CHAPITRE XVI
Nous avons cherché à faire comprendre quelques-uns des procédés que Ton a adoptés pour débarrasser le Pétrole de l'odeur repoussante que la nature lui a donnée, dans la plupart des cas. Mais cette odeur elle-même est susceptible d'être utilisée à la destruction des insectes qui dévorent une partie de nos récoltes. Suivant certains praticiens, ce n'est pas autrement que l'on parviendra à débarrasser la vigne de tous les parasites qui font le désespoir de nos vignerons.
Quoi que l'on doive penser de ces espérances, on doit remarquer que, par un jeu bizarre de la nature, c'est du pays classique du Pétrole que vient la poudre insecticide la meilleure, la plus répandue, qu'il n'est pas à supposer que le pétrole arrive à détrôner jamais, le pyrèthre caucasien.
Un de nos vieux amis, mort peu de temps après le siège, s'était fait un nom en inventant le « Phénol Bobœufyy, qui n'était qu'une préparation tirée
du pétrole dans le but de la désinfection à l'aide d'une sorte spéciale de puanteur. Ce procédé, que Ton peut appeler homœopathique, a réussi à constituer à sa veuve une modeste fortune, à une époque où le Pétrole était encore entre les mains de ses pionniers.
La découverte de l'acide sulfurique a mis à la disposition des chimistes un agent d'épuration aussi commode que bon marché, qui leur a permis de débarrasser le Pétrole d'éléments rebelles à la formation d'une belle lumière.
En effet, sous l'action d'une faible quantité de chaleur les parties riches en carbone s'éliminent sous forme d'acide carbonique, et le liquide devient plus fluide, plus blanc, plus combustible, parce que son titre en hydrogène augmente. Mais que de combinaisons différentes ont dû être tentées avec des fortunes diverses, pour que « l'huile de pierre » pût rivaliser avec celle que l'on prépare en écrasant les fruits de l'arbre de Minerve? Que d'efforts ont été indispensables pour constituer un appareil suffisamment solide, pour régler l'afflux de l'air, dont la parfaite régularité est aussi nécessaire à la flamme qu'à la vie. Il n'y a pas jusqu'à la mèche qui n'ait nécessité mille tâtonnements. On a été obligé de déterminer, non seulement la nature de la fibre, mais encore le volume qu'on lui donne, et la pression à laquelle on la soumet.
Et le choix du liquide est lui-même de la plus haute importance. Entre les Pétroles, il existe autant de différences qu'entre les vins. On pourrait
dire qu'il y a des crus et des marques, dont l'art du chimiste ne peut effacer complètement la trace. Il faut donc, avant toutes choses, que la lampe dont on se sert soit parfaitement adaptée au liquide que l'on y veut brûler. Quels qu'aient été les efforts des inventeurs, il ne saurait jamais exister de lampes à toutes huiles, il n'y en a pas plus que de selles à tout crin.
Le commencement de la sagesse, pour le consommateur de Pétrole, est de s'enquérir si la lampe a été construite pour l'huile du Caucase ou pour celle d'Amérique. La plupart des différences d'opinion que l'on constate sur la valeur de tel ou tel Pétrole, ne proviennent que de ce que l'on a brûlé du « Caucase » dans une lampe américaine, ou de « l'Amérique » avec une lampe de Russie.
Ici la question du « droit au mouillage » se pose comme lorsqu'il s'agit de la surveillance des boissons. Elle est même beaucoup plus grave, beaucoup plus sérieuse, car l'épicier n'exerce pas « son droit au mouillage » avec un liquide inoffensif comme de l'eau, mais avec une essence d'autant plus dangereuse qu'elle peut mieux dissimuler l'infériorité du produit qu'il vend.
Malheureusement, ce n'est pas le client volé qui est la seule victime; souvent, très souvent, bien souvent c'est le voisinage qui pâtit. Une maison ou un quartier peuvent être brûlés, parce qu'un niais s'est laissé duper par un vautour, qui lui a volé quelques sous.
Cet aspect, singulièrement menaçant, du laisserfaire appliqué à la fraude des denrées nécessaires.
doit faire réfléchir et même frissonner! La liberté, ainsi entendue et pratiquée, pourrait bien allumer plus de bûchers que Tlnquisition....
Un de nos amis, qui habite l'Angleterre, nous a raconté qu'il avait vu une lampe que Ton pouvait renverser impunément. Aussitôt qu'elle perdait l'équilibre elle s'éteignait. Cette machine serait sans contredit fort précieuse, mais elle n'écarterait qu'un certain nombre des dangers qui résultent de l'emploi d'un liquide doué d'une volatilité trop considérable. En effet, il peut arriver que la chaleur de la flamme se communique de proche en proche au récipient, et que la lampe fasse explosion. Si l'on a oublié de remplir le réservoir avant l'allumage, il peut se faire que l'oxygène de l'air emprisonné dans le vide intérieur, qu'on a maladroitement laissé, détermine la combustion des vapeurs de Pétrole dont il est saturé.... L'huile lampante doit être comme la femme de César; il ne faut môme pas que sa pureté puisse être soupçonnée.
Il y avait, en 1848, un recruteur d'abonnements à la Réforme, qui se nommait Caussidière. La Révolution fît de ce jovial commis-voyageur un préfet de police, qui trouva, comme il le dit (rès élégamment, le moyen de faire « de l'ordre avec le désordre ». 11 prit les barricadeurs et en fit des gardes républicains.
Ce procédé ingénieux et énergique peut être employé avec succès, pour brûler du pétrole impunément. Le seul moyen de se délivrer de tout danger, c'est de V exagérer, en se servant, non seulement de
LA LUMIÈRE ET li CHALEUR 233
Tessence, mais encore de la quintessence. Dans le cas où Ton a pris cette résolution, on n'a plus à redouter que le transport et la garde en magasin, mais ces opérations redoutables, entre des mains ignorantes, sont susceptibles d'être rendues inoffensives, si Ton emploie des installations convenables, telles que celles qui sont en usage dans les docks. Au contraire les moindres boutiques peuvent, comme celle de Tépicier d'Anvers, ôlre changées en volcans aussi longtemps que, sous prétexte de respecter la liberté commerciale, on laissera les débitants accumuler dans leurs caves des quantités supérieures à la vente possible pendant la journée.
Rien n'est plus facile que d'organiser un éclairage de sûreté, en ayant recours à un procédé fort répandu qui se nomme la carburation.
Dans une conférence que nous avons donnée au commencement de 1887 à la mairie du quatrième arrondissement, nous avons fait fonctionner un ingénieux appareil qui était d'une grande simplicité. L'air était insufflé mécaniquement dans un récipient où se trouvait une certaine quantité d'essence de Pétrole. Après avoir traversé une certaine couche de liquide facilement volatile, dont la hauteur avait été calculée, l'air passait dans un tube, d'où il sortait en donnant une flamme claire, abondante, régulière. En effet, grâce aux vapeurs qu'il avait absorbées pendant son court passage à travers une couche de quelques centimètres, il était devenu un gaz beaucoup plus éclairant que celui de la Compagnie parisienne.
Le travail moteur nécessaire pour lui faire franchir une faible épaisseur d'huile est peu considérable, cependant on ne saurait songer à employer pour le produire un ressort, ou la descente d'un poids. En effet, les séances d'éclairage durent souvent 5 à 6 heures, et quelquefois plus en hiver, de sorte que l'on ne connaît pas d'accumulateur mécanique permettant de suffire à la dépense de force motrice pendant un temps si prolongé. Il est donc tout à fait indispensable d'avoir recours à un moteur donnant une production faible, mais continue de force. L'inventeur a imaginé d'employer une toute petite machine à Pétrole qui consomme une fraction tout à fait insignifiante de l'air carburé. L'expérience réussit fort bien et produisit un grand effet.
Cependant comme la mairie dans laquelle nous avions ainsi reçu l'hospitalité avait été brûlée pendant la Commune, il y avait peut-être quelque imprudence à rappelé dans ce lieu le souvenir du terrible liquide qui y avait produit de si épouvantables dégâts; aussi, avant de commencer notre discours, avons-nous cru convenable de nous excuser de parler de cordes dans la maison d'un pendu.
On peut donner encore à l'emploi de l'essence superfine une autre forme très intéressante, c'est de la verser sur une éponge, de sorte qu'il en sort un effluve constant au milieu duquel la mèche se trouve placée. Le luminaire, ainsi disposé, est une imitation du feu éternel de Bakou ; c'est une sorte de réalisation partielle de la légende de la lampe
perpétuelle d'Olympiodore. Ce personnage était un philosophe hermétique, qui avait conservé le culte de l'ancienne Rome, et que l'empereur Ilonorius envoya en ambassade auprès du roi des Huns. D'après une tradition fabuleuse, rapportée sérieusement par plusieurs chroniqueurs scientifiques du moyen âge, son tombeau, ainsi que certains autres, était éclairé jusqu'au jour de la résurrection.
Par une singularité que nous devons noter, cette lampe sans liquide a conduit tout naturellement à une invention qui s'est répandue dans ces derniers temps, et dont tout le monde a admiré le magnifique éclat. Plusieurs magasins élégants des grands boulevards de Paris l'ont utilisé et l'emploient encore en ce moment, avec le plus grand succès.
Dans le cours de l'année 1882, je me suis rendu à Londres pour prendre part à une lutte aéronautique avec la Société des ballons de Londres. A l'issue du concours, le ballon français fut exposé dans la grande salle du « Royal aquarium », dont l'illumination excitait à un haut degré l'attention publique, et était en réalité des plus brillantes.
Elle était produite à l'aide d'une espèce de cire que Ton tirait du Pétrole, et à laquelle l'inventeur avait donné le nom à'aïbo-carbon. Cet albo-carbon était graduellement volatilisé à l'aide d'une toute petite veilleuse que l'on allumait à la partie inférieure de la lampe. La vapeur sortant de cette masse chauffée montait, arrivait régulièrement au foyer, et y brûlait paisiblement. Mais, à l'aide d'un nouveau progrès que l'observation a suggéré, on a re-
connu qu*il suffit de placer dans la flamme une petite plaque de fer qui plonge dans l'intérieur de la masse volatile. La chaleur qui se communique de proche en proche suffit pour entraîner la perpétuité de la combustion.
On a également songé à appliquer à l'éclairage des huiles, qui jusqu'à présent n'étaient point considérées comme lampantes, et à brûler de simples résidus qui ne pouvaient servir que dans les foyers de machines à vapeur.
Des essais, qui ont eu lieu récemment au chemin de fer de l'Ouest, ont constaté qu'avec ces rebuts de fabrication on produit une flamme plus belle qu'avec la fleur de l'huile de première qualité, comparable à celle que donne un puissant régulateur de lumière électrique.
Cet effet véritablement extraordinaire est obtenu à l'aide d'un tirage forcé. On a imaginé un système qui permet d'alimenter la combustion avec de l'air comprime. La quantité de gaz comburant donnée au Pétrole peut être égale, sinon plus grande, que celle qu'il aurait dans une atmosphère d'oxygène.
Comme l'azote est à peu près inerte, le Pétrole brûle avec une énergie comparable à celle d'un morceau de carbone allumé, puis plongé dans un flacon rempli d'oxygène tiré du chlorate de potasse, magnifique expérience qu'on exécute dans tous les cours de chimie.
Pourra-t-on, avec ce svstème, nourrir facilement un grand nombre de foyers, que l'on entretiendrait simultanément? La canalisation ne sera-t-elle pas
trop compliquée? La dépense de force moirice ne sera-t-elle pas trop grande, pour que ce mode d'éclairage puisse lutter, soit avec le gaz, soit avec l'électricité? Autant de questions que la pratique seule pourra résoudre. Mais ce qui n'est l'objet d'aucun doute, c'est l'intérêt d'une expérience, si brillante, si élégante, si savamment organisée.
Nous nous garderons bien de chercher à décrire toutes les combinaisons sur lesquelles le génie des inventeurs s'est exercé, et nous n'ajouterons qu'un seul appareil à ceux que nous avons déjà décrits plus haut. En effet, iluous paraît digne d'être signalé parce qu'il introduit un élément r^
nouveau dans la lutte con- Lampe HitchctMik à mécanisniB ire la combustion incom- iïlT;i;;"S°itoiS plète. La lampe porte un à la combustion complète du pied dans lequel se trouve p^^"*placé un mouvement d'horlogerie semblable à celui d'une lampe Carcel. Mais la force moirice n'a pas besoin de s'exercer sur le liquide, puisque la capillarité suffit pour l'amener à l'endroit où se produit la
combustion. On remploie à mettre en mouvement un petit ventilateur qui 'produit l'appel de l'air. Il parait que cet appareil, qui porte le nom de Hitchcock, et qui a été inventé en Amérique, marche d'une façon très satisfaisante. Nous le croyons aisément, puisqu'il n'y a que le défaut d'oxygène qui empêche le plus mauvais Pétrole de brûler convenablement. Les expériences de la gare Saint-Lazare auront, quoi qu'il arrive, le mérite de ne laisser aucun doute à ce sujet.
Il est bon de terminer cet article en indiquant une épreuve très simple et qui ne saurait être jamais trop connue, car elle permet au consommateur de se protéger lui-même contre les combinaisons assassines de son épicier. Pour apprécier si l'huile lampante qu'on présente est digne d'être admise dans la lampe domestique, il suffit d'en remplir une simple cuiller; si l'huile prend feu lorsqu'on approche une allumette enflammée, il faut renvoyer l'huile au marchand, à moins qu'on ne préfère envoyer le marchand lui-même devant les tribunaux.
Une appUcation du Pétrole, qui n'est point à dédaigner, et qui a été la seule dont M. Selligues se soit préoccupé pendant longtemps, est comme nous l'avons rapporté à propos des travaux de cet inventeur, la fabrication d'un gaz rival de celui qu'on tire de la houille. On produit cette transformation à l'aide de la chaleur, dans une cornue, comme si l'on cherchait à décomposer de la houille. On obtient ainsi un gaz tellement éclairant que la Compagnie parisienne emploie ce procédé pour rehausser arti-
ficiellcment le titre de son hydrogène carboné, lorsqu'il ne possède point le litre exigé par la ville de Paris pour en autoriser l'usage, 11 fut un temps, à l'origine de l'invention Selligucs, où la ville de Dijon n'avait pas d'autre gaz.
Il n'est peut-être pas inutile d'ajouter que les
consommateurs du gaz de la Compagnie parisienne, qui ne sont pas satisfaits du pouvoir éclairant do leurs becs, peuvent l'augmenter eux-mêmes d'une façon tr-ès simple en pirnant un petit carburateur dans lequel ils feront barboter leur hydrogène carboné avant qu'il n'arrive aux becs où il doit se brûler. L'opération est très simple, puisque le gaz possède naturellement une pression qui lui permet
de traverser la petite colonne de liquide que l'on met sur son passage; en outre les fumées du Pétrole ont pour riiydrogène carboné une sorte de sympathie chimique qui leur permet de s'amalgamer plus facilement avec lui qu'avec l'air atmosphérique.
Malheureusement les compagnies gazières, par suite du monopole, qui a été organisé dans presque toutes les villes de France, ne tiennent que très médiocrement compte des réclamations des abonnés. Malgré toutes les surveillances organisées par les administrations municipales, elles ont une tendance invincible à préparer le gaz le moins; éclairant que possible; comme je m'étonnais un jour de la résistance que les compagnies opposaient à l'adoption de tout perfectionnement ayant pour but d'améliorer le pouvoir lumineux, sans augmenter le prix de la fabrication, je fus interrompu par un « roi de gaz * devant lequel je m'escrimais. « Nous serions ruinés, me dit-il, si nous nous avisions de préparer un meilleur gaz, même lorsqu'il nous coûteraitle même prix, puisque nous sommes payes au mètre cube ». Ce roi de gaz était très sage. En effet, si l'hydrogène carbonné donnait plus de lumière, les abonnés éteindraient un certain nombre de becs, ou diminueraient le débit de ceux qu'il conserveraient, de sorte que la recette des marchands de gaz irait en diminuant.
La concurrence que fait le Pétrole, qui, même en Angleterre , a déj à reconquis quelques villes * , donnera
1 . La conquête ou la restauration a été en général accomplie à
sans doute un coup de fouet vigoureux à ces « rois fainéants », mais en attendant une révolution salutaire, dans cette grande industrie, on pei^t dire que le Pétrole a une place marquée dans l'éclairage au gaz. En effet, rien n'est plus simple que de déjouer le calcul des compagnies gazières, à l'aide du car burateur spécial dont nous venons de parler, et dont les dimensions peuvent être fort exiguës, par suite des raisons que nous avons rapportées plus haut. L'opération réussira à merveille, car les vapeurs de Pétrole et l'hydrogène carboné ne partagent en aucune façon les passions des ingénieurs qui les exploitent. Ils contractent, comme nous l'avons dit, des mariages très solides, avec la plus grande facilité.
Lorsque Paris était rempli des réclames relatives au transport de la force à distance, qui aurait été réalisé à l'aide d'un perfectionnement des accumulateurs Planté, je traduisais à Henry Giffard le récit du voyage de sir William Thomson arrivante Glasgow avec un de ces merveilleux appareils, et j'énumérais le nombre de kilogrammètres qu'il avait ainsi amené de Londres.
Henry Giffard se prit à rire, ce qui lui arrivait assez rarement à cette époque, se leva, et s'approchant de sa cheminée il y ramassa un morceau de charbon : « Voilà, dit-il, en le plaçant sur son
Taide et en parlie au profit de l'électricité. Des lampes à arc, ou des lampes d'incandescence, sont allumées dans les principales rues ou les grandes places ; les petites rues sont éclairées par des lampes à Pétrole.
bureau, ce que sir William aurait mieux fait de leur porter. »
Si le Pçtrole avait déjà été employé dans la production dé la vapeur, ce n'est pas un morceau de charbon que mon ami aurait pris, mais une fiole remplie de ce liquide qui peut pratiquement changer en vapeur treize fois son poids d*eau! En effet, Henry Giffard avait toujours apporté dans ces recherches industrielles le génie de la concentration. C'est dans le but de concentrer la force de la vapeur qu'il inventa les machines à haute pression, dont on se sert actuellement pour les torpilleurs et que complètent les foyers à Pétrole, c'est-à-dire à calorique concentré. Une seule tonne de Pétrole, brûlé dans de bonnes conditions, produit presque autant de chaleur que trois tonnes de houille; on peut dire, en nombres ronds, qu'un bateau à vapeur chauffant au Pétrole peut, à volonté, renfermer dans sa cale trois fois plus de combustible, ou employer en fret les deux tiers du poids mort qu'absorbait le transport de sa provision de houille.
Quel que soit le parti que l'on prenne, il est également avantageux, et il permet de réaliser des progrès, qui ne sont que le couronnement de l'édifice que nous avons vu élever sous nos yeux depuis notre jeunesse. Il fut une époque, et cette époque n'est pas tellement lointaine que les vieillards ne se la rappellent facilement, où l'on traitait de rêveurs ceux qui parlaient de passer en Amérique avec des bateaux à vapeur. Ce qu'il y a d'étrange, c'est que l'on avait raison de faire de semblables reproches.
[ncontestablement les traversées de l'Atlantique eussent été impossibles, aussi longtemps qu'on aurait eu besoin de consommer la quantité de combustible qu'absorbaient alors les machines. Les critiques de 1830 n'auraient pas encore tort aujourd'hui si l'on n'avait trouvé le moyen de diminuer dans une proportion notable la ration de charbon de chaque cheval de feu. En réalité ce n'est point par des arguments, mais par des faits et des progrès réels, qu'on supprime l'encombrement des cales d'un navire à la mer.
L'emploi du Pétrole comme combustible représente donc une nouvelle étape dans l'évolution de la navigation fluviale maritime et aérienne.
M. Maurice Petit nous apprend, dans son excellent volume des Merveilles \ que la vitesse des steamers marchant sur la ligne d'Amérique, est limitée à 18 nœuds, uniquement à cause de l'énorme consommation de charbon que nécessite actuellement cette allure, malgré les immenses progrès que la mécanique contemporaine a réalisés. Du moment que le môme navire pourra embarquer trois fois plus de combustible, la limite des vitesses possibles sera nécessairement reculée. Les bateaux à vapeur pourront lutter avec les locomotives, et le rail cessera de triompher de l'Océan. En outre, la marche actuelle de nos steamers rapides cessera d'être^exceptionnelle, et pourra devenir vulgaire, commune, autant que le permettra le progrès de l'art de la manœuvre de