier aurait été lobjet* c Je me glissai, » est- il censé écrire, « dans le jardin où je ne tardai pas à être entouré et poursuivi comme un hibou qui se serait introduit dans un bois enchanté. Les acclamations de Af. Vabbé ! et autres épithètes très mortifiantes me firent voir que j*avais été choisi pour servir de jouet à toute rassemblée. » Ce fait est faux comme la lettre qui le rapporte.

1. Archiv. nat. OM883. Gela parait se rapporter à la réception du mardi 15 juin.

i30 LR JARDIN ANGLAIS.

lamée d'argent, de satin de diverses couleurs, de rubans, de velours de Hollande, de taffetas d'Italie et d'Angleterre. On montait l'opéra de la Fée Urgèle* et la scène lyrique de Pygmalion*. Un mémoire des décorateurs indique que tous ces travaux furent exécutés « pour des spectacles que l'on devait donner à Trianon et qui n'ont pas eu lieu ». Des préparatifs semblables se renouvellent en octobre et novembre, et il semblerait, d'après les comptes, que les pièces furent, cette fois, représentées'. Mais le journal de Louis XYI ne mentionne aucune comédie. Le roi dit seulement, à la date du 5 novembre : « Diné à Trianon avec mes tantes. » Ce qui paraît plus certain, c'est qu'il y eut des concerts où le célèbre joueur de cor Ponte se fit entendre*.

Le commencement de 1780 ressemble, à Trianon, à la fin de 1779. « La Reine, » dit Mercy, le 17 mai*, « passe souvent les journées à son château et quelquefois les soirées. On y donne alors des spectacles auxquels le Roi se trouve régulièrement ; il n'y a que l'intérieur de la cour qui soit admis à ces petites fêtes ; elles commencent par des promenades dans les jardins jusqu'à l'heure du souper, après lequel on se rend au théâtre, et ce que cet arrangement a de plus utile, c'est qu'il fait diversion aux jeux de hasard. » Ces spectacles ne sont, non plus que ceux de l'année précédente, indiqués dans le journal du roi. D'après les comptes, au mois de mars, les ballets de la Fée Urgèle furent mis en répétition ; mais il n'y a pas trace de représentation. On joua des proverbes* : ce genre était alors fort à la mode.

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