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CHAPITRE VI

Au moment où jla guerre d'Italie monopolisait en quelque sorte l'attention de l'Europe, les chercheurs de Pétrole commençaient à remporter leurs grandes victoires à Touest des monts AUeghanys. Les villes se bâtissaient avec autant de rapidité que si c'était la baguette du magicien qui les faisait sortir de terre. Clintockville doit être considérée comme le type parfait de ces cités improvisées, où l'on trouve subitement des hôtels, des clubs, des théâtres, tous les objets nécessaires à la civilisation, ceux même dont elle ne devrait jamais se servir. Ce sont en quelque sorte des Sodomes, qui poussent avec la rapidité vertigineuse d'un Agaric vénéneux, mais qui disparaissent encore plus rapidement qu'elles ne sont sorties de terre. Que le puits autour duquel les chercheurs de Pétrole se sont précipités cesse de donner l'huile, que la veine qui jaillissait triomphalement des entrailles de la terre s'épuise, et tous les nomades qui étaient accourus à la curée^

8i LE PÉTUOLE

quelquefois comme les oiseaux de proie autour d'un cadavre, prennent la fuite, sans prendre la peine d'emporter tous les objets qu'ils avaient traînes avec eux, tant ils ont peur d'allourdir leur course, et de ne point arriver bons premiers dans les lieux où de nouvelles sources d'huiles viennent de faire leur apparition.

Mais la ville abandonnée occupe une terre féconde, où de riches moissons récompenseront les travaux du laboureur. Impatiente de reconquérir ses droits, la charrue n'attend pas que la faux du temps ait fait disparaître ces jeunes ruines; les agriculteurs précipitent la décadence de ces constructions orgueilleuses, qui seraient un obstacle aux manœuvres méthodiques des socs que la vapeur tire avec sa fantastique impétuosité. L'Arabe du désert, malgré son indolence, a été plus respectueux du cadavre des palais qu'habitaient les maîtres du monde. Il faut cependant convenir que les maisons où les nababs du Pétrole étalaient leur trompeuse opulence, tenaient plus de l'architecture des baraques d'une foire, que les demeures de Zénobie, de Sémiramis, ou des Pharaons.

Quoiqu'il soit absurde de croire, comme ont affecté de le supposer quelques charlatans, qu'il est possible de creuser des puits de plusieurs kilomètres, on voit qu'il y aurait un intérêt scientifique majeur à dépasser notablement les profondeurs déjà atteintes, et que, môme à Paris, où l'on n'a aucun indice de la présence de combustibles naturels; on pourrait pcut-ôlre rencontrer des gaz ou des li-

qiiides alliés au Pétrole, si Ton approfondissait notablement le puits de Grenelle par exemple. Cette exploration souterraine serait certainement plus utile encore que la construction de la tour Eiffel, soit dit sans chercher à protester contre l'érection de ce curieux monument.

Les premiers rois d'huile ont commencé, comme nous l'avons dit, à forer leurs puits avec une installation aussi grossière que celle des ouvriers chinois du Sze-Tchuen. Seulement, au lieu de s'escrimer sur un bambou, les Américains se suspendaient à un bras du levier à l'aide d'une espèce d'étrier, dans lequel ils mettaient le pied. Mais le Yankee est l'antipode du Chinois, au point de vue industriel, et son esprit travaille jusqu'à ce qu'il ait trouvé quelque moyen plus simple et plus économique de produire les objets de première nécessité.

On ne tarda pas à remplacer les leviers du forage à la corde par des constructions plus ambitieuses, mais qui cependant sont tellementpeu dispendieuses qu'on peut les laisser subsister sur chacun des trous en exploitation, où ils servent à mille opérations journalières.

C'est précisément la multiplicité de ces échafaudages qui fait que l'aspect de la région du Pétrole est si pittoresque et si étrange.

Ces singuliers édifices portent le nom de Derrick, comme tous ceux qui servent à laisser rapidement tomber un poids suspendu à une corde. M. Olgivie, auteur de VImperial Dictionnary^ nous apprend que c'est en l'honneur d'un certain bourreau anglais

nommé Théodorîc, qui exerçait son funeste métier à Londres vers le milieu du dix-septième siècle. Le nom de cet éminent praticien aurait^ été brutalement coupé en deux fragments, dont le second lurait seul été conservé.

Les Derricks se composent de quatre poteaux inclinés, du même angle, et situés aux quatre extrémités d'un cadre en bois, ayant trois ou quatre mètres de côté. Ils sont soutenus et consolidés de distance en distance par des barres transversales clouées à plat. Au sommet, qui est à dix ou douze mètres du sol, se trouve un cadre carré, comme celui qui sert de base, mais dont les dimensions sont calculées de manière que Tinclinaison des poteaux ait Tangle du maximum de résistance.

A ce cadre est suspendu un crochet, servant à soutenir une poulie : dans la gorge de la poulie passe une corde, à l'extrémité de laquelle est suspendu un mouton en fer, dont l'extrémité est formée par un cône en acier trempé.

A l'aide d'un treuil, les ouvriers ramènent le mouton au haut du Derrick, et le laissent tomber avec toute la vitesse dont il est susceptible. Le choc peut atteindre ainsi une intensité très grande, surtout si on emploie pour relever le mouton un manège ou une locomobile à vapeur.

11 est sans doute inutile d'ajouter que tous les perfectionnements introduits dans l'art du sondeur sont susceptibles d'être adaptés à l'art du chasseur de pétrole. La seule différence, on le comprend, c'est que l'étude géologique du terrain, et surtout

la pratique, guident, jusqu'à un certain point, les habitants du pays dans leurs recherches. Quoiqu'ils ne soient jamais certains de rencontrer une source, on ne peut pas dire qu'ils exécutent leurs soudages au hasard. Les chances de rencontre sont beaucoup plus grandes que s'ils mettaient à la loterie, où s'ils allaient à Monaco placer leur avoir sur la rouge ou la noire. Toutefois, ils ne rencontrent jamais la sécurité d'un placement sérieux de père de famille.

Que d'émotions dans ces étranges entreprises qui ont en quelques années transformé la physionomie d'un des États les plus riches de la grande république américaine. Le mineur Pensylvanien écoule toujours avec anxiété le bruit que fait son mouton en tombant dans le trou où il le laisse disparaître. En effet, lorsque l'épaisseur de la couche rocheuse qui reste à perforer pour atteindre le gîte de l'huile est suffisamment ammcie, il entend une sorte de bruit prolongé, qui est l'indice de la fin des opérations. Ce symptôme de victoire est accueilli avec des transports de joie, qui sembleront trop légitimes quand on saura que 85 fois sur 100 le fruit d'un travail long, pénible, fastidieux, est absolument nul, môme dans les districts les plus favorisés, et lorsque les sondages sont dirigés avec une grande expérience du métier. En effet, la distribution intérieure des gîtes de pétrole est si irrégulière que souvent la roche est tout à fait stérile à quelques pas des puits les plus riches.

Lorsque le choix a été mauvais, il ne reste plus à l'infortuné d'autre résultat de sa persévérance que

la mortification d'avoir employé, en pure perte, ses dernières ressources.

Quelquefois il arrive que les puits assez éloignés sont en rapport les uns avec les autres, et il s'établit dans l'inlérieur de la terre des courants dont on est parvenu à démontrer l'existence d'une façon à la fois simple et très ingénieuse. On a jeté dans un puits un peu de matière tinctoriale rouge et l'on s'est aperçu quelque temps après qu'un puits voisin donnait des produits ayant une leintc rosée.

Il arrive même que ces communications souterraines se constatent par des accidents fort singuliers. Le propriétaire d'un puits jaillissant d'une grande abondance avait un voisin qui n'avait tiré de terre que de l'oau salée; comme un de ses puits donnait une veine de saumure qui le gênait, ce Nabab avait imaginé de payer son voisin pour qu'il cherchât à détourner ce jet incommode en pompant dans son puits. L'opération réussit très bien, mais au delà des désirs du propriétaire de la veine opulente. En effet, il se produisit une véritable révolution souterraine à la suite de laquelle la nappe de Pétrole changea de cours. Elle déserta l'homme riche, et par un caprice en apparence inexplicable, elle passa, avec armes et bagages, chez son pauvre voisin, quidevintimmédiatcment un roi d'huile, tandis que son ancien on retombait dans les rangs de la plèbe.

B monarque déchu essaya de se plaindre, mais uge du district, après avoir entendu la cause, na raison au nouvel enrichi. Depuis lors, les rois lilc se résignent à être embarassés par leur sau-

mure et se gardent de la faire soulirer.par la pompe de leurs voisins moins fortunés.

Deux puits creusés l'un après l'autre, à quelque distance, donnèrent un autre exemple de l'intimité de ces liaisons secrètes, peut-être adultères. Lorsque l'on exploitait le cadet, le débit de l'aîné baissait dans une proportion telle que sa veine cessait d'être jaillissante, et qu'il fallait employer la pompe pour en extraire l'huile. Au lieu de se quereller, les deux propriétaires se mirent d'accord. Il fut convenu que celui qui avait le premier occupé le terrain exploilerait son puits pendant les six jours ouvrables; l'autre, qui ne fut pas cependant le moins bien partagé, se réserva le jour où Dieu se reposa après avoir créé le monde. Comme généralement dans les pays protestants le Sabat est très respecté, ce puits devint bientôt célèbre au loin, sous le nom de puits du Dimanche.

Du soir au matin suivant, la situation d'un chercheur d'huile peut se trouver radicalement transformée. Un jeune fermier des environs d'Oil-City faisait la cour à la fille d'un propriétaire sur le terrain duquel on pratiquait des sondages. Les jeunes gens avaient l'air de se plaire mutuellement, et le Roméo rustique se croyait assuré du cœur de sa Juliette. Les familles allaient bientôt fixer l'époque du mariage, lorsque le jeune homme rencontre sa fiancée dans un bal, auquel il avait été invité comme elle. Aussitôt qu'il la voit entrer dans la salle, il s'approche la bouche en cœur, et lui demande d'accepter sa main pour la première contredanse.

« Merci, Monsieur, fit la jeune fille avec un air de princesse, et une froideur glaciale : un de nos puits a donné une veine jaillissante, je ne peux plus danser avec vous. »

Le jeune homme se retira tout à fait désappointé, et maudissant sa mauvaise fortune. L'histoire ne dit pas s'il fut long à se consoler de sa mésaventure; ou s'il comprit qu'une fille dont l'amour tenait à une veine d'huile, même jaillissante, n'eût pas été une acquisition qui eût fait jaillir le bonheur dans son ménage.

Un vieillard nommé Schwabb avait quitté l'Allemagne, comme un nombre infini d'infortunés que le militarisme à outrance de M. de Bismarck a chassés du glorieux territoire du nouvel empire allemand. Il avait établi dans les environs de Chicago une petite ferme qui prospérait. Aussitôt qu'il eût appris ce qui se passait sur les bords du « fleuve de l'huile », il réalisa tout ce qu'il possédait. Sans perdre un seul jour, il se rendit dans les environs de Titusville, il y loua un petit coin de terre sur lequel il se mit à creuser un puits, en employant les méthodes rudimentaires à la portée des misérables. Comme l'huile n'arrivait pas, le père Schwabb dépensa jusqu'à son dernier dollar, vendit tous ses meubles, tous ses effets, et ne garda sur lui que ses vêtements déchirés, tombés en lambeaux. Par son labeur obstiné, le pauvre Allemand s'était attiré la sympathie des gargotiers du voisinage, qui lui faisaient l'avance de quelques vivres» mais l'huile tardait tant à arriver que le seul cor-

donnier qui fût dans le voisinage refusa de livrer à rinfatigable pionnier une paire de bottes, qui lui était nécessaire pour garantir ses pauvres pieds contre le contact d'une boue infâme!

Ce refus inattendu jeta Schwabbdans un profond découragement; mais comme il n'y avait pas moyen de s'arrêter sous peine de périr de faim et de misère, il ne continua son trou qu'avec plus d'acharnement.

La Providence ne tarda pas à le récompenser de sa persévérance. En effet, le surlendemain du jour où il avait subi cet affront, il entendit le son sourd qui annonce l'approche de la fortune, l'huile approchait au grand galop.

C'est le moment psychologique pendant lequel il faut agir avec prudence, car l'huile fait quelquefois irruption avec une impétuosité terrible. Mais le pauvre Schwabb était trop impatient pour laisser gouverner ses actions par les conseils de la froide prudence. Il surchargea son mouton, l'éleva jusqu'au haut de sa course, et donna un coup si terrible qu'il faillit être entraîné par la trombe d'eau, de sable et d'huile qui surgit du fond de l'abîme.

Mais après lui avoir été si longtemps rebelle, la fortune lui réservait ses plus douces faveurs. Non seulement il échappa, mais il parvînt, après de grandes peines, à maîtriser sa veine.

Lorsque Ton put cuber le débit de l'huile, on constata que le puits produisait deux fûts de chacun 180 litres en une minute et demie, à raison de 1 fr. 40 l'hectolitre, le cours le plus bas à cette époque ; maître Schwabb pouvait faire une recette de

fr. 36 par minute, 201 fr. 60 par heure, 4830 fr. 40 par 24 heures, et 1 500000 francs par an. Le mendiant en haillons de la veille n'aurait pas troqué sa peau contre celle du roi de Lydie.

Le bruit de Taventure se répandit avec la rapidité delà foudre dans toute la région. Le bottier, éperdu, arriva au galop avec la paire de bottes si ardemment convoitée trois jours auparavant; il offrit vainement toute sa boutique. Schwabb resta pieds nus, jusqu'à ce que le messager qu'il envoya à Toronto revînt avec une paire de chaussures.

Mais dans la carrière des rois d'huile, comme dans celle du commun des humains, la Roche Tarpéienne se trouve souvent bien voisine du Capitole.

Quelques mois après, le journal qui avait raconté avec enthousiasme les aventures de Schwabb, rapportait piteusement les détails de sa mort tragique.

Souvent il arrive que les tuyaux du tubage intérieur se rompent. En effet, l'huile entraîne avec elle du sable qui est poussé avec une rapidité terrible, et qui use le métal de la même manière qu'une râpe menée avec une force prodigieuse. Schwabb s'aperçut que sa veine allait reconquérir sa liberté.

Schwabb tenait trop à son puits pour confier à un mercenaire le soin de réparer un accident qui pouvait avoir des suites si funestes. En conséquence il se fit descendre, lui-même, en personne. Il avait le pied passé dans un élrier de fer; d'une main il tenait la chaîne, qui permettait de le remonter et de le descendre, et de l'autre la corde, qui servait aux signaux. Bientôt on vit que Schwabb agitait celle-

ci d'une façon fébrile ; on s'empressa d'obéir, mais il était trop tard. L'étrier ne remonta qu'un cadavre, les émanations de l'huile avaient suffoqué l'infortuné propriétaire.

On n'en finirait pas si l'on voulait raconter tous les drames du Pétrole dont les monts Alleghanys ont été le théâtre, mais nous ne pouvons nous empocher de dire deux mots des tribulations du « colonel » Drake dont nous avons raconté plus haut les triomphes.

Aussitôt qu'on apprit le succès de la tentative du colonel Drake, une multitude de spéculateurs s'abattirent sur le pays comme nous l'avons raconté. Leur unique occupation fut de louer au meilleur prix possible, pendant un temps très long, lou.tes les fermes qu'ils s'étaient hâtés d'accaparer, afin d'imposer tribut aux véritables chercheurs d'huile. Mais le colonel Drake ne voulut pas entendre parler de ce genre d'opération. Il se borna à exploiter son puits, c'est-à-dire à pomper son huile.

Bientôt il s'aperçut, à son grand désespoir, que la source diminuait, et à la fin de l'année 1 859 sa production élait réduite à une vingtaine de barils par jour. Pendant ce temps les voisins avaient adopté le procédé que le colonel Drake avait oublié de faire breveter, et de toutes paris s'élevaient des « derricks ». L'huile coulait à flots, et des fortunes énormes s'improvisaient à sa barbe.

L'idée de se voir distancé par les voisins auxquels il avait donné l'exemple le dégoûta du métier de mineur. En 1860, il se fit nommer juge de paix du

canton de Tilusville, fonction qui valait environ 15 000 francs par an, à cause de l'activité que la fièvre de Thuile avait imprimée à toutes les transactions mobilières et immobilières.

Comme il n'est pas interdit aux magistrats américains de faire le commerce, le colonel se fit nommer représentant d'une maison importante dans le commerce de l'huile, à New-York, et ses revenus s'élevèrent ainsi à 25 000 francs par an. Cette somme était tellement modeste en comparaison de celles que les rois d'huile gagnaient tous les jours, que le colonel se décida à « faire Charlemagne » et à retourner à New-York. Il liquida donc complètement sa situation et revint dans sa ville natale avec un capital de .150 000 francs, qu'il consacra tout entier à spéculer à la bourse des Pétroles.

Malheureusement, il lui arriva ce qui attend presque toujours les gens changeant de métier à la fin de leur carrière. Sa petite fortune fut engloutie en un tour de main, et il se trouva bientôt errant, sans ressources, dans la grande métropole.

Un de ses amis lui offrit un refuge dans un cottage où il se retira avec quatre enfants et sa femme. L'argent que cette malheureuse gagnait avec son aiguille était la seule ressource de la famille infortunée à qui la société américaine devait tant de millions.

Le colonel était si misérable qu'il lui était souvent impossible de se rendre à New-York faute de pouvoir payer les frais du voyage qui s'élevaient à quatre francs.

Un certain jour il se décida à faire ce grand sacrifice afin de chercher une place pour son fils aîné. N'ayant point réussi, il était au désespoir et parcourait Broadway d'un pas fébrile, lorsqu'il rencontra un de ses amis qui fut frappé de son air lugubre et de sa mauvaise mine. Pressé de questions, le colonel avoua en pleurant qu'il n'avait pu venir à New-York avec assez d'argent pour manger, et qu'il avait dîné par cœur. Son ami le força à accepter sur-le-champ, un bon dîner, lui mit de force en poche quelques dollars, et lui assura qu'il allait s'occuper d'améliorer son sort. Immédiatement cet homme généreux écrivit à Titusville ce qui arrivait. Séance tenante, les rois d'huile de la contrée se réunirent et ouvrirent une souscription en faveur du colonel. En peu de jours elle produisit la somme de 100 mille francs, faible partie de ce qu'il aurait gagné à vendre des licences, s'il avait songé à prendre un brevet pour le foaçage de ses tubes.

La législature de la Pensylvanie tint à honneur de montrer que l'ingratitude n'est pas comme certaines personnes le supposent une vertu des Républiques. En 1873, elle adopta d'enthousiasme et à l'unanimité un projet de loi accordant, à titre de récompense nationale, au colonel Drake une pension viagère de 1500 dollars réversible sur la tête de sa femme.

La carrière du roi d'huile est toujours exposée à des oscillations enire l'opulence et la ruine. En effet la production est toujours exposée à se tarir. On ne sait jamais ce que la « vache à lait » que l'on

Irait à coups de sonde possède encore àe pétrole dans ses mamelles.

Le feu est le plus grand ennemi des rois d'huile, qui, surtout dans les premiers temps, périssaient quelquefois comme de véritables Sardanapales, dévorés par la flamme dévorant avec eux tous leurs trésors. :

Les annales du Pétrole abondent en incendies terribles, allumés par maladresse, à l'époque des premières découvertes. Un des plus célèbres fut celui de Tidione, qui se produisit en 1862 lors de l'apparition d'une veine s'élevant à la hauteur de 17 raè-. très, et produisant la quantité alors inusitée de 140. à 150 hectolitres par heure. Imyiédiatement, on fit. éteindre tous les feux dans le voisinage du puits, où l'air était empesté par des nuages de vapeurs combustibles. Mais on négligea de supprimer un foyer qui brûlait à*360 mètres.

En un instant le gaz s'enflamme; un immense éclair réunit cette cheminée dédaignée à la gerbe de Pétrole. Un prodigieux pilier de feu s'élève avec fracas à une hauteur d'une douzaine de mètres, et se couronne par un effrayant chapiteau de nuages.

Les cadavres de plusieurs travailleurs surpris par l'explosion furent lancés, tout carbonisés, à une distance effrayante. Les malheureux qui avaient échappé, mais dont la plupart portaient d'horribles blessures, s'enfuyaient en poussant des hurlements épouvantables de ce terrible foyer dont on ne pouvait s'approcher à moins de 50 mètres.

Le feu, que l'infortuné roi d'huile ne put arre-

ter, dévora toute la matière combustible et ne s'arrêta que lorsque le puits donna de la saumure à peu près dépouillée de Pétrole.

Le déluge du Pétrole est une autre calamité qui produit, comme nous le verrons à propos de Bakou, des effets souvent aussi destructeurs, et contre laquelle on a trouvé un remède singulier.

Dès que le jet liquide paraît, on enfonce dans le puits un sac rempli de graine de lin, qui a la propriété d'absorber aisément l'huile, et d'augmenter rapidement de volume. Il se forme donc très vite une sorte de gâteau, qui bouche hermétiquement l'orifice du trou, et dans lequel on peut enfoncer le bout en fer d'un tube, dont on se servira pour diriger le Pétrole vers les divers réservoirs, que l'on cherche à remplir les uns après les autres.

Le forage de certains puits fameux, que l'on est parvenu à capter, a produit d'aussi fortes baisses sur les prix courants du Pétrole, à New-York ou à Philadelphie, que l'annonce d'un discours pacifique de M. de Bismarck sur la bourse de Paris ou de Londres.

Aussi les spéculateurs ont-ils le plus grand intérêt à connaître le débit réel des sources nouvelles et à avoir des renseignements sur la santé des puits célèbres.

Des espions parcourent incessamment les lieux de production, tandis que les propriétaires montent eux-mêmes la garde, pour empêcher que leur secret ne soit trahi, et imprimé tout vif dans les colonnes du Petrolium Reporter ou du Petrolium

Age, deux journaux paraissant Tun à Londres, l'autre en Amérique, et dont la mission spéciale est de publier des renseignements exacts sur ce qui se passe dans rintérieur des Derricks.

Le métier de correspondant de ces feuilles est parsemé de hasards tragiques; dans les grandes ci constances les rois d'huile font eux-mêmes le guet autour de leur « Derrick ». S'ils voyaient un journaliste s'approcher, ils le traiteraient plus mol encore que ne Test un membre de la « Ligue des Patriotes », quand il tombe dans les mains de nos « amis naturels » de l'autre côté du Rhin.

Quelquefois les rois d'huile sont trahis, non point par les hommes, mais par les éléments eux-mêmes. C'est le feu du ciel qui, comme dans la Bible, se charge de révéler le secret de leur richesse, en môme temps qu'il consomme leur anéantissement. Rarement l'homme est assez raisonnable pour se passer de la coopération, généralement sanglante, de la Providence, et c'est à coup de désastres qu'il s'avance lentement, péniblement, sur la route de ses destinées futures.

Le progrès est si lent à se produire que, même dans le pays de Franklin, il a fallu de nombreux incendies naturels pour appeler l'attention des propriétaires sur la nécessité d'employer la protection des paratonnerres; mais depuis quelques sinistres éclatants, le merveilleux instrument dû au plus illustre des Pensylvaniens s'est généralisé, et l'on peut dire qu'il est universel.

Comme on le voit, on peut dire, sans aucune exa-

gération, que depuis un quart de siècle la Fortune a établi son tapis vert dans ces poétiques et gracieuses régions, où la France apporta le premier levain de la civilisation moderne. Les gens hardis et entreprenants, qui ne craignent pas les expéditions lointaines, y ont joué et y jouent encore à cette grande roulette, où Ton n'a pas à craindre de jamais faire sauter la banque, car, dans ce cas, le croupier n'est antre que la nature elle-môme. Dans ce jeu, il n'y a pas de honte à se servir de dés pipés; la grande ouvrière ne se plaint pas qu'on la fraude en employant la persévérance, l'expérience, le flair, en un mot tous les talents, toutes les qualités, qui font tourner la chance en faveur des hommes d'initiative et d'idée. On peut dire que c'est une croupière singulièrement complaisante, qui ne demande qu'à être volée.

CHAl'ITRE VIT

Nous avons déjà essayé de faire comprendre que les rois d'huile avaient deux problèmes à résoudre. Le premier était de se procurer Thuile en quantité considérable et à bas prix ; on y parvint à Taide de tous les perfectionnements que nous avons indiqués. Mais bientôt on trouva que ces procédés ingénieux étaient trop lents. Dans un pays où la superstition du spiritisme est si déplorablement répandue, des charlatans ne tardèrent point à prétendre que les esprits leur révélaient la positiondes sources d'huile. Le premier de ces imposteurs est un certain James, qui fit semblant de s'évanouir au milieu d'un champ. Vite on se mit à construire un Derrick et à creuser. On découvrit une source, qui donna 100 barils par jour. C'était un succès notable, car on était alors en 1868, c'est-à-dire au commencement des exploitations. La réputation de M. James lut établie par cette prouesse, et il resta longtemps dans le pays où il était connu sous le nom, de Pro-

phète de l'huile. Les échecs qu'il éprouvait ne diminuaient pas l'effet produit par ses réussites, et il ne tarda pas à avoir des rivaux, dont quelques-uns employaient une sorte de bagtiette divinatoire faite avec un rameau de coudrier, arbre cher aux sorciers du moyen âge, que les niltres ont adopté.

Mieux avisé fut le colonel Roberls qui, en 1862,

A Toi'piJle Itobcrls. B

commandait un régiment de volontaires dans l'armée du Potomac, et se distingua au siège de Frédéricksburg. Ayant eu l'occasion de reconnaître, sur luimême, combien étaient puissants les effets des torr pilles, il imagina de laire servir ces irrésistibles pétards à élargir les puits, en disloquant la roche dans laquelle ils ont été forés. Aussitôt que les rebelles furent obligés de mettre bas les armes, le

m LE PÉTROLE

colonel se rendit à Titusville pour faire des essais. qui réussirent admirableriient. Plus soigneux que le faux colonel Drake, le vrai colonel Roberts avait pris un brevet qui fut déclaré valable après un procès de deux ans*.

Le système est excessivement simple; on descend dans le fond du puits que Ton veut agrandir une torpille analogue à celle que nous représentons; à l'extrémité supérieure on a eu soin de disposer une capsule. Quand la torpille est arrivée au fond du puits, on laisse tomber une masse de fer elliptique, pesant 10 kilogrammes, dont les dimensions sont assez faibles pour que les frottements contre les parois ne ralentissent pas son mouvement. Le choc met le feu à la capsule, et la nitroglycérine qui remplit la torpille fait explosion, à une profondeur de 600 à 700 mètres. Quoique Ton enflamme quelquefois d'un seul coup des torpilles contenant 80 litres de nitroglycérine dont l'effet équivaut à celui de plus de 1000 kilogrammes de poudre à canon, on n'entend presque pas le bruit que fait la torpille en éclatant; il faut heureusement quelques înstanis pour que les effets du choc se manifestent à la surface de la terre ; on a le temps de se sauver.

D'après ce que nous avons rapporté, on sait que toutes les fissures d'une roche pétrolifère deviennent autant de réservoirs qui se remplissent, avec

1. A indique le mécanisme de la torpille Robert. Une erreur du dessinateur l'a fait placer au niveau du sol, et lui a fait donner des dimensions beaucoup trop fortes. B indique les effets de dislocation produits au fond du puits [Voir la page 103; .

une grande rapidité, d'un liquide soumis à une pression effrayante. Aussi les effets d'un heureux coup de torpille sont-ils parfois réellement foudroyants.

Un des plus beaux coups de dynamite fut donné le 27 octobre 1884 dans le fond d'un puils appartenant à MM. Semple Bayd et Armstrong, et situé dans le districk de Thorn-Creek.

On s'aperçut de l'explosion de la torpille, parce que l'on vit sortir du puits une colonne d'eau qui s'éleva à la hauteur de plus de trente mètres. Après cet effort il y eut un moment de repos; aussi l'on vit monter un courant d'eau noirâtre entraînant les résidus de la combustion de la dynamite, du sable et de la boue. Petit à petit le courant changea de couleur et devint jaune; puis, tout d'un coup, le gaz arriva avec un fracas épouvantable. Pendant quelques instants la vue du Derrick fut cachée pour les opérateurs, qui, après avoir jeté le morceau de fer, s'étaient réfugiés dans une maison voisine située à quelque distance. Le nuage se dissipa et l'on vit surgir à la place qu'il occupait une colonne d'environ 50 mètres de haut, d'une belle couleur d'or que le sable entraîné donnait. C'était l'huile qui jaillissait. La baguette de Moïse aurait à peine produit des résultats plus merveilleux. Bientôt tout le voisinage fut inondé d'une nappe de Pétrole, qui finit par trouver son écoulement, et par se jeter dans le Thorn-Creek. Le petit fleuve grossit tellement que les riverains épouvantés se sauvèrent sur les collines, emportant avec eux leurs objets les plus

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précieux. Vainement on essaya de barrer le fleuve avec des écluses, Thuile emportait tous les obstacles que Ton voulait mettre à son passage. On estime que dans la première journée on perdit ainsi 1 400 000 litres d'huile. Mais la source, perdant bientôt de son impétuosité, ne tarda à être domptée et mise sous clef, c'est-à-dire munie d'un robinet, que l'on ouvre lorsque les réservoirs ont besoin d'être remplis.

Pendant les premières années de l'exploitation, on se contenta des bateaux et du chemin de fer de M. Bissel. Mais un M. Hutchinson, eut l'idée de réunir les puits thermaux à la station de la plus prochaine voie ferrée, afin d'y envoyer les Pétroles à l'aide d'une pompe foulante, comme on le fait d'une colonne d'eau dans une conduite. La longueur de cette ligne d'essai était seulement de 4000 mètres. Cependant l'inventeur se faisait une idée si terrible des difficultés contre lesquelles il aurait à lutter, qu'il imagina de placer, tous les 20 ou 30 mètres, des chambres à air. Comme il arrive presque toujours, ce chercheur s'était battu contre des moulins à vent et n'avait point deviné quel serait l'ennemi véritable. Son tube fuyait comme un panier, et tout son Pétrole restait en route. Tous les charretiers, les bateliers, les palefreniers qui vivaient du transport du Pétrole firent des gorges chaudes. Mais M. Hutchinson s'entôta. II parvint à fabriquer des joints qui tenaient l'huile. Alors ce fut une autre musique. Les rieurs se réunirent pour briser les tubes qui leur faisaient concurrence. 11 fal-

lut employer l'action de 1» police, que tous les rois d'huile soutinrent avec une incroyable énergie. En effet, il n'était pas un seul propriétaire de puits qui ne comprît l'immense importance de cette invention. Elle se répandit d'autant plus vite que M. Ilutchinsoii avait oublié de prendre brevet.

Bientôt les chambres à air ont été supprimées, les tubes se sont multipliés, de manière à former un réseau prodigieusement étendu, ne le cédant point à celui de la télégraphie électrique; ces tubes ne différant les uns des autres que par leur pente, leur longueur et leur diamètre. Les plus gros ont six pouces (15 centimètres) et les plus petits 2 pouces (5 cent.). Ce sont les gros tubes de 15 centimètres qui vont porter au loin le Pétrole, lui font traverser les États de New- York et de Pensylvanie, et le conduisent jusqu'aux poris d'embarquement.

L'usage de ces tubes a conduit à organiser tout un système des plus compliqués et des plus complets, sans parler des dispositions mécaniques imaginées pour faciliter le chargement des wagons à Pétrole, la livraison dans les raffineries situées sur le parcours, et dans le fond de la cale sur les navires faisant l'exportation. On a de plus constaté que les affinités moléculaires dont parlent les physiciens, et qu'ils ont tant de peine à mesurer dans leurs expériences de capillarité, acquièrent une valeur industrielle telle, qu'il faut en tenir compte. Le frottement exercé par un tube de 15 centimètres, et long de 180 000 mètres sur la masse de Pétrole qui le remplit, égale le poids d'une colonne de Pé-

Irole (le 210 mèlres. Si donc il y avait 210 mèlics de différence de niveau entre les deux stations extrêmes, la colonne d'huile ne coulerait pas. On pourrait laisser la conduite ouverle, le liquide serait tout entier retenu par les attractions exercées, entre l'huile et la fonte, sur une surface de contour qui n'a pas moins de 90 000 mètres carrés.

Nous n'avons pas besoin de dire que l'on triomphe de celte inertie en employant des pompes foulantes. Mais les chiffres précédents montrent que ces efforts exercés pour mettre en mouvement le Pétrole, quelquefois contre l'action de la pesanteur, doivent être énormes. Fréquemment, dans les grandes conduites, la pression effective doit atteindre le chiffre de 100 kilogr. par centimètre carré.

Nous verrons, un peu plus loin, qu'on propose en ce moment d'élablir des tubes à Pétrole d'une longueur beaucoup plus considérable. La hardiesse de ces conceptions surprendra moins quand on se rendra compte de l'étonnante aciivité imprimée à l'usage des canalisations souterraine par la pratique de ce mode de propulsion du Pétrole.

Lorsqu'on a commencé à en faire usage, les tubes métalliques ne servaient guère qu'au transport de l'eau et du gaz. Depuis lors, on les a employés pour se débarrasser des matières provenant des fosses d'aisances, pour organiser la distribution des dépêches et de l'heure dans les grandes villes. Ons'efforce de les faire servir à la distribution de la force à distance, et de réaliser par leur intermédiaire le problème de l'éclairage électrique. Tout demie-

rement de grands manufacturiers du Nord ont réuni de la sorte les fermes où ils pressent la betterave, et les usines où ils font cristalliser le jus.

Petit à petit l'homme collectif arrive à copier l'homme naturel. La société a depuis une cinquantaine d'années ses nerfs sous forme de télégraphes électrique. On est en train de lui donner ses veines et ses artères, dans lesquelles on fera successivement circuler les principaux liquides de l'économie publique. En effet, l'usage de ces conduites n'a d'autre limite que le prix de revient des tubes, et de la force motrice nécessaire pour triompher des frottements.

Comment s'étonner que ces succès aient donné, à quelques utopistes, l'idée de transporter les voyageurs dans des tubes, avec toute la vitesse dont la rentrée de l'air dans le vide est susceptible? Comment ne pas attribuer à la môme influence les idées originales de ces théoriciens qui se sont figuré que les fluides électriques forment des tubes invisibles à la surface des fils de cuivre servant à leur propagation, qu'ils se glissent ainsi entre le métal plein, qui leur sert de guide, et l'enveloppe isolante dont le fil est entouré....

Après s'ôtre préoccupé du soin de transporter les Pétroles, il a fallu songer à les mettre en magasin.

Les réservoirs possèdent quelquefois des dimensions considérables; en 1885 il en existait déjà un qu'on citait comme le plus grand de tous, et qui avait une capacité de 35 000 barils de 140 litres chacun, soit environ 500 000 litres. Sans doute, au moment où nous écrivons ces lignes, il n'a plus

liO LE PETROLE

l'honneur de dépasser tous les autres, car les propriétaires de puits et de raffineries ont une tendance de plus en plus irrésistible à faire grand. Rien ne fait plus obstacle à ce penchant depuis que Ton a renoncé au bois, et que Ton fabrique les récipients avec des tôles de fer.

Les compagnies de tubes se changent en véritables maisons de banque, prêtant sur gages. L'association « Uniied Pipes », une des dernières établies, a employé un nouveau système financier, qui semble devoir réaliser une véritable révolution industrielle. En effet, elle délivre des « certificats » négociables au porteur. Ses ressources en réservoirs ont rapidement acquis un développement incroyable: à la fin de 1885 elle ne possédait pas moins de 56 millions de litres dans ses magasins. Les machines et les tubes lui permettaient de transporter par jour 1 million de litres.

Les spéculations sur le Pétrole ont donné lieu à la création d'un argot spécial, d'agents particuliers, de bourses, dans lesquelles on ne spécule que sur le Pétrole, et, comme nous l'avons* vu, de journaux dont le Pétrole fait tous les frais. La lecture de ces recueils nous a été indispensable pour nous faire une idée des oscillations surprenantes que le prix du Pétrole a éprouvées depuis une trentaine d'années. Car les fluctuations des fonds publics ne sont rien, même dans les années les plus agitées de la politique, auprès de ces surprenantes dégringolades et de ces hausses furibondes.

Nous avons surtout remarqué la dépression pro-

digieuse produite en janvier 1863 par I abondance des puits et le défaut de débouchés. Le prix du baril tomba alors à 50 centimes pour se relever brusquement. En juillet 1864 il dépassait 65 francs, ayant gagné de la sorte 1200 pour 100 en 18 mois. Les prix actuels ont une tendance remarquable à descendre, à cause de la concurrence du Pétrole russe dont nous avons à nous occuper, avec d'autant plus de soin, d'autant plus d'attention, que la France se trouve à peu près à égale distance de New-York et de Bakou, qu'elle tend également la main aux deux puissances belligérantes. Les importations américaines semblent devoir se concentrer dans les ports de l'Océan, tandis que les ports de la Méditerranée paraissent devoir accaparer les produits caucasiens. Le Pétrole vient donc en quelque sorte fournir un nouvel aliment à la rivalité séculaire entre notre marine du Ponant et celle du Levant.

Quel sera le résultat de celte lutte pacifique? Nous ne chercherons pas à le déterminer en ce moment. Nous laisserons à l'avenir le soin de prononcer son verdict. Mais il est impossible de ne pas constater déjà l'influence extraordinaire que le Pétrole a exercée sur la prospérité des États-Unis. On a tenu un compte exact de tout le liquide versé dans le commerce depuis l'année 1860 jusqu'à l'année 1884. Dans ces vingt-quatre années, on a tiré du sol de rOil-Country, bien entendu sans compter l'huile gaspillée, une masse de 42 000 millions de litres d'huile brute, qui, sur les lieux de production, représentent 2250 millions de francs. Une partie notable de cette

énorme masse de combustible liquide a été exporlée après avoir été plus ou moins travaillée. Les tableaux de douanes estiment le volume de l'exportation à 25000 millions de litres, auxquels ils attribuent une valeur de 5000 millions de francs. Un des produits naturels recueillis sur une des provinces dédaignées de Tancien empire colonial de France a donc fourni au commerce extérieur de la République américaine, et cela en moins de vingt-cinq ans, une somme représentant l'indemnité de guerre que la Prusse nous a arrachée! C'est un chiffre malheureusement trop facile à retenir pour que de bons Français l'oublient de sitôt*.

i. Les puits i Pélrolc et les tubes de gaz naturel sont des objets dont les Américains se montrent à juste titre très fiers et qui sont l'objet d'une multitude d'expériences et de racontars de toute espèce. Nous en trouvons la preuve dans le Harper^a Weckly du 9 juillet 1887. Le numéro porte en tête, comme bois à sensation, une grande gravure représentant un nouveau moyen d'allumer le gaz naturel de Findlay. On laisse dégager l'hydrogène carboné dans ralraosphère pendant quelque temps, et on lance une fusée dans la direction convenable. Le feu se communique de la fusée au jet de gaz et on voit dans l'atmosphère un nuage de feu qui s'allume instanfanêment avec un grand fracas.

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