‹ Le Petit-TrianonChapitre 90 sur 314 · OM · texte numérisé non relu

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2. Compte des journées de menuiserie employées à dresser et démonter un tliéàU*e en planches pour les danseurs de coixle. O>3056.

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naît de lui, c'était bien flalteur.Le fait est que, lorsqu'on l'avait vu une fuis, il était difficile de l'oublier. « Sa figure, » dit le duc de I/évis, m convenait parfaitement à un héros de roman. » On a publié, en 1877, en tête du recueil de sa correspondance, un portrait de lui à vingt-huit ans' : il ne se peut rien imaginer de plus charmant que ce visage aux traits réguliers et fms, à l'air noble, à l'œil profond et doux, avec une expression d'ardeur contenue. Circonspect avec les hommes, réservé avec les femmes, simple dans ses manières, il était sérieux, réfléchi et résolu. En toutes choses, dit l'ambassadeur de Suède, « il pensait avec une noblesse et une élévation singulières. » Cet ensemble de qualités était plus fait pour séduire une nature germanique, que la vivacité, le brillant et la légèreté de l'esprit français. « La Reine, qui est la plus jolie et la plus aimable personne que je connaisse, » écrit encore Fersen, le 8 septembre, « a eu la bonté de s'informer souvent de moi ; elle a demandé à Creutz pourquoi je no venais pas à son jeu le dimanche, et ayant appris que j'étais venu un jour qu'il n'avait pas eu lieu, elle m'en a fait une espèce d'excuse. » Et plus tard, le 19 novembre : « La Reine, » dit-il, « me traite toujours avec bonté; je vais souvent lui faire ma cour au jeu, et, chaque fois, elle m'adresse qneb|nes paroles pleines de bienveillance. C(mime on lui a parlé de mon uniforme, elle m'a témoigné beaucoup d'envie de me voir dans ce costume ; je suis allé, mardi, ainsi habillé, non pas à la cour, mais chez la Reine. C'est la princesse la plus aimable que je connaisse*. »

« Je dois confier fiV.M., » écrit l'ambassadeur de Suède à Gustave III, « que le jeune comte de Fersen a été si bien vu de la Reine que cela a donné des ombrages à plusieurs personnes. J'avoue que je ne puis pas m'empèchcr de croire qu'elle avait du penchant pour lui : j'en ai vu des indices trop sûrs pour en douter. Le jeune comte de Fersen a eu dans cette occasion une

i. Né en 1735, il était de Page de la reine.

2. Le comte de Fersen et ta cour de France^ par le bai-oii de KlinckowstrOm ; Paris, t877. 2 v. in 8», flg. î, xxxii.

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de Crculz qui annonce la résolution de Ferscn est de deux jours antérieure au départ de la reine pour Trianon. La rigueur des dates, qui n'est pas toujours d'accord avec la poésie, nous contraint donc à regret de renoncer à placer à Trianon ce touchant épisode.

Puisque j'ai parlé en même temps du duc de Coigny et du comte Fersen, je m'arrêterai un instant à la question de leurs relations avec la reine. L'opinion, au siëcle dernier, était que Marie-Antoinette eut successivement pour l'un et pour l'autre une tendresse coupable ; mais aucun contemporain ne fournit à ce sujet quelqu'un de ces renseignements circonstanciés qui entraînent la conviction, (le sont des assertions vagues et générales, des on-dit, ou liien des accusations de pamphlétaires, formulées plus de dix ans après révéncment. Un témoignage cependant paraît à première vue très grave : c'est celui du comte Alexandre de Tilly, qui fut page de la reine. Je dis : à première vue, parce que, si l'on y regarde de plus près, le doute ne tarde pas à faire place h la défiance. D'ahord, Tilly ne précise rien; il est évident que, pendant son service de page, il n'a rien vu par lui-même; et après, conmie il a quitté la cour pour n'y phis reparaître que de loin en loin, (*t que, dans les dernières années, il n'a plus osé s'y montrer, il ré|)ète seulement ce qu'il a entendu dire. C'est d'ailleurs un libertin de la pire espèce qui, pour satisfaire ses passions, ne recule ni devant la perfidie, ni devant la violence. Après avoir dissipé son patrimoine, il ne vit plus que de spéculations suspectes, de jeu et presque de chantage', et il en est réduit, pour échapper au déshonneur, à recourir au suicide. Il est, de plus, animé d'une haine profonde contre Marie-Antoinette qui, en apprenant les débordements de son ancien page, l'exécuta d'un mot san-

1. A quarante ans, il enlralna, en Ainénquc,à un mariage clandestin une jeune fliie, presque une enfant, et ne consentit à laisser rompre celle union, eiret d*une surprise, que moyennant une somme de I2S,000 liv. en argent comptant et une pension viagère de 12,5(K) liv.

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d'avril 1779. Que dire encore de ce passage des Mémoires inédits du comle Estcrhazy, cités par M. Feuillet do Conchcs*? <c Dès que la reine commença à ëlre en convalescence, on lui conseilla d'aller s'établir à Trianon... La reine y alla. Sa maison y venait tous les jours, et on nous donna des logements au Grand-Trianon. La comtesse Jules était tombée malade à Paris peu après la reino et avait aussi la rougeole. La comtesse Diane resta avec madame Elisabeth, e/ les trois semaines que nous passâmes à Trianon furent bien agréables, uniquement occupées de la santé et de l'amusement de la reine : de petites fêtes simples dans un lieu charmant, dans une belle saison, des promenades en calèche ou sur l'eau, point d'intrigants, point d'affaires, point de gros jeu. Il n'y avait que la grande magnificence qui régnait, qui pût faire croire qu'on fût à la cour. » Le style est médiocre, et, quant à l'originalité des détails, c'est dans le genre des descriptions do la baronne d'Oberkirch : « Je fus le matin de bonne heure visiter le Petit-Trianon de la reine. Mon Dieu, la charmante promenade! que ces bosquets parfumés de lilas, peuplés de rossignols, étaient délicieux! 11 faisait un temps magnifique, l'air était plein de vapeurs embaumées, de papillons ailés d'or aux rayons de ce ciel printanier. Les jardins sont délicieux, rien n'y manque: les ruines, les chemins contournés, les nappes d'eau, les cascades, les montagnes, les temples, les statues, enfin tout ce qui peut les rendre très variés et très agréables*. » C'est une manière commode et peu compromettante d'écrire des mémoires. Le récit attribué au comte Ësterhazy est pourtant encure trop précis. Pourquoi l'auteur s'est-il risqué à parler de temps et de logement, transformant neuf jours en trois semaines et les fameux externes de Mercy en messieurs internes. Voilà un document historique dont il sera prudent de n'user qu'avec une extrême circonspection.

1. Louis XVI, Marie- AntoineUe et Madame Elisabeth; Paris. 1764-1775, 6 v. iii-8MV, 21.

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