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CHAPITRE VIII

l'autonomie

Nous avons dit de quels éléments se compose la théorie autonomiste. Elle affirme que l'Algérie ne saurait être libre et prospère qu'à la condition de faire elle-même ses lois et d'organiser son administration. Une constitution propre à l'Algérie, un budget spécial, un parlement colonial, voilà sa formule.

Elle a ses organes dans la presse el non des moins importants. Elle a constamment recherché la faveur des conseils locaux. Elle y a parfois réussi. A certains indices on pourrait croire que la haute administration a eu pour elle de secrètes sympathies. Elle a même essayé de se faire accepter par les pouvoirs publics. Elle y a toujours échoué.

L'idée autonomiste a eu de bonne heure pour soutien le plus ancien et le plus répandu des organes de la presse algérienne. Comme tous les journaux, l'Akhbar a subi, durant le cours d'une carrière déjà longue, des influences diverses dans ses allures politiques. On le voit tour à tour autoritaire, libéral, dévoué aux intérêts du gouvernement général et de l'archevêché et défenseur zélé de la cause démocratique.

L'assimilation et l'autonomie ont alternativement régné dans ses colonnes au gré des directeurs qui se sont succédé. Malgré ces variations, il est visible

que le principe autonomiste exerce sur cette feuille un attrait particulier. A vingt ans de distance, c'est l'autonomie qu'en y enseigne. En 18G4 comme en 1883, sous la plume de deux hommes bien différents, c'est toujours le même idéal (pion y préconise. Ce qu'on veut c'est la création d'une assemblée élective, un conseil supérieur qui serait un véritable parlement comme ceux du Canada et de l'Australie (1).

Telle est l'idée principale qu'une fraction importante de la presse algérienne s'est donné la mission de faire prévaloir (2 .

Sous cette impulsion, l'autonomie a tenté de s'imposer à l'attention du législateur et du pouvoir exécutif, tantôt sous la l'orme de pétitions, tantôt sous celle de vœux.

C'est ainsi que le sénat de l'empire fut appelé à connaître d'une pétition revêtue de deux mille signatures environ, demandant en premier lieu la création à Allier d'une chambre coloniale élective composée d'un nombre égal de députés pour chaque province. Pour toute réponse le sénat ordonna le dépôt de la pétition au bureau des renseignements (3).

Le rapporteur, il est vrai, flattait les espérances autonomistes en affirmant que le gouvernement travaillait à remplir à bref délai les obligations de l'article ■.'7 de la Constitution qui avait promis une constitution définitive de l'Algérie.

La pétition renfermait en outre un grand nombre

(1) Aklibar 1 août 1881, 21 juin 1864.

(2) !.■' petit Colon, lepetit . : . etc.

lance du 18 juin \8G2. M. Hubert Uelisle. rapporteur.

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d'objets qui prouvaient que les idées assimilatrices étaient plus puissantes sur l'esprit des autonomistes qu'ils ne le pensaient eux-mêmes. Election des Conseils municipaux et généraux, naturalisation des étrangers et des Indigènes, organisation de la commune même en territoire militaire, assimilation de la magistrature algérienne à la magistrature française par l'inamovibilité, assimilation du barreau par la séparation de la postulation et de la plaidoirie, assimilation des offices ministériels par la vénalité, création du jury en matière criminelle et en matière d'expropriation : autant de points dont se composait cette pétition moitié autonomiste moitié assimilatrice.

Le vœu d'un parlement colonial a été émis par le Conseil général de Constantine et il a été annulé par un décret en date du 9 avril 1872.

C'était le temps où l'Algérie goûtait les douceurs du régime civil sous les auspices de M. l'amiral de Gueydon, investi par M. Thiers des fonctions de Gouverneur général civil, comme si le mot devait entraîner la chose ! L'amiral Gueydon et les autonomistes vivaient en bonne harmonie.

L'amiral était ambitieux. 11 rêvait d'une organisation où le Gouverneur aurait joué le rôle d'un chef d'Etat. Je trouve la trace de cette préoccupation dans un rapport qu'il adressait le 30 octobre 1872 au président de la République.

Etudiant la façon dont les services publics algériens élaient reliés au gouvernement métropolitain , il remarquait que les uns, comme la justice, en dépendaient absolument sans que le Gouverneur général y eûl action; que d'autres, tels que les forêts, les

domaines, en étaient au contraire indépendants, placés qu'ils étaient, sous la main du gouvernement algérien ; d'autres enfin, comme les postes, faisaient l'objet d'une sorte de traité réglant les rapports qu'ils ont à entretenir avec l'administration métropolitaine . M. l'amiral Gueydon déclarait que là était la vérité. Tous les services algériens auraient dû être l'objet de traités avec le gouvernement métropolitain.

Si le parlement colonial eût été consenti par la métropole, il pensait bien s'en rendre le maître. Aussi le vœu ne fut-il annulé que malgré lui. Ce n'est pas la seule fois, d'ailleurs, que l'on verra le gouvernement général avoir des égards pour le système autonomiste. Ce système était loin d'effrayer le général Chanzy. Sa proposition de faire des sénateurs et des députés de l'Algérie des membres de droit de son conseil supérieur était un pas vers l'autonomie. Il n'eût pas manqué de protester si la remarque lui en avait été faite. Il aimait, au contraire, à se dire assimilateur progressiste. Mais il ne pouvait s'y tromper. L'assimilation progressive faisait tomber pièce par pièce l'édifice du gouvernement général. Il était trop intelligent et. trop homme d'autorité pour no pas le voir et pour ne pas le regretter. Aussi, ses actes furent-ils le plus souvent en opposition avec ses déclarations. Il faisait de l'assimilation progressive le moins possible, car elle eût ruiné infailliblement, bien que lentement, le système de gouvernement qui lui était cher et dont il était après tout la haute et brillante personnification.

L'empire qui, à son début, avait fait une déclaration que n'aurait pas répudiée la doctrine autonomiste, en

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promettant une constitution à l'Algérie, l'oublia au temps de sa prospérité et ne s'en souvint qu'à la veille de sa chute. Nous avons de lui un projet suivant lequel le Gouverneur aurait dû avoir rang de ministre. Le conseil supérieur aurait été exclusivement composé de membres élus par les conseils généraux et aurait voté le budget spécial. La magistrature algérienne serait devenue inamovible. L'Algérie aurait eu des députés. A côté de ces dispositions, il en était d'autres qui étaient ostensiblement anti-libérales et anti-progressives. Par exemple, le droit de suspendre le conseil supérieur conféré au Gouverneur général en conseil de gouvernement, la dissolution étant réservée à l'Empereur. On consacrait la distinction des territoires par la création de départements civils et de départements indigènes.

A peine connu, ce projet fut vivement critiqué par la presse algérienne ; l'opinion fut unanime pour le repousser. Ce n'était pas au nom de l'autonomie qu'elle réclamait. Le projet était réprouvé parce qu'il annonçait la volonté de s'écarter des conditions de l'assimilation. Le travail de la commission que présidail M. le maréchal Randon et dont M. Behic était le rapporteur, avait paru en janvier 1870. Deux mois après, le Corps législatif émettait un vote qui en était la condamnation formelle.

En 187:)>, nouvelle tentative pour doter l'Algérie d'une constitution. D'où part cette tentative? De la droite de l'assemblée nationale. Elle ira se briser contre l'opposition infatigable de la représentation algérienne. M. Crémieux et M. Lambert s'accordent pour déclarer qu'une constitution n'est pas nécessaire.

« Nous avions désiré que le sort de l'Algérie fût décidé par des lois, c'est-à-dire par l'Assemblée, et qu'alors l'empire des décrets ne s'étendit pas au delà de ce que doivent être les décrets dans un gouvernement comme le nôtre. C'est pour arriver à ce résultat si important que nous avons présenté un projet de loi ainsi conçu :

Article unique. — Jusqu'à la promulgation d'une loi sur l'administration générale de l'Algérie, aucune modification ne sera portée aux institutions et lois qui la régissent actuellement, que par des lois spéciales (1). »

« Au régime des décrets qui alarme tous les esprits sérieux par ses allures arbitraires et mouvantes, nous demandons que l'Assemblée nationale substitue enfin et définitivement le régime de la loi, le seul qui soit digne du respect des citoyens, de la grandeur des intérêts engagés et des prérogatives de l'Assemblée nationale (2). »

Le département d'Oran passe pour être le boulevard de l'autonomie. Or, écoutez ces paroles :

« Le mot d'autonomie est devenu de mode. On trouve dans la profession de foi de notre nouveau collègue la définition hardie de ce substantif algérien qui n'a chance de s'imposer à la métropole qu'à la condition de se faire naturaliser français. Eu attendant la solution de cette question qui n'aura jamais peutêtre l'honneur d'un débat dans les Chambres, ne perdons pas de vue que l'Afrique ne peut et ne doit

(1) M. Crémieux. séance du 14 juin 1XT:: î .M. Alexis Lambert, note remise ii la Commission.

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être que le prolongement de la France, la France prolongée. »

Qui parle ainsi ? C'est M. Picat, s'adressant au Conseil général d'Oran, en sa qualité de Président (1).

Plus tard, dans le même département, un énergique colon, un des plus fougueux porte-drapeau de Tautonomie, déposait sur le bureau du même Conseil un vœu demandant que le nouveau régime administratif de l'Algérie fût établi sur les principes les plus larges de décentralisation et de liberté communale (2).

L'autonomie ramenée à la décentralisation c'est une abdication. Ce n'est pas nous qui nous en plaindrons. Sur ce terrain, assimilateurs et autonomistes peuvent se donner la main. Ainsi envisagé, le débat perd son caractère local et acquiert l'importance d'un intérêt national. Il s'agit, pour tout citoyen français, qu'il soit sur le continent ou sur le territoire des colonies, d'obtenir que les intérêts locaux soient affranchis de la tutelle administrative.

Pas de liberté sans cela. Avec le gouvernement d'aujourd'hui la centralisation administrative est un non-sens. Le mot de ralliement est celui-ci : assimilation politique, décentralisation administrative.

Nous avons passé en revue, aussi rapidement que possible, les manifestations auxquelles ont donné lieu les deux principes opposés. Que ressort-il de cette comparaison ?

C'est que l'assimilation l'a toujours emporté sur l'autonomie, auprès de l'opinion.

il) Séance du 2 octobre 1876.

: mai 1879. Rapport de M. Cély au conseil général d'Oran.

Les rares partisans de l'autonomie ont Lien pu quelquefois entraîner à leur suite un certain nombre d'adhésions. Eu Algérie leur influence n'a jamais dépassé un cercle assez étroit : en France elle a toujours été nulle.

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