PROTECTEURS ET PROTEGES
Pour les colons, ce sont des deuils irréparables et des pertes matérielles qui, après les indemnités payées, n'en sont pas moins cruelles.
Si chaque insurrection se résout invariablement par un pas en avant de la colonisation, si .le séquestre fait affluer de temps en temps les ressources territoriales qui semblaient devoir tarir, n'allez pas vous réjouir de l'insurrection, ne vous croyez pas obligés d'applaudir au séquestre. Ce sont là des extrémités qui accusent l'ignorance et l'inertie des gouvernants. Dites-vous que plus de prévoyance et d'application suffiraient à pourvoir par des procédés réguliers aux besoins d'une colonisation active.
Il serait temps d'étouffer l'esprit d'insurrection en supprimant les griefs dont il s'autorise.
Le mauvais gouvernement ! voilà le risque contre lequel Indigènes et colons devraient également s'assurer. N'en souffrent-ils pas au même degré ?
D'où viennent leurs maux si ce n'est de cette source commune ?
Etrange situation que celle du gouvernement de l'Algérie placé entre deux sociétés qui, avant d'entrer en lutte, semblent se retourner vers lui pour lui dire : « Du moment que tu es incapable de nous assurer la protection que tu nous dois, permets que nous nous arrangions pour nous protéger sans toi et malgré toi. » Vous entendez certains indigènes tenir ce langage : « Quand la colonisation réclame « des terres, ne saurait-on lui en procurer sans nous « priver des nôtres? La police et la justice sont encore « faites de telle sorte que, dans bien des cas, pour « un coupable qui échappe, on s'expose à punir cent
« innocents. Dans quelle mesure a-t-on supprimé les <( abus de l'administration indigène? Les exactions « des caïds, les prévarications des cadis, nous en « souffrons toujours. On n'entend plus nos plaintes « contre les. bureaux arabes, soutiens de nos grands (( chefs, mais combien d'administrateurs civils qui - n'en reproduisent que trop souvent les allures et « les défauts ! D'où vient que notre sort change si « peu? S'il est vrai que l'opinion soit la puissance du « jour, c'est à elle que nous en appelons. »
Puis les colons élèvent la voix : « On nous invite « à vivifier par le travail un pays inculte, à venir « peupler de nouveaux villages. Bien-être et liberté, « telle sera la récompense de nos efforts. Décevantes « promesses ! Une fois arrivés et après une ruineuse « attente, que nous dit-on ? « Les terres font défaut. » « Nous voyons de plus que la petite quantité de celles « qui sont disponibles, au lieu d'être attribuées au « plus capable, ne sont, le plus souvent que le prix « de la faveur. Si du moins nos propriétés et nos « personnes étaient suffisamment garanties ! Con- « naissez-vous un bien plus précieux que la sécurité? « Que de fois ne nous Ta-t-on pas promise ! Voyez « cependant ! les attentats succèdent les uns aux « autres sans interruption. Et l'administration! Quel « discernement apporte-t-elle à l'emploi de ses « budgets ? Où sont les économies de personnel ? « Quand obtenez-vous la prompte expédition d'une « affaire? »
Voilà, au fond, Les sujets de mécontentement qui s»1 trouvent dans la résolution prise de paît et d'autre. Indigènes et colons, sous le coup de déceptions