CHAPITRE IV
Sous Tempire, M. Selligues, physicien suisse, né à Genève, avait déjà attiré l'attention dix monde savant par l'invention d'une balance servant de baromètre, et d'un télémètre permettant de déterminer la distance des objets éloignés, sans avoir besoin de se transporter aux deux extrémités d'une base. 11 avait aussi perfectionné le microscope, ce qui lui valut l'honneur d'attacher son nom à une belle fougère poussant à l'état sauvage dans Tile de Java.
Lorsque la Restauration vint donner une impulsion prodigieuse aux arts, il accourut s'établir à Paris, apportant avec lui l'idée de la première presse à vapeur, qui ait été réalisée.
En 1837, il y a un demi-siècle, au moment où l'éclairage et le chauffage au gaz commençaient à se répandre, cet homme audacieux conçut le projet de décomposer dans des cornues chauffées au rouge les schistes qui abondent dans les environs d'Autun ;
il parvint à en tirer des substances combustibles propres à lutter avec le produit nouveau, dont l'introduction dans réconomie domestique occasionnait une véritable révolution industrielle.
La distillation donnait d'abord un liquide transparent plus léger que Teau, et qui brûlait avec une flamme excessivement éclatante, dans une lampe merveilleuse que Selligues avait imaginée, et que Ton aurait pu comparer à celle d'Aladin, tant elle procura de trésors à l'humanité. Le génie qui l'avait inspiré, n'avait eu qu'à lui suggérer une combi naison 1res simple, permettant d'amener, près de la mèche, une quantité d'air suffisante pour que la combustion fût complète.
Selligues ne se contenta pas de remporter ce premier succès, il eut l'idée de tirer de ce pétrole artificiel un gaz analogue à celui de la houille, en employant des procédés identiques à ceux dont on se sert pour la décomposition du charbon de terre. A l'ai'de de quelques précautions, il fabriqua un hydrogène carboné tellement éclairant, qu'on l'emploie encore de nos jours pour rehausser le titre de celui que les grandes compagnies vendent à leurs abonnés, et que quelques personnes le considèrent comme susceptible de tenir tôte à l'électricité.
Malheureusement, on ne tarda point à reconnaître que ces opérations ingénieuses laissaient une masse considérable de résidus dont on ne savait que faire. Cet inconvénient eut certainement empêché l'industrie naissante de se développer, si M. Marc Se-
guin, ingénieur français, à qui Ton doit la création des chaudières tubulaircs, n'avait imaginé d'employer sur place ces combustibles encombrants, d'une valeur trop faible pour qu'on pût les transporter ; il les fit servir à la distillation des schistes dont Seliigues tirait son huile, et à la décomposition de l'huile dont il tirait son gaz. Cette belle fabrication n'avait donc pas besoin d'emprunter aucun élément au dehors. Avec un peu de main-d'œuvre, ce que l'on trouvait dans la mine suffisait à tout.
Il n'est pas étonnant que, grâce à une combinaison aussi splendide, l'invention nouvelle ait pris des développements très rapides dans cette partie intelligente du centre de la France. Des auteurs de l'époque évaluent à 2000 francs, la valeur du combustible économisé chaque jour par l'application des procédés Seliigues dans la région voisine.
Les succès obtenus en France ne pouvaient manquer d'attirer l'attention des Anglais sur cette industrie. D'habiles ingénieurs se hâtèrent de l'établir dans le comté de Derby, et de là en Ecosse, où elle devint rapidement florissante. On transporta la fabrication des lampes Seliigues, que l'on imita intelligemment, et que l'on poussa même à un très grand degré de perfectionnement, sans que les habitants des bords du Ruisseau de l'huile commençassent à s'émouvoir. Dans la Pensylvanie, on ne songeait encore qu'à trouver les gisements d'anthracite, qui avaient donné naissance à l'huile minérale. Personne n'avait l'idée d'utiliser à la production de la lumière, ce produit que la nature
donnait toute seule, et que l'on prenait tant de peine pour préparer en Ecosse et en France.
En 1849 on ne considérait encore en Amérique le pétrole que comme une sorte de panacée universelle. Au lieu d'être le point de mire des physiciens, il était encore resté dans les mains des charlatans. Un certain Kier, pharmacien de Pittsbourg, vendait des petites bouteilles d'un décilitre pour 2 fr. 50. Chaque fiole était accompagnée d'un quatrain apprenant en vers de mirliton que ce heaume précieux venait des sources secrètes de la nature, qu'il apportait à l'homme la fleur de la vie et de la santé, et qu*il arrivait en droite ligne des entrailles de la terre pour calmer nos souffrances et faire disparaître nos maux. C'était, comme le dit la chanson populaire :
« Le vrai parfum des bouches, « Flattant tous ]es odorats, (( Qui tue à vingt pas les mouches, (( Et donne la mort aux rats.
« Le pétrole, s'écriait ensuite le charlatan Kier, a été expérimenté de la façon la plus complète. Le public le connaît comme étant un remède d'une merveilleuse efficacité. Les ignorants ont mis en doute son pouvoir magique, mais tous ceux qu'il a guéris parlent en sa faveur. 11 est célébré parmi les aveugles à qui il a permis de voir, aux paralytiques qu'il a fait marcher. Demandez ce qu'il vaut aux rhumatisans, aux goutteux, aux névralgiques. C'est le médicament le mieux approprié à notre nature. En effet c'est la nature elle-même qui l'a préparc,
on ne cessera jamais d'y avoir recours. On s'en servira encore lorsque les noms de toutes les drogues à la mode de nos jours seront complètement oublii'^s.... »
Ce boniment que nous abrégeons était suivi d'une centaine de certificats signés par des habitants de la contrée, qui tous annonçaient à leurs concitoyens que le Pétrole les avait guéris de quelque maladie épouvantable. Malgré cet étourdissant charlatanisme, le public se montra froid, très froid, tellement froid que le bon M. Kier, s'a tous les bénéfices étaient absorbés par k gencc et d'annonce. H se résigna donc tous ses voyageurs, cL il se contenta d dépôts dans les différentes pharmacies d
Mais alin de fixer l'attention du public, de faire coller sur les vitres des billets s( ceux de la Sainte-Farce et imitant 1 qu'émettait alors la Banque de la rivière des Allcghanys.
Les figures qui accompagnent cette curieuse création du puffisrae des premiers marchands de Pétrole, sont un document historique d'une grande valeur. En effet elles donnent un croquis des exploitations rudimentoircs de cette époque, où l'huile sortait du sein de la terre avec l'eau salée, coulait avec elle dans la citerne et flottait a la surface de la masse liquide. L'estampe montrait encore les ouvriers qui en avaient accumulé une quantité suffisante, et la mettaient dans des barils saiis aucune __ autre préparation
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Ce produit accessoire, la saumure, était encore considérée comme le produit principal, mais on ne supposait plus que la présence de i'huile obligeât de déserter le puits. Il y avait déjà un véritable progrès.
Comme l'on commençait à parler beaucoup en
Amérique de l'éclairage tel qu'on le pratiquait en Ecosse, avec les produits de la distillation des schistes, M. Kier imagina d'employer son huile naturelle dans la lampe, mais il rencontra les mômes difficultés que les Grecs et les Italiens du moyenâge ou de l'antiquité. Elle brûlait si mal qu'elle donnait naissance à des fumées noirâtres. Afin de la rendre plus combustible, il eut même l'idée de
la distiller et d*en recueillir les parties les plus volatiles. Mais il ne put réussir que d'une façon imparfaite, parce qu'il ignorait les propriétés de l'acide sulfurique. Il était obligé de recommander aux consommateurs de baisser beaucoup la mèche, précaution qui rendait la lumière toujours assez faible, et en limitait singulièrement l'emploi.
L'année suivante eut lieu une nouvelle tentative. MM. Brewer-Watson et Cie, meuniers de Titusville, s'associèrent avec M. Angier, propriétaire de cette localité, qui employait la méthode indienne un peu modifiée pour soutirer la matière graisseuse flottant à la surface de TOil-creek.
Le long du fleuve de l'huile, on avait creuse des tranchées qui aboutissaient à un bassin, dont on élevait l'eau à l'aide d'une pompe mise en mouvement par un moulin. Cette eau retombait dans des auges, et on recueillait l'huile qu'elle entraînait à l'aide de flanelles sur lesquelles elle passait, et que l'on soumettait à une compression ultérieure. Malgré tous ces perfectionnements on retirait si peu de produits que l'association fut dissoute.
Mais dans l'été de 1854, le docteur Brewer, fils du directeur des moulins, ayant l'occasion de se rendre chez des parents qui habitaient une ville du New- Hampshire, où il avait fait son éducation, porta une bouteille de pétrole à son ancien professeur le docteur Crosby, du collège de Darlmouth, pour lui demander s'il n'y avait rien à faire d'une substance douée de propriétés si extraordinaires, si semblable à l'huile de pierre, dont chacun parlait avec tant
d'enthousiasme, et que Ton vendait facilement à raison de 1 fr. 20 par lilre.
Le docteur Crosby reçut quelques temps après la visite d'un jeune avocat de New-York nommé Bissell, à qui il montra la fiole d'huile qu'il avait encore dans son laboratoire ; il sacrifia môme une partie du liquide pour lui donner le plaisir de la voir brûler dans une lampe venant d'Europe. Enthousiasmé par réclat de la flamme, Bissell se rendit à Titusville avec le fils de M. Crosby, inspecta la source, et créa une compagnie générale des pétroles, au capital de I 250 000 francs, divisé en 10 000 actions. Deux mille actions, et la somme de 5 mille dollars, furent payés à MM. Brewer-Watson et Cie, pour le prix de la Source qu'ils apportaient.
Mais le règne des rois d'huile ne devait pas commencer sans que les fondateurs de ces dynasties, plus nombreuses que celles des Pharaons, aient à lutter contre d'étonnantes difficultés.
Malgré la faveur, avec laquelle une substance douée d'un pouvoir éclairant aussi remarquable était accueillie par le public, la quantité d'huile que l'on recueillait enécumant, soit le fleuve de l'huile, soit la saumure tirée des profondeurs de la terre, était tellement faible, qu'on ne pouvait la faire servir à aucun usage économique ou industriel.
Le procédé que nous avons signalé, de multiplier les surfaces de contact en réunissant par des tranchées transversales les fossés d'imprégnation creusés le long du fleuve de l'huile, ne donnait aucun résultat sérieux. La seule méthode industrielle, qui
eut réellement de Tavenir, était de creuser des puits à Taide desquels on put amener Thuile déjà toute séparée de la saumure. En un mot le problème était dMntroduire la sonde dans un endroit où elle put rencontrer une de ces crevasses souterraines où rimile s'accumulait naturellement. Benjamin Silliman, consulté par l'avocat Bissel, avait donné ce conseil; mais il fallait trouver des actionnaires assez hardis pour le mettre à exécution. MM. Pierpont et Havens, persuadés avec raison que ces précieux dépôts naturels devaient se trouver dans les lieux mêmes où l'on ouvrait les tranchées, proposèrent à la Compagnie de prendre; pendant quinze années, la ferme des sources pétrolifères, d'y creuser à leurs risques et périls tous les* puits artésiens qui seraient nécessaires à l'exploitation, et en échange de payer, à titre de redevance, quinze centimes par litre d'huile recueilli pendant toute la durée du bail. Malheureusement, ces hommes clairvoyants ne purent réunir la somme nécessaire pour commencer les opérations dans le délai d'un an, et en vertu d'une clause résolutoire le marché fut annulé. Bissell, qui était devenu directeur de la Compagnie, dut penser à trouver un autre concessionnaire. Il jeta les yeux sur un certain M. Drake, newyorkais peu instruit, mais fort actif, qui frisait la cinquantaine, et, depuis sa jeunesse, menait une existence vagabonde, panachée; dans les différentes parties de l'Union. Tantôt commis voyageur, tantôt employé dans un hôtel, tantôt conducteur de chemin de fer, il avait économisé quelques écus. M. Drake
arriva à Titusville, décoré du titre de « colonel » dont on l'avait affublé, pour lui permettre de récolter plus facilement les fonds dont il avait besoin. Mais le premier acte de ce colonel d'industrie fut, en prenant possession de son régiment, d'exiger que Ton réduisit la redevance à cinq centimes, le tiers de ce qu'elle était dans le premier contrat.
Mais les spéculateurs, qui marchandaient avec tant d'âpreté la quotité de la redevance, qui se tiraient le poil avec ttint d'acharnement, comprenaient fort bien la nécessité de garder le Secret, et pour éviter d'attirer l'attention des concurrents sur leur tentative, ils faisaient les publications légales dans le journal d'un des plus petits villages du pays!
Bientôt on s'aperçut que la compagnie manquait d'argent, car les fonds n'arrivaient pas à Titusville avec toute la régularité désirable. Les sondeurs qu'on employait n'avaient aucune confiance dans une entreprise qui leur paraissait sur la route de la faillite, et ils désertaient chaque fois qu'un saunier leur proposait d'ouvrir un puits de saumure. Au point de vue technique les affaires ne marchaient pas mieux. Le terrain dans lequel on forait les puits
d'huile était sablonneux et s'éboulait. Vainement
on avait essayé de construire un cuvelage, il avait été emporté. L'entreprise paraissait donc désespérée, lorsque Drake eut une idée de génie : il imagina d'enfoncer dans le sable mouvant un tube de fer qui lui permit d'atteindre le roc solide, et dans lequel il ferait passer les tiges à Taide des-
quelles il faisait tourner sa tarière, ce qui lui permettrait de continuer à creuser.
Le premier signe d'un changement de fortune fut de rencontrer un ouvrier fidèle dont l'histoire a conservé le nom : c'était un certain Smith qui, ayant déjà travaillé pour M. Kier, n'était pas tout à fait étranger au métier, puisque ce charlatan cherchait une saumure mélangée d'huile afin de « l'écumer »• Vers la fin du mois d'août 1855, un samedi soir, le père Smith parvint à faire passer le tube de Drake à travers 36 pieds de sables mobiles qui auraient offert une barrière infranchissable avec les anciens procédés. Alors il se mit à tourner lentement l'outil, 'à l'aide du manche qu'il tenait à la main, opération qui n'offrait plus aucune difficulté, et la sonde avançait régulièrement d'environ un mètre par jour. Tout d'un coup, s'aperce vaut que la tige enfonçait toute seule, le père Smith crut qu'il était arrivé quelque accident et que la tarière s'était brisée. Il attacha précipitamment tous ses outils et alla se coucher remettant au lundi l'examen de ce qui était arrivé. Cependant comme la nuit porte conseil, il se dit que peut-être il avait rencontré une des poches à huile que le colonel dierchait, et dont il n'avait jamais entendu parler sans hausser les épaules.. En conséquence, au lieu d'aller au prêche, il retourna à son puits, descendit d'une main émue un sceau d'étain dans le fond du trou et le releva. Quelle ne fut pas sa joie de voir qu'il était rempli du liquide précieux, qui s'était accumulé tout seul dans une caverne souterraine
dont la tarière avait percé le plafond. La prévision du savant Sillimann était réalisée de la façon la plus brillante.
Quoique Smith ne fut pas ce qu'on appelle bavard, la nouvelle fut connue dans le village avant la fin de la journée. Le lundi matin, il y avait foule autour du puits où le père Smith et ses deux enfants retiraient de l'huile à pleins sceaux. Us ne tardèrent pas à remplir plusieurs barrils aux yeux des campagnards stupéfiés, commençant à comprendre instinctivement, que le hasard les rendait témoins de quelqu'immense événement.
Comme le télégraphe électrique avait déjà pris un développement immense, on peut dire sans aucune exagération que la nouvelle de la découverte de Drake, se répandit dans toute l'Amérique avec la rapidité de la foudre. De toutes les parties de l'Union accoururent des individus, hardis, déclassés, entreprenants, décidés à tout, même au travail si l'on ne pouvait arriver à la fortune autrement. L'on assista à une course au clocher, analogue à celle dont la Californie avait été l'objet, lors de la découverte des mines d'or, et que nous avons vu se reproduire quand on a trouvé les champs de diamant de l'Afrique ausirale. De ces spéculateurs, Bissell fut un des plus actifs, des plus heureux. Il acquit rapidement une immense fortune et se plaça à la tête des rois d'huile. Il les représenta à New-York et à Philadelphie lorsque des politiciens proposèrent de créer des taxes locales, qui auraient paralysé le prodigieux essort d'une industrie, à laquelle ces
deux grandes cités doivent la majeure partie de leur prospérité. En outre, il organisa la première compagnie de chemin de fer, créée dans le but de rattacher au réseau américain, une contrée où se développaient avec une rapidité qui nous parait aujourd'hui fabuleuse, des richesses, pareilles aux trésors que décrivent les Mille et une Nuits.
Les bords charmants des torrenis arrosant les racines des arbres séculaires, où les derniers des Mohicans avaient poursuivis les daims, où Bas-de- Cuir avait si souvent essayé sa longue carabine, changèrent complètement d'aspect. Une multitude de trains traversèrent dans tous les sens ce pays agreste, où naguères il n'y avait d'autres véhicules que les radeaux de bois descendant vers le lac Erié. Des puits d'extraction remplacèrent les cabanes de charbonniers qui animaient ces gracieux paysages. L*odcur pénétrante du pétrole absorba le parfum des plantes sauvages, et des futaies déjà séculaires à l'époque où la May-Flower amena d'Europe les Pilgrin Fathers.
En 1861, deux ans après l'ouverture du puits Drake, une cité populeuse occupait l'emplacement de la seule ferme qu'on trouvât dans les environs de ce centre d'attraction, Clintockville immortalisait le nom de l'heureux propriétaire qui sans avoir été exposé aux mêmes vicissitudes que les sondeurs ou pris la peine de manier la tarière, avait détourné un filet de ce Pactole. Au lieu de perdre son temps à chasser l'huile, il avait eu le bon sens de se borner à exploiter les chasseurs d'huile de toutes les ma-
nières possibles et s'était retiré des affaires, possesseur d'une jolie collection de millions, qu'il avait gagnés sans jamais se laisser aller à acheter un seul puits.
Le contre-coup de ces événements prodigieux, inattendus, rapides, prouvant combien l'esprit humain a de peine à marcher dans la voie du progrès, ne devait point tarder à se faire sentir en Europe, et surtout en France, où l'industrie du pétrole était parvenue à triompher des difficultés du début, et avait pris un développement remarquable. En effet, les statistiques du ministère du commerce accusent une production de 12 000 tonnes, provenant en partie des schistes d'Autun pour l'année 1858.
Malheureusement les doctrines des Économistes, qui avaient si peu patriotiquement justilié le lâche abandon des colonies françaises, au dix-huitième siècle, et qui, au dix-neuvième, proclamaient à Paris les principes du libre-échange dominaient dans les conseils de l'État; on laissa entrer les huiles américaines, qui devinrent rapidement populaires, aux dépens des huiles nationales.
La consommation française s'accrut immédiatement dans une proportion considérable, mais la production du pétrole français périclita. Elle tomba à un chiffre insignifiant, et ne se releva que lentement, péniblement ; les travaux de recherches furent poussés d'une façon si peu sérieuse qu'on ignore encore si notre pays renferme réellement (^es ressources comparables à celles des contrées les plus favorisées. On peut dire sans aucune espèce d'exagé-
ration, que grâce à la domination d'une secte, qui pour être laïque n'en cherche pas moins à devenir intolérante et obligatoire, les développements d'une industrie créée au centre de la France, ont été paralysés par les progrès dont on avait pris l'initiative en France, et qui s'étaient accomplis dans une région que la France avait longtemps possédée! On peut ajouter que, pour comble de malheur, les gisements de Pétrole qui paraissent les plus importants nous ont été enlevés à la suite des malheurs de l'année terrible. Car c'est en Alsace-Lorraine que la nature les a placés. Heureusement, il semble, par des motifs que nous examinerons ultérieurement, que de nouvelles terres françaises permettront de réparer glorieusement ces pertes, et que l'on découvrira des dépôts de pétrole, soit au Tonkin, soit en Algérie.
La compagnie des Pétroles de Pensylvanie fut longtemps sans prendre une part directe à la moisson de millions, qu'une multitude de spéculateurs ramassaient à ses côtés, on eut dit que la Fortune tenait à bien montrer qu'elle est aveugle, en tenant systématiquement ces pionniers de la première heure, à l'écart de toutes ses faveurs. Cette corporation infortunée ne cessait de découvrir de nouvelles sources d'huile, mais aucune n'était abondante. La dépréciation dans la valeur du Pétrole, qui était le résultat fatal des succès de ses rivaux, pesait de tout son poids sur les cours, et faillit amener la fermeture de ses ateliers. Heureusement ses ingénieurs trouvèrent enfin derrière une
couche de granit, d'une dûi'ct6 extiaoï'dinaiic et