‹ Le peuple algérienChapitre 10 sur 29 · I.K PEUPLE W.'.i · texte numérisé non relu

I.K PEUPLE W.'.i

régénération des Arabes Algériens. Les statistiques judiciaires confirment pleinement cette manière de voir. Elles montrent les Indigènes de plus en plus empressés à rechercher notre justice. Plus de la moitié des affaires jugées par la Cour d'appel d'Alger sont des affaires musulmanes.

Combien n'y a-t-il pas d'Arabes qui désertent le prétoire des Cadis et qui vont chez les notaires passer les actes, ou par-devant les tribunaux de première instance et de commerce faire vider leurs différends !

Dans ces derniers temps le nombre proportionnel des affaires entre mulsumans portées devant les tribunaux a presque triplé : 115 sur 1.000, au lieu de 40 sur 1.000 en 1872. Remarquez d'autre part que celui des causes dans lesquelles les musulmans sont engagés avec des Français ou d'autres Européens a également suivi un mouvement ascensionnel.

Est-ce que cette confiance dans la justice française ne parle pas assez haut? Ces procès mêmes, entre Français et Arabes, ne portent-ils pas avec eux un enseignement fécond ? Ne nous indiquent-ils pas que le mélange des deux races n'est pas aussi impossible qu'on le prétend? Le sentiment de la justice, le goût des affaires, voilà deux traits caractéristiques que nos Indigènes présentent aux regards de l'observateur. Voilà ce que nous oublions par trop facilement, quand il s'agit de régler leurs rapports soit entre eux, soit avec nous. C'est ainsi qu'aujourd'hui encore le Conseil d'Etat examine un projet de décret sur la justice musulmane préparé par le premier président de la Cour d'appel d'Alger, qui constituerait, s'il était adopté, un véritable anachronisme.

Quand nous déciderons-nous à substituer nos lois à une législation énervante et notre magistrature à des juges déconsidérés aux yeux mêmes de leurs coreligionnaires ?

On s'est donc singulièrement mépris sur les difficultés d'un rapprochement entre les Indigènes et les Colons. Dès qu'on interroge les faits sans parti pris, leurs réponses sont favorables à la politique d'assimilation.

Le temps n'est pas loin où le gouvernement et l'opinion accorderont à ces idées toute l'attention qu'elles réclament (l).

(1) J'ai plaisir à invoquer le témoignage des instituteurs du département d'Alger. Ces honorables et modestes fonctionnaires ont examiné en réunion générale la question de l'instruction des Arabes et des Kabyles.

De nombreux laits puisés a la source de l'expérience et de la connaissance de chacun leur ont démontré que les uns et les autres étaient non seulement susceptibles d'apprendre notre langue, mais de plus qu'ils désiraient et cherchaient a l'acquérir. Les moyens pratiques leur avaient seuls manqué jusqu'à ce jour. (Journal du Petit Colon, 1" avril 1883.)

Page 1