LES ARABES DU MOYEN AGE
Le doute subsiste en ce qui touche les Arabes. A ceux qui les considèrent comme frappés d'une déchéance intellectuelle et morale originelle et comme impénétrables à l'action des idées modernes, enfermés qu'ils seraient dans le Coran comme dans une prison, l'histoire se charge de répondre.
Pendant le moyen âge, lorsque l'Europe est envahie par les peuples du Nord, eux sont les gardiens de la science qu'ils s'efforcent d'agrandir en cultivant la philosophie et en étudiant la nature.
La première impulsion leur est donnée par le calife
(1) u Les Kabyles, ces hommes laborieux, attachés à un sol souvent ingrat, mais admirablement cultivé, demandent d'eux-mêmes des écoles françaises et offrent leurs enfants pour nos collèges. » — M. de Salve, Recteur de l'Accadémie d'Alger. Discours à la distribution des prix du Lycée, 28 juillet 1873.
Abou-Giafar-Almanzor. Ils fondent l'école de Bagdad. Les Arabes possédèrent à cette époque une activité remarquable. A l'opposé des Israélites, leur caractère les porta à se fondre avec les peuples vaincus. Ils apportèrent avec eux leur religon, une langue perfectionnée et les fleurs d'une poésie dont s'inspirèrent plus tard en province les troubadours.
Ils portèrent les arts mécaniques à un haut degré de perfection.
Exemple : l'horloge à eau envoyée à Charlemagne par Haroun-el-Raschid. Un observatoire remarquable existait à Bagdad. Deux astronomes, Send-ben-Ali et Khalet-ben Ab-delmalek, prirent la mesure d'un degré du méridien et l'on vit les travaux de Ptolémée soumis à des rectifications par des Arabes qui rédigèrent trois tables sur les mouvements des planètes. L'école de Bagdad obéit à un esprit réellement scientifique. Les maîtres enseignent à marcher du connu à l'inconnu, à se rendre un compte exact des phénomènes et à n'accepter que ce qui a été démontré par l'expérience, méthode qui, plusieurs siècles après, a valu aux modernes leurs plus belles découvertes. L'application de l'algèbre à la géométrie est due à Thébit-ben-Corrah mort en 900 de l'ère chrétienne. A la fin du xe siècle, l'école de Bagdad fut emportée dans la tourmente qui amena les Croisades et l'invasion des Mongols. Mais alors brille le Caire et plus tard Cordoue. En 1040, le Caire possédait 600 manuscrits de mathématiques et d'astronomie et de plus deux globes célestes fabriqués l'un par Ptolémée et l'autre par Abderraman- Soufs.
L'Orient nous cache bien des manuscrits, et c'est
une erreur de croire que les Arabes ne se sont pas élevés au-dessus des rêves astrologiques.
Leurs efforts n'ont pas été étrangers au développement des connaissances humaines et leur exemple a servi à la renaissance des lettres et des arts en Europe.
A Cordoue les Califes favorisèrent le mouvement littéraire. Les nouvelles de Hariris, les fables de Lokman, le recueil des Mille et une nuits, témoignent du goût littéraire et de l'imagination des Arabes.
Les principales villes avaient de riches bibliothèques et des collèges où les mathématiques étaient enseignées. Notre système de numération appartient aux Arabes ainsi que l'usage des chiffres. La trigonométrie est la partie de la science qu'ils traitèrent avec le plus de soin, à cause de ses applications avec l'astronomie ; la géométrie descriptive ne leur doit pas moins. Ils firent des travaux considérables sur l'optique. Citons l'optique d'Alhazen qui offre des réflexions judicieuses sur la réfraction et sur les miroirs, sur la grandeur apparente des objets et le grossissement du soleil et de la lune vus à l'horizon. On connaît la date des premiers emprunts faits par les Latins aux Arabes. Voici quelques dates : en 980, Gerbert, plus tard pape sous le nom de Silvestre II, introduisit les connaissances mathématiques qu'il avait puisées en Espagne. En 1128, l'Anglais Adhélard rapporta d'Egypte les éléments d'Euclide qu'il avait traduits de l'arabe. En 1200, Léonard de Pise compose un traité sur l'algèbre qu'il avait apprise chez les Arabes.
On doit regarder les Arabes comme les véritables fondateurs des sciences naturelles. Ils constituèrent la pharmacie chimique. Ils sont les auteurs des premières prescriptions magistrales nommées dispensatoires. La pharmacie et la matière médicale les conduisirent à l'étude de la botanique et de la chimie. De même que l'astrologie avait contribué aux progrès de l'astronomie, de même l'alchimie amena les plus précieuses découvertes. Abou-al-Koufi et Abou-Arrassi (vinc et xe siècles) donnèrent la formule des acides sulfurique et nitrique, de la préparation du mercure, etc. On doit aux Arabes l'usage de la rhubarbe, du camphre et d'autres substances. Ils enrichirent l'herbier de Dioscoride de 2.000 plantes.
Ils ne sont pas restés étrangers aux recherches philosophiques. Bien que les philosophes se soient laissés trop aisément dominer par les théologiens, il n'est pas permis de dire que le Coran se soit absolument opposé cà l'essor philosophique. On trouve chez les philosophes arabes de nombreuses écoles dissidentes. Les unes mettaient la raison au-dessus de la foi (motazèlites) ; les autres considéraient la religion comme la base du raisonnement (motakalUms).
Les naturalistes niaient l'immortalité de l'àine et la résurrection. Les hernanites professaient la doctrine de la métempsycose.
Dans l'industrie, quelle ne fut pas leur renommée? Ils furent sans rivaux comme tanneurs, fondeurs, ciseleurs, fournisseurs d'armes et fabricants d'étoffes ; ces cimeterres d'une trempe irrésistible, ces cottes de maille si légères et si impénétrables, ces tapis moelleux, ces fins et brillants tissus de laine, de soie ou de
lin attestent assez leur incontestable supériorité dans tous les arts industriels (1).