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LE VILLAGE

Parcourez l'Algérie. Dans l'espace d'un jour vous rencontrerez le village français, le douar arabe, le village kabyle. Quel contraste ! Leur aspect suffit à vous révéler l'histoire, les moeurs et les intentions des trois races.

Echelonné contre la croupe rapide de la montagne, perché sur un piton ou sur la crête étroite du contrefort, voici le village kabyle. Pour y arriver il a fallu suivre des sentiers difficiles. Ses maisons en pierre, presque sans ouverture, sont tellement serrées et entassées, qu'elles semblent n'en faire qu'une. C'est une habitation, mais c'est en môme temps une forteresse, armée contre l'étranger, armée aussi contre le voisin plus immédiatement dangereux.

Plus bas dans la plaine vous apercevez les tentes en poil de chameau, ou les gourbis rustiques, bordés d'une ceinture de cactus et groupés autour de la demeure du cheik. C'est le douar. Les habitants n'ont

que de faibles attaches au sol. On les sent dominés par la nécessité de lever rapidement le campement.

A quoi bon creuser des fondations ou étendre sa culture quand on peut être surpris par la terrible razzia, plus dévorante que le siroco?

Entrons dans le village français.

La civilisation en a tracé la route, puis elle y a élu domicile. Par lui, elle domine le pays et le colonise. Par lui elle affirme son droit et sa supériorité. Instrument de domination, le village français devient en cas de soulèvement un centre de résistance et de ravitaillement.

Agent de civilisation, il préside au mélange des intérêts. L'Indigène y vient louer ses bras, y vendre ses produits, y puiser l'enseignement agricole. Il y cherche protection aux années de famine et l'y trouve. Dans le Sud, le village français hâtera l'abandon de la vie nomade que les Arabes ont embrassée moins par goût que par nécessité.

Le législateur de 1851 a donc bien compris le rôle du village lorsqu'il en a fait une cause d'expropriation spéciale à l'Algérie.

L'importance de ce rôle n'a pas davantage échappé aux nombreuses administrations qui se sont succédé.

Mais il faut bien le dire, presque toutes ont méconnu les conditions essentielles de cette utile création. Faute d'un plan d'ensemble arrêté dès le début, que de fausses manoeuvres ! Qui ignore à quel point les lots ont été morcelés? Quede foison a signalé l'inconvénient des trop grandes distances entre le lieu d'exploitation et l'habitation du Colon !

A quelles critiques n'ont point donné lieu les empla-

céments de certains villages, qui, au lieu d'être placés au centre du territoire, ont été situés sur le périmètre, à une extrémité ?

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