TOTAUX
l'immigration
NAISSANCES
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Si ces cJiifïres sont exacts (et il n'en est qu'un seul qui pourrait, à notre avis, prêter à controverse, celui de l'immigration pour les années comprises entre 1876 et 1880), on voit combien les rapports sont changés entre ces deux facteurs d'augmentation du peuple algérien. Il convient de distinguer deux étapes, l'une de 1876 a 1896, l'autre de 1896 à 1900.
La première n'est en somme que la continuation de la période qui s'ouvrit en 1856. Les naissances l'emportent toujours sur les décès, et leurs excédents viennent s'ajouter à l'immigration pour constituer les progrès considérables qu'enregistrent tous les cinq ans les
recensements ; mais, comparés aux bénéfices que réalise le peuple algérien du faiNde l'immigration, ces derniers sont fort modestes. Ils varient entre 6. 890 et 13.907, ce qui donne une proportion de 1 12 à 1 i imputable à ces naissances dans l'accroissement global. Pour parler plus clairement, toutes les fois que l'Algérie voit sa population s'accroître de dix unités, 7 à 8 lui viennent du dehors, 2 à 3 représentent les natifs du pays. Durant ces vingt années eu effet, l'immigration a été plus active que jamais : la colonie a été littéralement envahie par des aimées d'Espagnols à l'Ouest. d'Italiens à l'Est Si nous avons fait quelques réserves pour le premier chiffre de 71.755, gains de l'immigration de 1876 à 1880, il est hors de doute que les autres représentent exactement les bénéfices réalisés de ce chef ; et on atteint 64.109 (1881-1885), 53 155 (1886-1890). Toutefois on n'a plus que 31. 512 (1891-1895) : il y a donc eu un ralentissement notable dans les apports extérieurs.
La seconde étape semble engager la colonie dans une voie nouvelle ; en 1856, les rôles avaient été une première fois renversés entre les gains de la natalité et les perles de la mortalité : en 1896, même interversion des rôles entre les excédents des naissances et les bénéfices de l'immigration. Les premiers sont plus considérables que les seconds ; les uns s'élèvent à 21.261 et les autres s'ul missent à 16.532. L'espoir que l'on osait à peine exprimer, il \ a quelque vingl ans, s'est subitement réalisé : et cela tient à un fléchissement très marqué du contingent quinquennal de l'immigration, mais surtout à un relèvement sensible des excédents de naissances sur les décès. La mortalité s'est abaissée dans des proportions énormes et désormais chaque balance annuelle
entre les chiffres des nouveau- nés et ceux des décédés laisse ressortir un écart très grand en faveur des premiers.
Notre conclusion reste donc la même que celle que nous donnions, il y a quelques années. Au fur et à mesure que grandira la population algérienne, grossira parallèlement la part contributive de sa natalité. Déjà elle est plus régulière ; plus de ces sauts brusques et inespérés en avant ; plus de ces retours désespérants en arrière. Mieux acclimaté, plus résistant aux forces de destruction et de mort qui Tassai liaient naguère, le peuple algérien forme déjà une individualité ethnique, et non plus cette collectivité confuse de races diverses qu'il était à l'origine. Mais nous ajouterons : cette individualité puise non plus une partie, mais la majeure partie de ses forces vives en elle-même et transforme ainsi plus aisément en se les assimilant les éléments venus de l'extérieur.
Origines des Européens. — Dans l'état des anciennes statistiques algériennes, il est matériellement impossible de connaître exactement le lieu d'origine clés premiers immigrants algériens soit français, soit étrangers. Le saurait-on qu'on se heurterait à de nouvelles difficultés insurmontables, si l'on poussait la prétention jusqu'à vouloir déterminer avec quelques chances de précision la part qui reviendrait dans la formation de ce peuple algérien à tel département de la Métropole à telle province de l'étranger : car il faudrait tenir compte et de la fécondité différente des familles et de la force
de résistance tout aussi inégale des enfants au climat et aux maladies.
A défaut de cette connaissance impossible, on a cependant quelques indications générales dont il convient de ne pas méconnaître l'intérêt, mais aussi de ne point exagérer la valeur. Nul n'ignore que, lors de la création des colonies agricoles en 1848 et 1849, une foule de Parisiens, ouvriers des ateliers nationaux, fut envoyée en Algérie et qu'ils peuplèrent les centres créés à grand frais pour les recevoir ; mais, sous ce nom de Parisiens combien étaient originaires de la capitale ou même du département de la Seine ? combien étaient accourus à Paris aux premières nouvelles de la Révolution ? Voilà donc un groupe, composé d'éléments assez disparates. D'autre part, vers la même époque on fit grand bruit des villages départementaux et de l'exemple donné par la Haute-Saône; l'administration donna la plus grande publicité à cette tentative curieuse et les articles qui parurent et le souvenir qui en resta ont pu faire croire à une immigration très abondante des Francs-Comtois à cette date ; il aurait pu peut-être en être ainsi si l'autorité administrative, abandonnant brusquement ses projets, n'avait délibérément arrêté cet exode. Voit-on par ces deux exemples la difficulté, mieux encore l'impossibilité de pareilles recherches !
Mais si, faute de renseignements sincères, on est obligé de renoncer à connaître les ascendants de ces Franco-Algériens et le département d'où ils sont, on est mieux renseigné sur l'origine des Français, nés dans la métropole et fixés en Algérie.
Origines des Français. — Pourquoi faut-il qu'au début de cette étude nous soyons forcés d'exprimer des regrets de ne point trouver dans le dénombrement le plus récent, celui de 1901 (1}, aucun document sur cette matière ? Fort heureusement, celui de 1896 est beaucoup plus complet ; il classe les Français nés en France suivant leurs départements d'origine, et la simple lecture de quelques chiffres prouve qu'ils sont surtout originaires du Midi de la France. Afin de mesurer mathématiquement cet apport, il ne saurait suffire d'aligner des chiffres qui ne signifient pas grand chose. De toute nécessité, il faut les rapporter soit à l'ensemble de la population française immigrée, soit à celle de chaque département d'origine. Les premières moyennes ainsi obtenues seront la notation exacte de la contribution réelle de chaque département métropolitain au peuplement de la colonie : les secondes mesureront l'intensité de rémigration vers l'Algérie pour chaque région de la France. Voici ces chiffres et ces moyennes :
(i) Le dénombrement de 1901 aurait pu être très complet. Multiples en effet avaient été les renseignements demandés sur les feuilles individuelles. Mais on se pressa beaucoup trop pour publier les premiers résultats ; puis on envoya toutes les feuilles à Paris. Et depuis on attend toujours le travail de classement; certains le disent seulement commencé. Sera-t-il jamais terminé ? Le doute est permis ; voici en effet les données du nouveau recensement de 1906 qu'il va falloir mettre en œuvre.