De Piis et Bané
SIO I.K JARDIN ANGLAIS.
conls oxoni|ilaii'08 fie la pièce fiirenl imprimt'^s pour élrc doiiiiés aux Hprc'lnleurs. Après la roprésculaliou, on se promena dans les jariliiis, on nue surprise avait été préparéo aux invités. Ils Irouvèrenl, en s«)rlanl du lliéAIre, lo rorher illufuino et entouré de transparents figurant des anioncellcnienlsde roches couvertes de feuillag(ïs. Toutes les saillies du helvédère étaient accusées par des ctu'dons de lumières, et des lanternes, dissimulées dans des touffes de ros(.*aux factices, jetaient des reflets sur le lac. La grotte surloul, éclairée avec art, offrait un aspect féerique*. Mais ce n'était qu'un prélude à une f(Me ]dus brillante qui devait avoir un grand retentissement.
L'empereur, dtqmis si longtemps annoncé, arriva enrin le 29. Sa sœur Tamena de Versailles à Triancui le 31, pour passer la journée, tandis qnit le. roi était en eliasse à Sainl-Ilnhert. M LL. MM. , » remarque la Correspondance lUtéraire sccràle, « étaient dans une berline coupée, traînée par quatre chevaux, sans pages, sans gardes et sans suite. La Reine était habillée d'une lévite de mousseline avec une ceinture bleue, ses cheveux relevés avec un simple ruban, sans rouge et sans diamants*. » I '^ Le i*' août, la reine lui donna à souper, ainsi qu'à toute la famille rovale. a ("est avant-hier, » discMit les Mémoires secrets, le Itaont,» i|ne les fêlt^s pour l'arrivée (hi comte dr Falkensti*iii (Mit eu lien au Petil-Trianon. On sait que c'est la Heine ellemême qui arrête la liste des courtisans admis au spectacle : c'est S. M. qui rei;oil à la porte et fait placer. » Après le repas, la troupe d'iq)éra nqirési'uta Ylphùjcnie en Imiride^ dr (iliick, devant une assemblée de deux cent soixante-trois persmmes à qui on distribua le librullo. Sageret avait peint pour cette pièce de magnifiques décors : un rideau d'horizon, chargé de nuages, avec la mer au bas; pour Ttirage, un autre rideau avec transparents et appareil de nuées destiné à la descente de Uiane; lo temple de
t. O* t877. Ou en fui si cucliautc qu*ou i-épùla «piutic fois, les jours suivaul!', ccUe iliuuiiuatiou spéciale.
"2. 0. Mélia, XI, 388.
FâTRS NOCrURNBS. îll
la déesse, d'ordre dorique; le temple de Minerve, d'ordre ionique; un palais avec des colonnes doriques cannelées; un aulre palais souterrain, d^ordre loscan, avec une porle de bronze rehaussé d'or, (^omnie le 2G, les invités Irouvferent après le spectacle un grand concert' dans le jardin qui rosplendissail de fiMix; mais rillumination, colle fois, ne se liornail pas aux montagnes du helvéïlère. Kn face, le temple do l'Amour se doladiail on vigueur sur les (lammes d'un incendie allumé par derrière dans les fossés (Voir/)/. XIV). Mais laissons parler un témoin oculaire : « Une fêle d*un genre nouveau, » dit madame Campan', « fut donnée à rom])orour h Trianon. L'art avec lequel on avait, non pas illuminé, mais éclairé le jardin anglais, produisit un effet charmant : des terrines, cachées par des planches peinles en vert, éclairaient tous les massifs d'arbustes ou de fleurs et en faisaient ressortir les diverses teintes de la manière la plus variée et la plus agréable; ^ quelques cen(nin(\s do fagols allumes onlrolonaionl dans le fossé, derrière le l(*mple de rAmcmr, une granile clarté qui le rendait le point le plus brillant du jardin. »
Madame Campan ajoute : « Au reste, cette soirée n'eut de remarquable que ce qu'elle devait au bon goût <les artistes; cependant, il en fut beaucoup parlé. Le local n'avait pas permis d'y admettre une grande partie de la cour ; les personnes non invitées furent méc(Hi(oiilos, vl le pfMi|do qui no pardonni* i\\iv les féh\s ilonl il jouit » (c'est ass(»z naturel, puisqu'il les paie), « eut grande part aux exagérations de la malveillance sur les frais de cette petite fête, portée à un prix si ridicule que les fagots brûlés dans les fossés paraissaient avoir exigé ladestrnction d'une forêt entière. La reine, prévenue de ces bruits, voulut connaître exactement ce qu'il y avait eu de bois consumé; l'on sut que quinze cents fagols avaient suffi pour onirotonir le feu jusqu'à quatre heuresdu
1. Par la musique du régiment des gardes françaises. 0* 3059.
2. 1, 184. Il faut remarquer que madame Campan confond les deux voyages de l*empereur. Ainsi, ccUe f^tc dntc du second, tandis que la présentation de Joseph II, par In rcino, nu public, dans la salle de lopéra, dont elle parie en m(>me temps, eut lieu en 1777. Mercy, 111,54.
malin. » Madame Campan réduit un peu Irop le nombre des fagots en queslion : il y en cul réellement 3,600, plus du double, comme on voit. Il ne faut pourtant rien exagérer : les fagots n'étaient pas cliers en ce leinps-lsi. Les 3,600 coûtèrent S22 livres*. Le matériel de rilluminalion des 26 juillet et 1" aoAt fut remisé dans les caves du théâtre*.
Le lendemain de la fêle, la reine rentra h Versailles; mais elle vint plusieurs fois sii promener avec son frère k Trianon. On trouve un souvenir de ces promenades dans une lettre très postérieure de Joseph II à Marie-Antoinette. L'empereur avait essayé, en i78i , d'ouvrir les yeux de la reine sur les inconvénients de sa société intime, sans réussir à l'arracher à ces amitiés funestes. Plus tard, désabusée, elle lui fit part de sa déception. « Vous souvenez-vous, ma chère sœur,» répond-il, le 5 novembre 1787*, o de ce que, la dernière fois que j'eus le plaisir de vous voir, assise sur une pierre, dans l'avenue de Trianon, j'osai vous faire observer au sujet de cette soi-disante société ; et je no pus m'cmpëclier de vous dire que, si vous vouliez vous assurer si ces bonnes gens vous étaient attachés vraiment ou s'ils n'aimaient qu'eux-mêmes, que vous n'aviez qu'à leur refuser parfois leurs désirs, que vous verriez d'abord la valeur de leur attachement, et distingueriez ceux qui vraiment aimaient votre honneur et réputation ou seulement leur avantage, en mettant toutes les voiles au bon vent qui leur soufflait, incertains et même peu soigneux combien cela durerait, pourvu qu'ils accrochent pour eux, leurs parents, amis et protégés, tout ce qu'ils pouvaient. Pardonnezmoi cette répétition, mais rendez justice au sentiment bien pur qui me le fit dire alors et qui, toujours le même, itie fait tant désirer votre honneur et qu'on vous aime autant que vous êtes ai-
t. On avait eu soin de les préparer comme pour servir de fascines, c*e8t-ùdire de les dépouiller des brindilles el menues branches. 0* t884.
"2. OM877. — l.e 20 juillet, Chevrolat, brigadier de la compagnie des pompiers de l*uris, fournil, le 29 juillet, une pompe ix incendie qui coûta i*,3 19 livres. GUSHi.