LES CIRCULAIRES DK M. TIRMAN ET LE JOURNAL « L AKHBAR
M. Tirman lui-même s'est vu dans la nécessité de proclamer les abus auxquels donne lieu le droit de concéder tel qu'il est exercé par l'administration. A peine avait-il pris les rênes du gouvernement général qu'il écrivait aux trois préfets algériens les circulaires du 4 janvier et du 2 février 1882. Il parle dans la première des nombreuses compétitions dont les lots de ferme sont l'objet. Il s'émeut des récriminations passionnées que soulèvent les choix faits par l'administration de la part des pétitionnaires qui sont écartés. Comment s'y prendre pour les faire cesser ? Le Gouverneur compte y arriver très simplement. On distinguera entre les lots de ferme constituant des groupes isolés et ceux qui sont compris dans le périmètre d'un village. Les premiers continueront à être l'objet de concessions gratuites. On les accordera de préférence aux pétitionnaires qui, possédant des ressources assez importantes, s'engageront à résider personnellement sur leurs terres.
Quant aux seconds, comme ils sont les plus recherchés en raison dos commodités de toutes sortes existant dans le village dont ils sont à proximité, ils seronl vendus aux enchères publiques à certaines conditions énumérées dons un cahier des charges.
<>ii no voit, pas bien comment la distinction qui
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précède étouffera les récriminations. Qu'importe que la concession ne porte plus que sur les fermes isolées au lieu de porter sur l'ensemble ? Il suffira que, parmi les demandeurs, quelques-uns soient évincés, pour que, à tort ou à raison, les choix de l'administration donnent prise à la critique.
La circulaire du 2 février enseigne aux préfets les principes qui doivent les guider dans l'appréciation des titres des demandeurs. Elles sont innombrables les circulaires qui se sont proposé le même objet. A quel degré d'oubli faut-il que nos gouvernements aient laissé tomber les questions coloniales pour que nous voyions après plus d'un demi-siècle de colonisation les matières les plus graves, de l'intérêt le plus vital, être régies par de simples circulaires !
M. Tirman essaie de réagir contre les abus et il en signale un certain nombre toujours les mêmes. Voici les anciens serviteurs de l'Etat. Ils considèrent comme un droit d'obtenir une concession de terres. L'Etat a d'autres moyens de récompenser leurs services ; il convient de se mettre en garde contre cette prétention.
Voici ensuite des pétitionnaires qui. n'ayant aucune aptitude spéciale, s'imaginent volontiers qu'ils feront d'excellents colons. Dès qu'il sont nantis de leur concession, ils entrent en arrangement avec les Indigènes pour leur louer leurs terres jusqu'au moment où, ayant obtenu le titre définitif de propriété, ils peuvent aller n'importe où jouir de la rente que l'Etat leur a constituée.
M. Tirman fait l'esquisse de divers autres genres de pétitionnaires et il conclut en disant que ce sont de-
agriculteurs de profession qu'il nous faut, car eux seuls vivront et résideront dans les nouveaux centres.
Et il décide que le Gouverneur général aura seul le droit d'attribuer toutes les concessions.
Si par ce moyen le Gouverneur pense qu'il ne se glissera plus d'abus dans le choix des concessionnaires, que faut-il le plus admirer, son stoïcisme ou sa pénétration? Il y a, paraît-il , dans ses mains, vingt-cinq mille demandes de concessions. Toutes ont été classées. Est-ce lui personnellement qui a fait ce classement ou sont-ce les bureaux ? Si c'est le Gouverneur, montrez-moi la barrière qui le rendra inaccessible à l'intrigue et à l'erreur. Si ce sont les bureaux, l'expérience nous dispense de plus amples recherches. Nous en connaissons l'esprit.
Je choisis un l'ait entre mille. Le journal VAkbar, dans son numéro du 22 février 1882, a rapporté ce qui suit : Un individu a pu obtenir le titre définitif d'une concession de cent hectares sans quitter la France. On a dû, pour ce faire, viser un procès-verbal mensonger constatant qu'il avait installé un fermier et fait pour 16.000 l'r. de constructions. La concession a été vendue à un Indigène 40.000 l'r. payés d'avance. La chose s'est passée ;'i la préfecture de Constantine. Invité par le journal la Keyboa.se de Bône ii démentir ces t';iiis, l'administration a cru devoir garder le silence. VAkbar ajoute : „ Combien de concessions mil été • livrées en pâture aux courtiers électoraux et aux " clients des puissants du joui' ! »
Examinons maintenant le système de concession dans ses rapports immédiats avec le peuplement.
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