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LE NOUVEAU POTAQEIl
Claude Richard à Saint-Germain. ~ Claude Richard à Trianon.
Extension du potager. — Dépense.
Culture du fraisier. — Expériences agricoles.
Le roi, dit lo duc de Luynes, fait ajouter au parc de Trianon, « en dehors, du côté de Versailles, un nouveau potager, avec des serres chaudes pour toutes sortes de fruits, légumes et arbustes, tant de ce pays-ci que des pays étrangers. » D'Argenville, dans la description des environs de Paris qu'il publia en 1755, fournit sur ces additions des indications plus précises : « De la cour des volières, » on passe, dit-il, « dans un jardin fruitier. Il renferme un grand nombre de plantes étrangères, telles que Tananas, le café, le cierge, Taloès, le géranium, le figuier des Indes, Voptmiia major, appelée raquette à cause de ses feuilles larges de quatorze pouces. Ces plantes sont rangées sur des gradins, à l'exception de celles qui demandent à être en pleine terre et qui sont enterrées dans du tan. Un second jardin qui a, ainsi que le premier, des serres vitrées pour les primeurs, est suivi d'un fleuriste* dont les murs sont couverts de filaria^ de buissons ardents, de jasmins jonquilles et de siliquasirum ou galniers. Les plates-bandes sont bordées de petits orangers, mis dans des seaux garnis de fer et enfoncés dans le sol, ce qui ferait croire qu'ils sont plantés en
I. C'est le jnniin do couches triangulaire qui a un bassin somî-circulnirc ut une gniiuh* serre ilniis Tnngle du sommet, h droite do la plmicho IV.
LB NOUYBÂU POTAORR. Il
consacrer des sommes trop considérables, et il l'abandonna à Richard.
Celui-ci « n'avait point assez de fortune pour soutenir un établissement aussi dispendieux, qui exigeait des serres chaudes ronsidfVnliloH. (lepondnnl, rofusor tant ot do si belles collertions, c'était s'exposer h voir périr tout ce (|ue la culture avait encore offert de plus rare h l'admiration des amateurs instruits. Il n'en a pas le courage et il accepte. Il établit en quelque sorte sa résidence dans ses serres chaudes; du foyer de leurs fourneaux il fait le foyer de sa famille et épargne ainsi pour ses serres le bois destiné au ménage. Laissé h ses seules ressources, il redouble d'activité et do vigilance. Tout prospère, s'embellit et se perfectionne sous sa main ; et bientôt la renommée proclame ses talents. »
Initié à la science botanique par Lemonnier qui suivait ses travaux avec un vif intérêt, il devient capable d*opérer une véritable révolution dans Tart du jardinage. « Avant lui, on connaissait à peine, en France, l'usage des serres chaudes, ou, par leurs imperfections, elles coûtaient beaurx)up et produisaient peu. Avant lui, on ne voyait que de faibles primeurs. Cet agronome... vient h bout de... diriger les serres avec plus d'art... et de faire écloreot mûrir chez lui, en même temps, ces fleurs et ces fruits précoces qui semblent effacer Tintervalle des saisons... C'est h lui qu'on doit la création de cette belle variété de renoncules qui, par la richesse de leurs couleurs et le développement de leurs formes, firent la jalousie et le désespoir des amateurs de Harlem, obligés de s'avouer vaincus... C'est lui qui, le premier, inventa la méthode de cultiver les plantes en terre do bruyère, méthode qui a fixé pour jamais la naturalisation des plus belles plantes du nord. »
Louis XV admira beaucoup les cultures de Richard, et, dès lors, il n'alla jamais chasser dans la forêt de Saint-Germain sans entrer chez lui, « et toujours il faisait remplir sa voiture de pots de fleurs et de fruits qu'à son retour à Versailles il offrait h la reine et aux dames de la cour. » Quand il établit son nouveau potager & Trianon, il pensa h en confier la direction h Richard.
fS LB JARDIN FRANÇAIS.
Le jardinier de Sainl-Germain se fil prier : il no pouvait s'arracher à la propriélé qui lui avail coûté tant de privations et do travaux. Il finit cependant par consentir, « mais il osa imposer une condition : c'est qu'il ne recevrait d'ordres que du roi. Elle fut acceptée et, plus tard, si religieusement remplie qu'il ne reçut jamais, même ses appointements, que de la main de Louis XV.» Louis XYI demeura fidèle à l'engagement pris par son aïeul. Lo compte do ses dépenses particulières, conservé aux archives na« tionales, témoigne qu'il paya directement le jardinier jusqu'en juillet 1782, époque à laquelle celui-ci remit sa place à son fils.
Richard dut être appelé à Trianon en 1750. Un bon du roi, daté du 22 janvier 1751, nous le montre en fonctions avec le titre de jardinier-fleuriste*. Il est chargé exclusivement du nouveau potager. C'est nelleville, jardinier du Grand-Trianon, qui fit les bosquets devant la ménagerie et qui en conserva l'entretien jusqu'en 1775, moyennant 1,200 livres par an*. Parmi les dépenses de maçonnerie relevées plus haut {chapitre I*'), il faut comprendre celle qu'occasionna la construction d'une maison près du réservoir du Trèfle, dans laquelle le roi établit le jardinier de Saint-Germain. Il lui donna, pour son usage, le terrain qui s'étendait devant elle et qu'on appela spécialement le jardin de Richard \ Non loin de là, il avait concédé à Gabriel un enclos, où son architecte favori traça quatre carrés autour d'un bassin circulaire, et b&tit un petit pavillon'.
Do 1753 à 1759, ce fut dans les terrains qui entourent la mé-
1. L'abbé Caron. Notice nécrologique sur Ant. Richard^ lue à )a séance publique de la société d*agricuUurc de Versailles, le 14 juin 1807, in-8*.
2. u Richardyjardinier-fleurisle, demande 400 petites caisses, depuis 9 pouces jusqu*& 12 de largeur. » De la main du roi : u Bon. » OU07I.
3. 0*2251-68. Pour dédommager Belleville du surcroît de travail que lui donnait ce nouveau jardin, le roi nomme jardinier-adjoint, w avec GOO liv. do gages et Thabit de jardinier.., son ûls, qu*il élève dans son talent et qui promet beaucoup », par un bon daté du 13 février 1703. 0* i07i«
4. 11 était borné par un mur que Ton voit sur notre planche VI au milieu des plates-bandes.